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Lutte anti-SIDA au Bénin:enseignements d’une campagne nationale de l’OCJ avec Théodore Tchezounmè

Falilatou Titi
publié le Apr 26, 2019

Après dépistages et sensibilisation sur le terrain, l’Organe Consultatif de la Jeunesse (OCJ), a organisé un atelier pour évaluer sa campagne nationale de prévention du VIH/SIDA et des grossesses en milieu scolaire au Bénin.

tchezounme thedore ocj Théodore Tchezounmè a coordonné une campagne nationale de prévention du VIH-SIDA menée par l'OCJ

Théodore Tchezounmè, jeune engagé et passionné par les questions de santé, d’éducation et de développement local, est Secrétaire chargé de la Redynamisation des Organisations de Jeunes de l’OCJ. Coordonnateur du projet, ce jeune leader du Bénin, promotion 2015 de la Fondation Friedrich Ebert au Bénin, fait le point de cette campagne qui a couvert plusieurs communes du pays. 

Le vendredi 22 Février 2019, vous avez organisé un atelier d'évaluation de la campagne nationale de prévention du VIH et des grossesses en milieu scolaire au Bénin. Qu’est-ce qu’on peut retenir de cet atelier ?

En Décembre dernier, j’ai eu la responsabilité de coordonner la campagne nationale de prévention du VIH et des grossesses en milieu scolaire, une initiative de l’Organe Consultatif de la Jeunesse (OCJ) soutenue financièrement par l’ONUSIDA et techniquement par le Programme Santé de Lutte contre le Sida (PSLS). Permettez-moi de remercier la Directrice pays de l’ONUSIDA et ses collaborateurs, le Coordonnateur Adjoint du PSLS ainsi que ses collaborateurs et les collègues de l’OCJ. L’atelier du 22 Février que vous évoquez, est l’expression de ce que les jeunes que nous sommes, nous pouvons faire de grandes choses et bien les faire. Il a permis de faire le point et d’évaluer les interventions entrant dans le cadre de la campagne nationale de prévention du VIH et des grossesses en milieu scolaire au Bénin. Nous (Responsables ONUSIDA, PSLS et OCJ) avons apprécié ce qui a marché, relevé les insuffisances et proposé des mesures correctives. Pour rappel, dans sa vision de mettre fin à l’épidémie du VIH d’ici à 2030, l’ONUSIDA a élaboré une nouvelle stratégie 2016-2021 orientée vers l’accélération de la riposte. Cette stratégie, alignée sur les objectifs pour le développement durable (ODD) a reçu l’adhésion des Chefs d’Etat à travers leur déclaration lors de la Réunion de Haut Niveau de l’Assemblée Générale des nations Unies sur le VIH en juin 2016.

Ainsi se sont-ils engagés à l’atteinte des objectifs 90-90-90 d’ici à 2020. Par la suite comme d’autres, le Bénin notre pays a élaboré sa feuille de route de rattrapage 2016-2020 et son plan d’urgence de rattrapage du VIH 2017-2018. La campagne est donc une contribution de la faîtière des organisations de jeunes (OCJ) pour l’atteinte par le Bénin des 90.90.90. Elle s’est déroulée du 10 au 21 Décembre 2018 (mais elle fut préparée avec les divers acteurs étatiques et non étatiques sur 08 mois environ) en deux phase que sont le lancement officiel qui fut une occasion de mobilisation des acteurs et autorités à divers niveaux autour de la cause et les causeries-débats dans les collèges, suivis de dépistage volontaire du VIH.

Quelles sont les localités du Bénin couvertes par cette campagne ?

La campagne a eu un caractère national parce que tous nos départements ont été bénéficiaires des interventions. Sur la base des indicateurs et au terme d’un processus multi-acteurs, nous avions retenu 37 établissements scolaires répartis dans 27 communes des 12 départements de notre pays. Entre autres communes, nous pouvons citer: Malanville, Kandi, Parakou, Nikki, Natitingou, Kouandé, Djougou, Bassila, Ouèssè, Bantè, Abomey, Bohicon, Djidja, Klouékanmè, Dogbo, Pobè, Kétou, Ifangni, Porto-Novo, Dangbo, Sèmè-Podji, Cotonou, Abomey-Calavi, Allada. Le challenge était fort et j’avoue que la coordination n’a pas été facile mais à l’arrivée je me réjouis comme tous les autres acteurs impliqués des résultats obtenus.

Quels sont les résultats de la campagne en question ?

Les activités constituées de causeries-débats sur la prévention du VIH et des grossesses en milieu scolaire (une journée) et du dépistage volontaire du VIH (sur 02 jours) se sont déroulées simultanément sur l’ensemble du territoire national du 10 au 21 Décembre 2018. Comme résultats obtenus, nous avons :

8.713 élèves ont bénéficié des échanges et disposent désormais d’une meilleure connaissance sur le VIH/SIDA, ses voies de transmission et modes de prévention. Ils ont également reçu des informations sur les comportements responsables afin d’éviter les grossesses en milieu scolaire (c’est très important dans notre contexte de baisse drastique des bonnes connaissances du VIH par les adolescents et jeunes. Selon l’ESDG 2017, entre 2015 et 2017, les bonnes connaissances sur le VIH ont baissé de 60% à 11% au niveau de cette cible) ;

5.200 élèves au moins ont bénéficié de conseils de dépistage dans trente-six (36) établissements de vingt-sept (27) communes des douze (12) départements ;

5059 élèves ayant fait le dépistage ont retiré leur résultat et ont donc connaissance de leur statut sérologique. Ils ont bénéficié de conseils pour l’adoption de comportements responsables. Quelques cas positifs ont été identifiés

504 affiches (soit 14 par établissement) portant des messages de sensibilisation ont été collées dans les trente-six (36) bénéficiaires des échanges.

