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Bénin/ Budget santé: encore des efforts pour l’effectivité des 15% de l’accord d’Abuja

SWB
publié le 3 octobre 2019

Le renforcement du capital humain en vue de l’accélération de la croissance économique d’un pays suppose une sérieuse prise en compte du secteur de la santé à travers l’investissement dans la réduction de la morbidité et la mortalité des enfants, l’identification et le relèvement des principaux défis dudit secteur et une allocation budgétaire conséquente et crédible.

benin sante L'Etat béninois doit poursuivre l'effort de financement du secteur de la santé

 

Bien que le gouvernement du Bénin ait déclaré faire du secteur de la santé l’un des secteurs sur lesquels il compte pour accélérer la croissance économique du pays, il importe d’apporter des éléments de réponses à certains questionnements pour permettre à toutes les parties prenantes du secteur de la santé de comprendre l’importance de leurs  décisions en matière de politique sanitaire et de budgétisation. 

La nécessité d’investir dans la santé des enfants répond au fait que la population du Bénin est constituée en grande majorité de jeunes de moins de 18 ans, soit 51,3% selon l’enquête démographique et de santé du Bénin (EDSB) 2017-2018 et qu’en plus, selon la même source, un enfant de moins de cinq ans sur trois souffre d’un retard de croissance (faible taille pour l’âge), forme de malnutrition entraînant des retards graves et irréversibles. En d’autres termes, les enfants sont particulièrement exposés à la pauvreté monétaire et la grande majorité d’entre eux ayant de 0 à 17 ans (64,5%) cumulent au moins trois (03) privations, dans les domaines des services de base dont la santé, l’éducation, l’eau et l’assainissement, la nutrition, la protection des enfants, etc.

Mieux, l’importance de l’investissement dans la santé des enfants est aujourd’hui internationalement reconnue. En effet, le nouveau cadre mondial d’investissement pour la santé de la femme et de l’enfant a démontré qu’investir dans la santé de la femme et de l’enfant en Afrique pourrait sauver des millions de vie et générer un retour économique et social équivalent à onze fois l’investissement initial. Aussi, est-il prouvé par des chercheurs travaillant pour la Banque Mondiale que les enfants ayant accès à des soins de santé de qualité, à une bonne nutrition et à la stimulation intellectuelle au cours des premières années deviennent des adultes en meilleure santé, plus susceptibles d’atteindre un niveau supérieur de scolarité et d’avoir des revenus plus élevés. Cette même étude révèle qu’un enfant bien nourri pendant ses premières années gagne probablement 20% de plus que ses pairs malnutris et que par contre les enfants malnutris sont plus susceptibles de souffrir de problèmes de santé, moins susceptibles de rester à l’école ou de tirer profit de la scolarité, et risquent de gagner un revenu plus faible à l’âge adulte, perpétuant ainsi le cycle de la pauvreté. Dans le même ordre, le Président de la Banque Mondiale, Jim Yong Kim en avril 2016, affirmait que « favoriser le développement de la petite enfance est à la fois moralement juste et économiquement intelligent».

Défis…

Vaincre la recrudescence de la morbidité, faire efficacement face à la préoccupante situation sanitaire des enfants, augmenter et renforcer les ressources humaines dans les hôpitaux et les centres de santé sont les grands défis du secteur de la santé. A ceux-ci s’ajoutent ceux de l’amélioration des taux de fréquentation des services sanitaires et de la réduction des importantes disparités révélées par les résultats dans le secteur sanitaire.

En effet, on note au Bénin une poussée de la morbidité et une évolution remarquable des maladies non transmissibles telle que l’hypertension et le diabète. Selon l’annuaire des statistiques sanitaires de 2016, le paludisme demeure la première cause de consultation (43,9 % des cas) et d’hospitalisation (31,5 %) parmi les trois (03) maladies prioritaires que sont le paludisme, la tuberculose et le VIH SIDA.

Bien que s’étant améliorée grâce aux efforts consentis en matière de prévention et de soins des enfants à travers le Programme Elargi de Vaccination (PEV), la mortalité des enfants n’a pas pu atteindre les cibles des OMD et celles des ODD (2 et 3). En effet, selon les données de l’EDSB 2017-2018, on constate globalement entre 2001 et 2017-2018, une diminution de la mortalité des enfants au Bénin : la mortalité infantile est passée de 89‰ en 2001 à 55 ‰ en 2017-2018. Pendant la même période, la mortalité juvénile est passée de 78 ‰ à 44 ‰ et globalement, la mortalité infanto-juvénile a diminué, variant de 160 ‰ à 96 ‰.

Le défi de la nutrition face à l’évolution du capital humain reste important pour le secteur parce que 32 % des enfants souffrent de malnutrition chronique et 11% en souffrent sous sa forme sévère. La prévalence du retard de croissance a tendance à augmenter avec l’âge jusqu’à 24-35 mois, groupe d’âges dans lequel elle atteint son niveau le plus élevé (41%).  Cette malnutrition chronique est la conséquence d’une alimentation insuffisante, de faibles conditions de vie et d’hygiène, de l’accès limité à l’eau potable, aux mauvaises pratiques en ce qui concerne l’allaitement maternel, aux mauvaises habitudes alimentaires et à un faible niveau d’éducation chez les mères.

