CULTURE

Tourisme transfrontalier : Kétou, les vestiges d’une tradition yorouba du Nigéria au Bénin

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Avec un riche patrimoine aujourd’hui en souffrance, Kétou a de quoi charmer tout amateur d’Histoire et satisfaire tout touriste qui y va. Président de la commission affaire sociale et touristique à la mairie, Ademonla Gualbert Lalèyè Fatshola est aussi un guide touristique qui a en mémoire tout le registre des attraits touristiques de la cité des « Omon Oduduwa » (les enfants de Oduduwa). Dans une longue interview, le balafré fier de ses origines nous parle à cœur joie des potentialités de Kétou qui enrichissent le patrimoine touristique du Bénin.

patrimoine touristique ketou

Ademonla Gualbert Lalèyè Fatshola, président de la commission affaire sociale et touristique à la mairie et guide touristique

« ké tou kéé ? ké fo lou ? » (Qui peut redresser la bosse ? Qui peut détruire la ville ?).  C’est dans cette allégorie interrogative que se trouve tout le sens de la toponymie Kétou. Située au sud-est du Bénin et frontalière du Nigéria, Kétou est une ville forteresse dans l’âme. Plusieurs fois assaillie avant de céder devant la redoutable armée du royaume d’Abomey qui a perdu un roi de retour d’un combat sans merci, Kétou s’est remise et continue d’exhiber fièrement sa grandeur de citadelle imprenable.

« De même que personne ne pourra redresser sa bosse, de même personne ne pourra détruire notre ville ». Ainsi disait un ancien à la création de cette ville après les rituels à l’endroit où, selon la légende, un bossu a été sacrifié.

Au-delà des récits sur ses épiques résistances à Abomey, Kétou porte une grosse part d’histoire de la tradition yorouba venue du Nigéria. L’insubmersible ville béninoise est même reconnue capitale de cette tradition qui obligerait tout ethnographe à se lancer dans une aventure de tourisme transfrontalier entre le Bénin et le Nigéria.

Iwoyé, village kétois situé à la frontière, à cheval sur le Nigéria et le Bénin est un symbole de cette imbrication d’une tradition qui traverse les âges. En tenue décontractée, vêtu d’un tee-shirt blanc et petit bonnet blanc à la tête, sa haute majesté royale Joël Adémola Alayé, roi d’Iwoyé est assis sur une chaise blanche. Entouré de deux conseillers, le monarque nigérian profite de la fraîcheur de l’air naturel sur la terrasse de son palais en matériaux définitifs.

En novembre prochain, il fêtera ses dix ans d’accession au trône et de règne sur des peuples qui sont de part et d’autre du Bénin et du Nigéria. « Nous sommes tous des frères. Que ce soient ceux qui sont à Savè comme ceux qui sont à Kétou ou à Iwoyé, nous sommes tous des descendants d’une même famille », déclare le roi. 

« La mère de la mère de mon père est venue de Kilibo non loin de Savè » décline le souverain. La quarantaine, le roi explique les liens ancestraux qui lient Kétou à Oyo, le berceau de la tradition yorouba au Nigéria.

« De Igboja à Savè, nous sommes les mêmes jusqu’à Iwoyé et jusqu’aux confins de l’Etat d’Oyo. Nous sommes tous des descendants de Oduduwa. Même les Yoroubas qui sont à Porto-Novo, la capitale du Bénin, ils sont de Oduduwa. Ce sont les colons qui nous ont divisés et une partie de la descendance est en territoire francophone et l’autre en territoire anglophone ». 

