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Bénin-interruption de grossesse : le drame de la stigmatisation des femmes perçu à un café-presse

Olivier Ribouis
publié le 15 avril 2019

A un café-presse organisé vendredi 12 avril par l’Association béninoise pour la promotion de la famille (ABPF) à Abomey-Calavi, les journalistes ont touché du doigt le drame de la stigmatisation des femmes ayant avorté pour une raison ou pour une autre.

abpf-cafe-presse-avortement-benin Des journalistes au café-presse de l'ABPF

Pour ses camarades, elle est la risée de tous. Pour son professeur de philosophie, elle est une « déception ». Pour sa mère adoptive, elle est « une sorcière », « une vraie saleté », « une tueuse sexuelle », «un monstre ».... Battue, traquée avec une palette, Angélique est une jeune brillante collégienne tombée enceinte après un rapport sexuel forcé que lui a imposé sous la douche, le fils de ses parents adoptifs.  Aidée d’une amie, la collégienne qui rêve de devenir avocate a préféré avorter dans un centre clandestin, la grossesse qui constituerait un frein à ses études.

L’histoire de cette adolescente, personnage principal du film « Je ne suis qu’une victime » traduit la stigmatisation dont font objet, les femmes ayant fait une interruption volontaire de grossesse au Bénin. Autour de court métrage et d’une communication de Docteur Serge Kitihoun, Directeur des programmes de l’Association béninoise pour la promotion de la famille (ABPF), a eu lieu vendredi 12 avril  dans un hôtel d’Abomey-Calavi, un café-presse qui a mobilisé plusieurs journalistes spécialistes des questions de santé sur la problématique de la stigmatisation des femmes ayant avorté.

Au Bénin, selon docteur Kitihoun, l’«avortement provoqué s’apparente à un crime, une déviance morale condamnée par les religions ». En dehors des religions, le cadre législatif béninois réduit le recours à l’avortement à trois conditions. Quand « la santé et la vie de la femme sont menacées », quand l’«enfant a une infirmité » et « en cas de viol ou d’inceste ».

Les femmes se cachent pour mourir

Il y a de quoi s’inquiéter de l’ampleur de la stigmatisation des femmes ayant avorté selon les spécialistes de l’ABPF. Soutenue par l’«International planned parenthood federation (IPPF) l’ABPF estime qu’il faut combattre la stigmatisation des femmes ayant avorté. Définie comme « une marque de disgrâce associée à une circonstance » par docteur Kitihoun, la stigmatisation dit-il, se traduit par le marquage, les stéréotypes, la séparation ou l’isolement et la discrimination. Les conséquences de la stigmatisation des femmes ayant fait une interruption volontaire de grossesse sont lourdes, font remarquer les spécialistes. « La  stigmatisation conduit à des suicides », dénonce Geneviève Agossa de l’ABPF.  C’est une source d’«aggravation des causes de morbidité et de mortalité maternelles », renchérit docteur Kitihoun. Chez les plus jeunes spécifiquement, indique-t-il, elle conduit à « un abandon des études ou de l’apprentissage » dans un contexte où, décrit Geneviève Agossa, « les adolescents et les jeunes, en matière de sexualité sont plus actifs » et « les parents ne leurs fournissent pas toutes les informations ».

Pour l’ABPF et les journalistes qui ont décortiqué la problématique autour du café, il y a nécessité de revoir la législation sur les avortements et insister sur « la promotion et l’adoption des produits de contraception » afin de mettre fin aux recours à des pratiques peu recommandables d’interruption volontaire de grossesse pouvant conduit à la mort.

Consciente de la délicatesse de la problématique, l’ABPF assure qu’il ne s’agit pas de faire la promotion de l’avortement mais de « porter un autre regard sur ce fléau au sein de notre communauté » au Bénin.


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