Si l’offre en services de santé reste acceptable avec un niveau de couverture d’environ 91,6% en infrastructures, le taux de fréquentation en revanche reste faible (46,9% en 2017) et relève d’une conséquence de la situation financière morose, du mauvais accueil et de la mauvaise qualité des soins de santé. En revanche, la fréquentation des services de santé par les enfants de 0 à 5 ans s’est nettement améliorée avec un taux de 84% contre une cible de 95%. Cependant la vaccination des enfants de 12 à 23 mois (âges auxquels ils devraient avoir reçu tous les vaccins du PEV) n’est pas reluisante.

En dépit des efforts déployés par le gouvernement, la couverture en besoins de personnel médical en 2017 reste faible par rapport à la norme OMS qui est de 25 agents qualifiés pour 10.000 habitants. En effet, en 2017 le Bénin enregistre 7,6 agents qualifiés pour 10.000 habitants, soit un déficit d’au moins 17 agents par rapport à la norme OMS.  

Qu’il s’agisse de la prise en charge des femmes en état d’accouchement, de la couverture en soins postnatals de ces dernières, de la prévalence du VIH/SIDA que de la prévalence au niveau de la malnutrition, les résultats montrent d’importants écarts aussi bien selon les niveaux d’instruction, selon le genre que selon les milieux et les départements.

Tendance baissière des allocations

Les allocations budgétaires accordées au secteur de la santé pour l’année 2019 ont baissé comparativement à celles de 2018. En effet, elles sont évaluées à 63,61 milliards de FCFA contre 68,88 milliards de FCFA en 2018, soit une baisse de 5,27 milliards de FCFA. Les dépenses du Budget de l’Etat sont passées de 1406,32 milliards de FCFA en 2018 à 1373,04 en 2019 soit une baisse de 2,4% contre une baisse de 7,6% pour les dépenses de santé (trois fois la baisse des dépenses de l’Etat). La baisse des dépenses budgétaires du secteur de la santé a toujours été observée depuis 2015 en dehors de l’année 2017 où elles ont connu une hausse 16,5%.

Par rapport aux autres secteurs, on note que la santé fait partie des secteurs qui n’ont pas la faveur des arbitrages budgétaires sectoriels. En 2018, elle fait partie des secteurs qui ont subi une baisse non négligeable. En 2019, elle a connu la baisse la plus importante après le secteur des services généraux de l’administration (-9,7%), et celui de la protection de l’environnement (-9,3%).

Sur la période 2015-2018, alors qu’on note que le taux de croissance du pays a connu une évolution positive continue sur la période passant de 2,1 en 2015 à 7,6 en 2019 (valeur estimée pour l’année 2019), on note également un recul de la part du budget alloué au secteur de la santé sur la période 2015-2018. Ce niveau de dépenses reste non seulement en dessous du seuil de 15% recommandé par l’Accord d’Abuja sur « construire l’avenir de la santé en Afrique » mais aussi en dessous des 10% recommandés par l’Organisation Mondiale de la Santé même si le mode de calcul actuel pour la détermination de ce ratio ne prend pas en compte les ressources allouées aux autres ministères pour la santé (Ministère en charge de la défense, les ministères en charge des enseignements, le ministère de l’intérieur…). La part du budget du ministère de la santé dans le budget général de l’Etat a régulièrement baissé entre 2015 et 2017 passant de 7,9% en 2015 à 5,2% en 2017 et finalement 5,0% en 2019. Avec cette tendance à la baisse de la part des dépenses de santé dans le budget de l’Etat, le Bénin est en queue de peloton des pays de la CEDEAO par rapport au niveau de priorité qui est accordée au secteur de la santé.

Crédibilité …

On note un écart important entre les allocations budgétaires (dépenses prévisionnelles) du secteur de la santé et les dépenses réelles. Sur la période 2010-2018, l’écart entre les allocations budgétaires et les dépenses réelles varient de 58,09 milliards de FCFA (2010) à 11,19 milliards de FCFA (2012) ce qui représente entre 16,8% et 70,4% des allocations budgétaires prévisionnelles.

Plaidoyer pour la mise en œuvre de l’Accord d’Abuja

Dans le cadre de l’amélioration de la santé des populations en général et de la réduction de la morbidité et de la mortalité des enfants, le gouvernement doit améliorer le niveau de priorité accordée au secteur de la santé  en augmentant la part du budget allouée au secteur de la santé à au moins 8% du budget Général de l’Etat dans le budget 2020 et tendre progressivement vers les 15% de l’Accord d’Abuja à l’horizon 2030

En dehors de l’augmentation la part du budget allouée au secteur de la santé, le gouvernement devra prendre des mesures pour réduire l’écart entre les prévisions budgétaires de la santé et les dépenses réelles d’une part, et faire exécuter entièrement les dépenses en capital spécifiquement les investissements favorables aux enfants et  les actions devant contribuer à la réduction de la mortalité maternelle et infantile, la prévention, la lutte contre la maladie et l’amélioration de la qualité des soins. Cliquez ici pour télécharger l’intégralité de la note d’analyse budgétaire.


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