Malgré son titre de « haute majesté royale », le roi Adémola sait qu’il doit déférence au trône de Kétou. « Alaketu, akobi Oduduwa ni » (le roi de Kétou est l’aîné de Oduduwa) dit-il. Oduduwa, dans la généalogie yorouba, est l’ancêtre et fondateur du royaume d’Oyo dont le fils aîné poussé par une guerre de succession fratricide est descendu vers le Plateau de l’actuel Bénin pour fonder le royaume de Kétou.

patrimoine ketouJoël Adémola Alayé, roi (nigérian) d’Iwoyé (à.d) et le roi d'oyo(Nigéria)

Avec un riche patrimoine aujourd’hui en souffrance, Kétou a de quoi charmer tout amateur d’Histoire et satisfaire tout touriste qui y va. Président de la commission affaire sociale et touristique à la mairie, Ademonla Gualbert Lalèyè Fatshola est aussi un guide touristique qui a en mémoire tout le registre des attraits touristiques de la cité des « Omon Oduduwa » (les enfants de Oduduwa). Dans une longue interview, le balafré fier de ses origines nous parle à cœur joie des potentialités de Kétou qui enrichissent le patrimoine touristique du Bénin.

Quels sont les sites touristiques visités par les étrangers quand ils viennent à Kétou ?

Quand les gens viennent à Kétou, il y a trois principaux sites qu’ils visitent. Il y a la Place centenaire de la renaissance de Kétou, qui est encore appelée la place Oyingin. Pourquoi la Place centenaire ? En 1894, quand les prisonniers ont été libérés à Abomey par le colonel Alfred Dodds, les Kétois sont revenus et c’est à cette place qu’ils se sont installés d’abord avant que chacun ne retourne dans sa maison. En 1994 soit 100 ans après leur arrivée, en mémoire de tous nos parents qui étaient revenus d’Abomey, cette place a été créée. Quand ils sont revenus, le roi qu’ils ont choisi s’appelait : Oyingin. Il a régné de 1894 à 1918. C’est sa statue qui est à cette place.

place du centenaire ketouLa place du centenaire

Broussailleuse en ce mois de juillet 2020, c’est une place publique avec des bancs à l’image d’un espace vert en plein cœur de la ville. La statue du roi trône majestueusement sur le site et agite … comme s’il aspergeait continuellement des bénédictions sur la ville et ses visiteurs.

De deux ?

« Après la place centenaire, c’est le palais royal de Kétou. Il s’agit d’un palais sacré. Je peux même dire qu’après Ilé-Ifê, c’est Kétou directement. A Ilé-Ifê, 401 divinités sont adorées. A Kétou, ce sont 201 divinités que nous adorons. Au palais royal de Kétou, on ne fait pas n’importe quoi.

Le 05 janvier 1993, il y avait une équipe de la gendarmerie qui était venu au palais pour tirer sur le roi, on a tout dit et ils ont refusé. Il a tiré le premier coup qui est allé directement sur le trône, le roi s’est levé. Le second coup a été sur le bassin de son collègue qui en est décédé sur le champ.

Depuis ce temps, le roi joue toujours un rôle dans la gestion administrative de Kétou. Quand les douaniers sont attaqués, ils vont au palais. La police même va au palais, même le maire va au palais quand il a difficulté pour trouver de solution. Le palais de Kétou est un palais véritablement sacré.

palais royal ketouPalais royal de Kétou

Fierté des Kétois et symbole d’un Kétou toujours ancré dans la tradition yorouba qui emprunte quelques couleurs à la modernité, ce palais en impose par son bâti flamboyant et tout le soin qui y est porté.

De l’entrée à l’intérieur, ce lieu d’où règne sa majesté Akanni Adédunloyé Adéromola, 51ème roi de Kétou, allie tradition et modernité.

La cour pavée sur son large flanc gauche est dégagée de l’autre côté où, dans le gazon sauvage on aperçoit près d’un canari porté sur un bois à trois branches, une sculpture géminée d’une femme debout sur une stèle posée sur la tête d’un prince.

Toujours à droite, sur une partie du mur du bâtiment principal, une peinture attire l’attention de tout visiteur. C’est le dessin de Oduduwa, l’ancêtre des Yoruba à Ilé-Ifè, celui dont le fils aîné est devenu fondateur du royaume de Kétou.

