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Bénin : des agents de santé se découragent faute d’indemnités depuis 9 mois

Olivier Ribouis
publié le Jun 30, 2020

Au front contre la pandémie de la Covid-19 qui secoue le Bénin, des médecins du public n’ont pas tellement le cœur à la tâche en raison de leurs indemnités impayées depuis 9 mois.

benjamin-hounkpatin Benjamin Hounkpatin, le ministre de la santé

Une crise en gestation au sein du personnel soignant dans des hôpitaux publics du Bénin. Plusieurs d’entre eux n’ont plus la joie au travail. Pour cause, depuis plusieurs mois, ils ne perçoivent pas leurs indemnités.

« Depuis que le gouvernement a annoncé ces primes, il y a environ un an, nous avons assisté à un grand tapage médiatique selon lequel les agents de santé sont les mieux payés et traités. Ce qui est loin d'être la réalité. Le constat depuis ce moment est amer car nous n'avons encore rien eu (même pas un copeck) de tout ce qui avait été annoncé », se plaint un médecin en service dans un hôpital de zone du pays.

En avril 2020, un décret signé du Président Patrice Talon et de quatre ministres dont celui de la Santé avait fixé clairement les frais à reverser aux agents de santé.  Selon les modalités du « DÉCRET N O 2019 - 124 DU 17 AVRIL 2019 portant fixation des taux des indemnités de garde, d'astreinte et d'heures supplémentaires dans les formations sanitaires publiques », les montants varient de 3000 à 25 000 F CFA en fonction de la catégorie de l’agent, du type de service et des jours.

« Personne et aucun média n'en parle depuis lors : est-ce que nous sommes vraiment payés comme annoncé ? Personne n'attire l'attention du gouvernement sur le fait que nous continuons de travailler (gardes, astreintes même au-delà des heures normales) sans être payés », déplore notre source pour qui les médias devraient faire la veille sur les annonces propagandistes des pouvoirs politiques.

Un autre agent de santé souffrant de la situation dans un centre hospitalier départemental apprend que loin d’arranger les choses, le décret rendu public par le gouvernement a tout gâté. « En fait les hôpitaux payaient les primes des gardes et astreintes aux agents de santé et il n’y avait pas de problème. Le gouvernement est allé se vanter à la télévision avec les différentes rémunérations à la face du monde et a décidé de commencer par payer, mais depuis 9 mois que nous travaillons, même 5 F on n’a pas reçu ».

 

Dans les hôpitaux, la participation aux services de garde et d'astreinte est rémunérée aux taux forfaitaires journaliers comme indiqué dans le tableau ci-dessous.

Activités

Taux forfaitaires par catégorie (en FCFA)

Personnel médical

Personnel paramédical

Personnel administratif

Garde des jours ouvrés

15.000

6.000

6.000

Garde des jours fériés et des weekends

25.000

8.000

8.000

Astreinte des jours ouvrés

7.000

3.000

 

Astreinte des jours fériés et des weekends

10.000

4.000

 

 

Les agents de santé accusent l’Etat de ne pas honorer son engagement après avoir déchargé les hôpitaux du paiement des frais de gardes et astreintes. « Les dépenses résultant des services de garde sont imputables au budget national pendant une période de deux (02) ans, à compter de la date de signature du présent décret », lit-on dans l’acte présidentiel.

Ne sachant pas à quel saint se vouer dans un environnement où le droit de grève a été retiré au personnel de la santé, des agents font acte de présence. « Le premier impact est la démotivation des agents. Ce qui agit sur les soins de qualité aux patients. Il y a une baisse du rendement », signale le médecin selon qui « le regret d'être agent de santé et précisément employé par l'État » pourrait s’installer chez certains si la situation perdure.  Ailleurs, des agents de santé, nous signale-t-on, désertent leur lieu de travail.  « Actuellement, il y a des collègues qui commencent par boycotter les week-ends », apprend l’agent de santé du CHD selon qui « l'Etat pouvait laisser les hôpitaux continuer par payer puisqu'ils payaient avant et il n’y a aucun problème ».

 


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