Quelle est le comportement des élèves vis-à-vis du dépistage ?

Vous savez, les objectifs 90.90.90 visent à l’horizon 2020, 90% des personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut sérologique ; 90% de toutes les personnes infectées par le VIH dépistées reçoivent un traitement anti rétroviral durable ; 90% des personnes recevant un traitement antirétroviral ont une charge virale durablement supprimée.

La prévention commence par la connaissance de son statut sérologique. J’invite mes pairs jeunes à faire dans le centre de santé le plus proche leur test dépistage pour qu’ensemble nous mettions hors du Bénin le VIH. Je les invite à adopter des comportements responsables pour que nous n’ayons plus de grossesses dans nos écoles et collèges. 

Le dépistage est donc la porte d’entrée de l’élimination du VIH et c’est là tout l’intérêt de notre campagne. Dans les établissements, les élèves (filles comme garçons) ont manifesté un grand engouement pour le dépistage. L’objectif était d’atteindre 3700 élèves qui volontairement se font dépistés. A l’arrivée nous avons 5059 qui ont fait le test et retiré leur résultat. Ce résultat à lui seul rend compte de l’engouement, un engouement qui nous a réjouis et témoigne du besoin sur le terrain. Nous dépasserons ce nombre surement les fois à venir avec les réponses aux difficultés identifiées.

Quelques cas positifs, quelle est leur tranche d’âge ?

Ils ont entre 16 et 18 ans. Je profite pour dire que cela ne fait pas d’eux des sous-hommes ou des individus sans droits qu’il faut rejeter, discriminer ou stigmatiser. Non !! Ils demeurent nos frères et sœurs, nos amis, nos compagnons, nos semblables de tous les jours.  Nous ne rejetons jamais un frère parce qu’il a le paludisme !! Faisons pareil avec nos frères, compatriotes vivant avec le VIH. Ils doivent être soutenus. Je ne connais pas personnellement les compatriotes dépistés positifs puisqu’en respect des textes, leur identité n’est révélée à qui que ce soit.

Que fait l’OCJ et ses partenaires pour la prise en charge des cas positifs?

Pour le volet dépistage de la campagne, l’OCJ a bénéficié de l’assistance technique du Programme Santé de Lutte contre le Sida (PSLS) avec ses Centres Intégrés de Prise en Charge (CIPEC). Ce sont ces centres répartis sur l’ensemble du territoire national qui au quotidien s’occupent de la prise en charge des personnes vivant avec le VIH au Bénin. Les cas positifs sont déjà donc entrés dans le dispositif de prise en charge bien avant notre atelier d’évaluation.

Plusieurs jeunes ont été sensibilisés sur les bonnes pratiques à adopter pour éviter les grossesses en milieu scolaire et pour prévenir le VIH-SIDA. Que fait l’OCJ pour pérenniser ces bonnes pratiques au niveau des élèves ?

Les habitudes ne changent pas en un clin d’œil. C’est donc un travail de longue haleine qu’au moins les acteurs ont le mérite de démarrer. Il faudra que l’OCJ continue sur la même lancée avec des stratégies innovantes pour pérenniser les acquis. J’ai personnellement proposé dans le cadre de la campagne, des messages. Ils ont été par la suite validés par l’ONUSIDA, le PSLS et le CNSL-TP. L’ONUSIDA a donc imprimé des affiches portant ces messages. Dans chaque collège, ce sont 14 affiches portant 07 différents messages qui ont été collées au terme des échanges avec les élèves. J’espère qu’en les lisant au quotidien, les élèves les intègreront dans leur subconscient et changeront d’attitudes. Aussi les bureaux exécutifs communaux de l’OCJ continuent les actions sur le terrain. Nous pensons aussi désormais cibler outre les élèves, les parents et autres acteurs communautaires. Cette année déjà, avec nos partenaires, nous discutons pour rééditer cette activité.

Durant la campagne, les élèves ayant voulu, ont renseigné une fiche d’évaluation du risque à l’exposition. Il s’agit d’une fiche qui renseigne sur les comportements à risque développés par nos frères et sœurs. C’est l’une des plus-values de notre campagne. Ces fiches (nous en avons discuté à l’atelier d’évaluation) seront analysées par le PSLS et nous aurons des indicateurs sur les comportements à risque. Les résultats de l’analyse serviront dans les prochaines interventions afin de pérenniser les acquis.

Quels conseils avez-vous à donner aux jeunes béninois en général pour la prévention du VIH et les grossesses ?

La prévention commence par la connaissance de son statut sérologique. J’invite mes pairs jeunes à faire dans le centre de santé le plus proche leur test dépistage pour qu’ensemble nous mettons hors du Bénin le VIH. Je les invite à adopter des comportements responsables (plus tard plus sûr et que ceux qui sont déjà actifs sexuellement à défaut de s’abstenir, se protègent) pour que nous n’ayons plus de grossesses dans nos écoles et collèges. Parce que demain se prépare aujourd’hui et que nul ne peut chasser 02 lièvres à la fois, chers amis jeunes, concentrons –nous sur nos formations.

Réalisation: Falilatou Titi


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