Tenant un bâton de commandement, (son pouvoir) en forme d’arc blanc sur le lequel est posé une colombe blanche, c’est un homme tout de blanc vêtu, le visage partiellement caché par un masque perlé de cauris sur sa couronne blanche.

les rois de ketouLes 50 anciens rois de Kétou

Pour entrer à "Aafin" (palais en Yorouba), il y a des conditions et un panonceau planté dans le sol rappelle formellement les interdits. « Déchausse-toi, ferme ton parapluie, la queue du cheval n’entre pas au palais royal, enlève ton voile ou foulard », ordonne l’écriteau.

Ce n’est qu’après ça que l’on accède à la tribune où le roi siège majestueusement sur son trône. Mais, avant, un tableau posé juste à l’entrée rappelle les cinq lignées royales « ARO, MESA, MEFU, ALAPINI, MAGBO » et les 50 derniers rois qui ont précédé l’actuel monarque.

Le troisième grand site visité c’est ?

« Il y a le Monument Akaba-Idéna. Sous le règne du 14ème roi, Oba Sâ, les gens ont consulté le Fâ pour dire que Kétou est la capitale du royaume. Le royaume s’étend jusqu’à Abeokuta. Il faut donc mettre une sécurité autour de la capitale… ».

Actuellement c’est un site abandonné à la ruine, difficile d’accès qui s’inonde à chaque grande pluie que l’Etat béninois s’active de réhabiliter. Les travaux d’aménagement, d’assainissement et pavage de la voie d’accès ainsi que des cours intérieures et extérieures du musée ont déjà été confiés à une entreprise qui a un délai de 8 mois pour l’exécution.

Pour mieux comprendre l’histoire de ce monument historique de Kétou, il faut avoir une idée de la fondation de ce royaume nago.

Le guide ouvre une parenthèse et raconte : « C’est le Fâ qui a guidé les ancêtres depuis Ilé-Ifê jusqu’ici. Ils ont fait des décennies en route jusqu’à ce qu’ils aient traversé le fleuve Oyo. Quand ils consultent le Fâ, il leur dit s’ils doivent attendre ou continuer la route. C’est comme ça, ils sont venus sur ce plateau. Pour donner le nom au nouveau royaume qu’ils veulent créer, c’est le Fâ qui a encore donné le nom. Le chapitre de l’oracle qui a fondé le royaume de Kétou, c’est le "Iwoyé bo gbé".  Pour faire le sacrifice de ce chapitre-là qui est venu, il faut un bossu. C’est un bossu vivant qui a été enterré à l’endroit où le royaume de Kétou a été fondé. Le nom à l’origine est "ké tou kéé ? ké fo lou ?". C’est-à-dire "qu’est ce qui peut arracher la bosse aux bossus. Du moment où le bossu est vivant, c’est collé à lui jusqu’à sa mort et tant qu’on ne peut pas arracher la bosse au bossu, Kétou sera toujours débout. C’est cela l’explication de la signification de Kétou. C’est cet endroit qui est « Akaba Idéna » ou la porte magique. C’est là où ils ont fait les sacrifices ».

ketou musee akaba idenaLe musée Akaba-Idéna

D’autres détails entourent la sémantique du nom de cette porte qui occupe une part de l’histoire de l’invasion Aboméenne à Kétou. Saisie comme trophée de guerre par la troupe amenée par le roi Guézo qui a assiégé le royaume de Kétou pendant plusieurs mois, cette porte serait revenue d’elle-même. Ce qui renforce sa mythologie.

Qu’en est-il de l’histoire de la porte magique avec le royaume rival d’Abomey ?

« Kétou a été fondé, mais n’a pas été créé. Du moment où c’est fondé, pour détruire ce serait difficile. En 1886, la ville de Kétou ne devrait plus exister. Ce sont des génies qui auraient fait le travail à la place de la population. Le roi qui est venu fonder le royaume est venu avec 120 familles. Ce sont des génies qui ont creusé des trous de 10 mètres de large et 15 mètres de profondeur et 25 kilomètres de circonférence, c’est précisé dans le livre de Parinder. Le titre du livre est : « Le souci de l’histoire de Kétou ».

