JISTNA-Nord Bénin : visage de l’esclavage dans le Borgou

Olivier Ribouis
publié le Aug 25, 2018

Invité par l'Union Générale pour le Développement de Ouidah (UGDO) dans le cadre de la journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition (JISTNA) célébrée jeudi 23 août, l’historien béninois Djibril Debourou a présenté mercredi 22 août, une communication portant sur l’esclavage chez les Batombou du Nord Bénin.

jistna-debourou L'historien Djibril Debourou (au milieu) présente le visage de l'esclavage dans le Borgou

L’évocation de l’esclavage au Bénin a toujours renvoyé à la partie méridionale du pays. Pourtant dans le septentrion béninois, la pratique a existé. Historien originaire de la région, l’universitaire Djibril Debourou a présenté mercredi 22 août, le visage de l’esclavage dans le Borgou. Invité  de l'Union Générale pour le Développement de Ouidah (UGDO), il a fait une communication avec pour thème : « L’esclavage chez les Batombou du Nord Bénin », au musée d’histoire de Ouidah dans le cadre de la journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition (JISTNA) célébrée le jeudi 23 août.

Alors que la masse d’écrits relatifs à la pratique de l’esclavage au Dahomey actuel Bénin, occulte la partie septentrionale du pays, l’historien fait savoir que cela a bien existé dans le Borgou. « Au Borgou, malgré l’implantation d’une société essentiellement rurale au sein de laquelle le commerce animé par des étrangers revêtait une faible importance,  l’esclavage existait depuis la mise en place d’une structure étatique dans le milieu du XIVè Siècle sous des formes variées », a indiqué le professeur Djibril Debourou. Dans l’organisation sociale de ce peuple, il relève que « La société batonou (singulier de batombou) alors composée de deux classes complémentaires, la classe des nobles (les Wassangaris) et celle des roturiers a donné naissance à une troisième classe, celle des esclaves ».

La nuance

L’esclavage qui a existé dans le Borgou n’est pas à confondre avec la traite négrière développée au niveau de la partie méridionale avec la forte implication du royaume d’Abomey. Composée en grand nombre d’otages de guerre, les esclaves sont échangés contre des chevaux. « La noblesse batonou avait besoin de chevaux qu’on n’élevait pas au Borgou. Elle se les procurait auprès des caravaniers haoussas et songhaïs qui traversaient le fleuve Niger. Les Wassangaris échangeaient ces chevaux contre des esclaves. Il est probable que ce commerce ait connu une ampleur limitée car seule la cité royaume de Nikki a entretenu pendant un laps de temps, un marché d’esclave appelé Kpangoyamrou », a expliqué l’historien avant d’ajouter : « La piste caravanière passant par Nikki ne constituait qu’une artère parmi tant d’autres. Sûrement, sur d’autres pistes traversant le Borgou, les Wassangaris échangeaient des esclaves contre des chevaux. Mais, somme toute, ce trafic resta ponctuel et marginal ».

Il n’exclut pas qu’il y ait pu avoir des esclaves batombou accidentellement reversés dans le trafic transatlantique. « L’aristocratie Wassangari ayant vendu des esclaves à des commerçants caravaniers qui traversaient le Borgou, on peut penser fort justement que des Batombous, des Yowa, des Gulmencebas qui furent victimes des exactions des Wassangaris partirent grossir modestement les effectifs fournis aux négriers de la côte des esclaves », a nuancé Debourou face à une assistance attentive constituée non seulement de Béninois mais aussi d’Etrangers, notamment des Occidentaux.

Spécificités d’un esclavage local

L’esclavage local qui s’est développé dans le Borgou a bien des spécificités qu’il  importe de savoir. Il n’y a pas que des otages de guerres appelé par le mot Yo ( esclave en batonou) dans cette classe sociale. « Dans l’esprit des Batombou, raconte Djibril Debourou, pouvait devenir esclave du jour au lendemain, un homme libre qui ne parvenait pas à défendre sa liberté. Au cours d’une simple promenade militaire, un Wassangari pouvait emporter sur son cheval, un homme libre qui n’a pas pu lui résister physiquement. Celui-ci changeait automatiquement de statut et devenait esclave à vie ».

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Comme les otages de guerres, cet esclave est susceptible d’être échangé auprès des Fulbés (peuple d’éleveurs de bovins encore appelé Peulh) contre quelques bœufs, pouvait également être présenté aux vendeurs de chevaux.  Hommes serviles de leurs nouveaux-maîtres éleveurs, « les esclaves composaient ainsi d’une mosaïques d’individus d’origines diverses » et forment le groupe social des « Gandoguibou ou Gando ».

A eux, s’ajoute une autre catégorie d’esclaves, les maléyobou constitués d’enfants batombou abandonnés aux fulbés pour  échapper à l’infanticide.

 Somme toute, même si les Wassangari de l’aristocratie batonu, de l’hinterland dahoméen n’ont pas contribué à la traite négrière, ils ont entretenu un esclavage local par leur domination politique et militaire dont les victimes se comptent parmi les peuples voisins que sont les Yowa, les peuples montagnards de l’Atacora, les gulmenceba, les étrangers qui traversaient le Borgou et d’autres Batombou.


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