C’est dans ce livre qu’il y a plus de précisions sur l’histoire de ces génies puisque les vieux étaient encore-là et ils ont bien raconté ça au chercheur.

Ce que nous avons entendu de bouches à oreilles, ce sont des génies du nom de "Adjibodou" qui ont creusé les trous pour encercler la capitale et la seule entrée et sortie se trouve à l’endroit où le sacrifice du bossu a été fait.

Pendant la dernière attaque d’Abomey en 1886 sous le roi Glèlè, les Aboméens sont rentrés à l’intérieur de la capitale et ils ont détruit des choses. Il y a eu des guides qui ont aidé les Aboméens à détruire toutes les forces de Kétou. Ils n’ont pas respecté les interdits de ses fétiches pour pouvoir diminuer leurs forces.

En partant, les Aboméens ont pris la porte magique comme trophée de guerre. A leur retour à Abomey, il y avait des épidémies terribles qui ont frappé le royaume. Comme Abomey aime conserver les trophées de guerre, il n’allait jamais laisser cette porte partir. Ils ont consulté le Fâ et on leur a dit que c’était la porte qu’ils ont ramenée de la ville de Kétou.

"C’est cette porte qui vous crée tous ces problèmes, il faut l’éjecter de la ville d’Abomey". Ils ont sorti la porte pour l’amener loin dans la brousse et c’est là les Kétois ont eu le temps de travailler sur la porte et elle est devenue comme un pigeon et a volé pour revenir à sa place. C’est pourquoi, nous parlons de la porte magique ».

Quid de la reconnaissance mondiale de la porte Akaba-Idéna ?

« C’est cette porte qui fait que Kétou est classée parmi les plus grandes villes de haute sorcellerie en Afrique. A ce qu’il parait, il y a un mystérieux homme, un géant qui sort la nuit et qui continue de sortir la nuit jusqu’à présent. Quand l’UNESCO a reconnu le monument Akaba-Idéna comme un patrimoine mondial, elle a envoyé de l’argent pour reprendre les travaux et on a mis un gardien à cet endroit. Curieux, le vieux vigile a décidé de voir l’homme mystérieux qui sort de ce lieu toutes les nuits. Un soir, il est allé là-bas. Il dépose sa lanterne, s’assied contre le mur et regarde pour voir par où l’homme géant va passer pour sortir. Mais à sa grande surprise, il s’en dort et s’est réveillé en trouvant sa lanterne sur sa poitrine. Quand il s’est levé, la lampe est tombée et s’est éteinte. Le géant est sorti, mais il ne l’a pas vu. Le lendemain, il a démissionné. "A partir d’aujourd’hui, cherchez un autre pour garder la maison, je ne la garde plus".».

Le Patrimoine touristique de Kétou, ce n’est pas que ces trois principaux sites. Une ville capitale d’un royaume qui s’étend du Bénin au Nigéria a bien des choses qui méritent d’être connues. Ademonla Gualbert Lalèyè Fatshola, le guide et président de la commission affaire sociale et touristique à la mairie nous parle de divers autres sites. Son seul regret, c’est qu’ils sont dans un état de dégradation avancée qui laisse pantois.

« Il y a les "Tas d’immondices du bonheur", Aïtan-Ola. Quand le roi Edê, fondateur du royaume de Kétou est venu, il a trouvé beaucoup de vieilles ici, on ne sait même pas d’où elles sont venues. On est venu les trouver ici, mais elles parlaient le Yoruba comme le roi fondateur. Parmi ces vieilles, il y a Iya-Ola. Ces vielles n’ont jamais été enterrées, elles restent debout et commencent par disparaitre jusqu’à ce que la tête disparaisse également. Iya-Ola s’est enlisée et elle a demandé de venir jeter des ordures sur elle. Et depuis la fondation du royaume, c’est comme une montagne. C’est un endroit sacré et tous les Kétois qui sont allés à la guerre d’Indochine et la guerre d’Algérie ont vu Iya-Ola».

ketou immondice de bonheurAïtan Ola, (tas d'immondices du bonheur)

Véritable montagne d’ordures et de déchets de toutes sortes, c’est un site qui, à première vue, repousse tout visiteur soucieux de l’assainissement du cadre de vie. Pourtant, on ne va pas à l’effrayante tas d’ordure sans autorisation de la cour royale. Des jeunes aux aguets guettent tout passage suspect pour quérir les autorisations d’accès.

Quand on parle de la tradition yorouba, le Guèlèdè, masque inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO est omniprésent. Kétou est un haut lieu du Guèlèdè. On en parle.

« Il y a un professeur de Philosophie à l’Université d’Ilé-Ifê, Bénédicte Bitokou, qui a aussi fait l’Université de Sorbonne. C’est elle qui a construit un musée de Guèlèdè à Kétou centre où on voit des représentations imitant toutes les étapes de la danse Guèlèdè. Le musée est fermé aujourd’hui parce qu’il n’y a pas quelqu’un qui le gère.

Hors de Kétou centre, il y a le quartier de Ofia. C’est le berceau du Guèlèdè dans la commune et au Bénin. Ce quartier se trouve à l’Est de Kétou vers le Nigéria. C’est à 6 kilomètres de Kétou ».

Déjà, est-ce qu’on peut avoir une idée de l’histoire du Guèlèdè ?

« Le Guèlèdè est venu de Ilobi au Nigéria. C’est un royaume au Nigéria, c’est surtout les Kétois qui sont là-bas. Est-ce que c’est de Kétou, ils ont amené le Guèlèdè là-bas ou ce sont eux qui ont créé le Guèlèdè ?

L’histoire révèle que ce sont des calebasses que les enfants utilisaient pour jouer et qu’ils mettaient sur la tête. Ils utilisent des feuilles sèches de bananes et ils percent les coquilles d’escargot qu’ils attachent aux pieds pour danser. Quand ils dansent et crient, les vieilles femmes les apprécient et voient que c’est amusant. Un jour, un homme s’est levé pour dire : "Qu’est-ce que vous faites comme ça" ? et il a détruit les calebasses et tout ce que les enfants avaient. Quand il est rentré à la maison, il est tombé malade.

Il va consulter le Fâ et on lui révèle qu’il y a des enfants qui jouaient à un jeu qu’il a détruit. La prescription a été qu’il pratique lui-même le jeu pour être guéri. Il l’a fait et a dansé. Il a retrouvé sa santé et c’est devenu la danse de nos mères. C’est une danse que nos mères adorent particulièrement.

guelede ketouLes masques Guèlèdè dans un hôtel de Kétou

Le Guèlèdè n’est plus qu’un masque de réjouissance ?

En dehors de l’aspect culturel, il y a l’aspect cultuel. Parce que dans chaque couvent de Guèlèdè, c’est un endroit où nous adorons nos mères. Partout où il y a un air de Guèlèdè, il y a des endroits réservés pour adorer nos mamans et nous leur offrons à manger. Nous leur donnons de l’igname avec de l’huile rouge et autres.

Ailleurs les gens utilisent tout type de bois pour fabriquer le Guèlèdè. Mais, il y a une seule espèce d’arbre que nous utilisons à Kétou pour fabriquer les masques Guèlèdè. Erimado. C’est le nom de l’arbre qu’on utilise pour fabriquer les masques Guèlèdè.

Quand cet arbre devient sec, le masque Guèlèdè devient très léger. C’est pourquoi nos parents l’ont adopté. Quelle que soit la taille qu’on taille, qu’on donne aux masques Guèlèdè, avec cet arbre quand ça devient sec, c’est très léger. Une fois qu’un masque a été déjà porté et qu’on a déjà dansé avec, cela devient une divinité. On peut l’adorer et lui poser des questions avec des cauris et il répond. Quand quelqu’un est malade, on lui porte ce masque, il danse et est guéri.

Quoi d’autres sur la liste des attraits touristiques de la citée des Omo Oduduwa ?

« A part les masques Guèlèdè, à Ofia il y a les 201 puits. Ce sont les villages souterrains d’antan. C’est pendant la saison sèche qu’on peut se rapprocher de ces puits. En saison pluvieuse, les arbres envahissent ces puits. Pour ne pas tomber dans ces puits, il est conseillé de ne pas aller là-bas. Il y en a à Ofia et à Odju, village situé entre 2 et 3 kilomètres de Kétou-centre.

Il y a la rivière Iya-Mèkpèrè à Okpomèta. Quand le roi fondateur venait à Kétou, il est arrivé dans le village d’Okpomèta et ils ont entendu le coassement des crapauds, et il s’est dit l’eau n’est pas loin d’ici. Il a envoyé le premier guide pour aller chercher de l’eau et dès qu’il arrive-là, il n’a pas dit : "Agooo" (Ndlr, cri pour demander le passage ou toquer à la porte). Alors que la vieille qu’ils sont venus trouver ici était nue en train de préparer une potion.

La vieille lui a tendu la main et il est tombé inerte. Il n’est pas revenu. Le roi attendait, mais ne le voyait pas. Une seconde personne est envoyée. Sans contrôle, elle rentre sans frapper, elle subit le même sort que le premier. C’est la troisième personne envoyée par le roi, qui, avant de rentrer là, a dit "Agoooo, Agoooo, Agoooo" et a fait savoir qu’il cherchait de l’eau à boire pour un roi qui veut aller fonder son royaume. Elle l’a autorisé et a touché les deux autres qui se sont se levés. Ils ont donc pris de l’eau à quatre et ils sont venus voir le roi et elle a prié pour le roi. Elle a également dit au roi qu’elle viendra l’aider à fonder son royaume. L’endroit de Iya-Mèkpèrè est toujours là aujourd’hui ».

riviere iya mekpere ketouLa rivière Iya Mèkpèrè

Un détour au bord de cette rivière, et la désolation est foudroyante. Abandonnée à l’instar d’autres sites, la rivière sacrée est aujourd’hui ensablée et perdue au milieu des champs de maïs et de tomates. Selon Pascal Elégbédé, un vieux chef du village où se trouve cette rivière, elle a permis à beaucoup de femmes de connaître les joies de la maternité.

Ensuite ?

« Il y a également Iya-Bokolo, une femme barbue. Elle aussi s’est enlisée, mais ce sont des endroits qui ne sont pas trop aménagés. C’est pourquoi nous n’amenons pas les gens là-bas. C’est dans une maison. Quand le roi s’est installé, il a demandé à ses sujets d’aller l’arrêter parce qu’il ne concevait pas qu’une femme puisse avoir des barbes. Ils ont dit à la vieille que le roi l’appelait. Quand elle est venue, le roi l’interrogea : "D’où viens-tu ? Nous n’avons jamais vu une femme avec des barbes". Elle répondit au roi : " Si tu savais". Furieux, le roi relance : "Tu as encore l’audace de me répondre en ces termes". Les gardes du roi voulaient se lever pour l’arrêter quand elle a fait descendre les plafonds sur eux.

Seul face à elle, le roi a enlevé sa couronne et s’est prosterné. Il a demandé pardon à la vieille. Elle a alors prononcé des paroles incantatoires et tout est réparti. Elle a dit au roi qu’elle n’était pas venue pour leur faire du mal mais qu’elle était plutôt là pour les accueillir et qu’elle savait qu’ils venaient. Elle s’est enlisée. Elle est restée débout et elle a disparu progressivement.

Elles sont nombreuses ces genres de femme à Kétou, mais elles ne sont pas connues. Elles sont environ sept vielles femmes mystérieuses que le roi fondateur de Kétou est venu trouver à Kétou. Il ne sait même pas d’où elles sont venues.

place okpometa ketouLa place Okpomèta

Après Okpomèta, il y a la forêt sacrée où le roi est initié avant qu’il ne vienne à Kétou. Quand nous choisissons un nouveau roi, il va commencer son périple au Nigéria. Il doit passer par cette forêt avant de venir à Kétou.

A côté de la forêt, il y a un puits qui ne tarit jamais. Ce puits avait même un couvercle, il parait que c’est lors des guerres que les Aboméens revenant d’Abeokuta ont emporté le couvercle. Dans cette forêt, il y a trois bulles de terre. C’est à cet endroit que nous faisons les sacrifices et nous continuons encore de le faire. Il y a un grand Iroko dans la forêt.

Nous avons aujourd’hui, les rivières Ëka (Homme), Ëfoun (Femme) à Idigny. A l’origine de ces rivières, il y a un couple qui est passé par Kétou pour demander la terre pour s’installer et de la nourriture. Les Kétois ont dit qu’ils n’en ont pas. Ils ont donc traversé Kétou pour aller à Idigny.

Les gens d’Idigny leur ont donné à manger et les ont installés. Le lendemain, les habitants d’Idigny ont constaté qu’à l’endroit où l’homme était installé, il y a désormais une source d’eau. Idem pour la femme. C’est là où se trouve les deux rivières aujourd’hui.

oduduwaOduduwa, l'ancêtre des Yorouba du Nigéria et père du fondateur de Kétou

Il y a une autre rivière sacrée, Alaouhan. C’est une rivière qui donne des enfants. Si quelqu’un a un problème de fertilité et qu’il va là-bas, Alaouhan va lui donner l’enfant. Santé, argent…, tous les problèmes sont réglés au niveau de cette rivière. Il y a un homme qui est l’intermédiaire entre le fétiche et les populations.

Dans l’arrondissement d’Adakplamè, il y a deux sites importants qu’on peut visiter facilement. Le premier site, c’est la forêt de Ido Fé, qui a une relation particulière avec la forêt de Iwé, il y a un fétiche qui existe-là avant la fondation du royaume de Kétou.

Le roi de Kétou est passé par là. Le feu est entré dans cette forêt, les gens ont détruit, mais la forêt est toujours là. On voit des arbres qui dépassent 200 à 300 ans. Le fétiche qui est là est "Icha Odoua" qui signifie" le fétiche du seigneur" ou "la divinité du seigneur". C’est uniquement parmi les membres d’une famille qu’on désigne quelqu’un pour aller parler avec ce fétiche. C’est la famille « Ido Fé » qui s’en occupe.

Le deuxième site, c’est la pierre qui rejette tout objet extérieur. La pierre se trouve à Agonlin Kpahoun. N’importe quel objet extérieur que vous envoyez sur la pierre, elle le rejette automatiquement. Ce n’est que pendant la saison sèche qu’on peut voir cette pierre puisqu’il est au bord de l’eau. Quand la saison pluvieuse arrive, l’eau couvre la pierre. Malheureusement aussi, la voie qui mène là-bas n’est pas du tout praticable ».

divinite ketouLes divinités à Kétou

Kétou, c’est aussi de multiples danses, des divinités diverses que l’on découvre lors des manifestations culturelles, des festivals annuels.  Ce patrimoine immense dont elle ne profite pas encore, la ville, du moins selon ce que promettent les autorités locales, s’apprête à le réhabiliter pour le révéler au monde entier.

Réalisation : Olivier Ribouis & Ozias Hounguè

NB: Cet article fait partie de notre dossier spécial sur les défis socio-économiques et sécuritaires des communes frontalières au Benin, réalisé avec l’appui technique et financier de la Fondation Friedrich Ebert (FES) au Bénin.

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