CULTURE

Music Lab’Africa : on a tout mélangé avec Philo, Bona, Jah baba, Les Teriba ...

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Restitution de 7 jours de création dans le cadre des manifestations du Novembre numérique, le concert Music Lab’Africa donné vendredi 04 décembre au théâtre de verdure de l’Institut français du Bénin avec les artistes Bona Didolanvi, Jah Bab, Les Teriba, Philo et les voix du tambour, Jérôme Ettinger, Jimmy Belah et Axel Vanlerberghe est un spectacle de cocktail inédit et de voyage à travers divers univers.

music-lab-africa-jah-baba-philo-voix-tambours-teriba-bonaventure-didolanvi-ettinger-jimmy-belah-institut-francais-benin Concert Music Lab'Africa à l'Institut français de Cotonou

Plusieurs mois déjà qu’on n’a plus eu droit à un concert à l’Institut français de Cotonou. Ce haut lieu d’exaltation culturelle a dû se plier au dictat de la pandémie du coronavirus. Mois après mois, Novembre allait aussi passer. Le public béninois n’allait pas avoir droit aux manifestations artistiques du Novembre numérique au cours duquel les domaines de la culture et du digital se fécondent pour offrir des expériences exceptionnelles. Fort heureusement, il y a eu l’inspiration du Music Lab’Africa. Un projet collaboratif de l’Institut français qui a fait rencontrer à Cotonou, des artistes de trois continent, Afrique, Europe et Amérique.

L’idée a consisté à associer des artistes de l’univers digital venus de Nantes (Jérôme Ettinger et Axel Vanlerberghe), à des artistes des scènes actuelles mais qui sont dépositaires du patrimoine culturel immatériel béninois ( Jah Baba, Bona Didolanvi, Les Teriba et Jimmy Belah du BIM) avec un tambourinaire martiniquais ( Philo ).  Pendant sept jours au laboratoire au centre Africa Sound City, ils ont donné corps à un cocktail où les cultures numériques et les musiques actuelles se mélangent pour produire des sensations atypiques.

Vendredi 04 décembre, à l’occasion de la restitution, le public de privilégiés venus partager le résultat de la fécondation artistique et culturelle a pu vivre quelque chose d’inédit. Un concert live son et image. La magie de la soirée, c’est qu’en même temps que les artistes musiciens se produisent, au fond de la scène, les paroles des chansons et rythmiques sont illustrées voir ravivées en émotion par des images que projette le vidéaste Axel Vanlerberghe. On assiste à une sorte de synchronisation qui fait voyager le public à travers le temps et les espaces.

De voyage, il en a été question durant toute la soirée. Ceci à divers niveaux. Musical d’abord. Au rythme des tambours, le public est entré dans le concert avec Philo pour une plongée dans le bèlè, aux racines des musiques martiniquaises. A califourchon sur son tambour couché sur le sol qu’il roule des dix doigts de ses mains, accompagné de Jérôme Ettinger pour une association électro, l’artiste venu des Caraïbes fait une entrée dans les panthéons vodouns comme pour s’incliner sur la terre de cette religion africaine qu’est le Bénin. Des images d’une impressionnante chorégraphie vodoun accroche l’attention du public aussitôt que les percussions de Bona Didolanvi, de Jah Baba se mêlent au martiniquais tout comme les deux sœurs Teriba, Kikè et Folakè connues pour la particularité de leurs voix et leur calebasse qu’elles portent presque partout.

music-lab-africa-jah-baba-philo-voix-tambours-teriba-bonaventure-didolanvi-ettinger-jimmy-belah-institut-francais-benin Concert Music Lab'Africa à l'Institut français de Cotonou

Difficile de résister au festival des tambours. Dès les dix premières minutes, le public convaincu accompagne le spectacle en battement de mains.  Sur le fond musical, le voyage se révèle comme un moment de découverte des similitudes entre les Antilles afro-descendants et le Bénin, symbole de la source des musiques ancestrales parties d’Afrique de l’Ouest qui ont voyagé à travers le monde par le sombre couloir de l’esclavage.

Lorsqu’on sort du bèlè et ses variétés caribéennes pour pénétrer dans les musiques traditionnelles béninoises, les tambours résonnent avec perfection chez Bona au milieu de 5 tam-tams et Jah Baba, toujours avec son bata des traditions Yorouba. En même temps, on parlerait d’un voyage à travers les cultures et les traditions.  Sur des airs originaux de jazz, de blues, d’électro-pop, la soirée est une fusion. Le morceau « tambours » en est une parfaite illustration.  Ça commence sur un ton d’odes aux instruments traditionnels de musique dans les Antilles, se prolonge avec « Sègla », une chanson de guerre du redoutable royaume du Danxomè.

Le deuxième niveau du voyage est surtout historique. Tout en partageant leur passion de la musique avec le public, les artistes parcourent les pages d’histoire de l’esclavage. Avec les images du vidéaste, on se pose sur les plages où les ancêtres été embarqués dans des bateaux négriers, on aperçoit la fureur des vagues qui montent comme pour marquer leur opposition à cette funeste expédition. Les plages sont aussi le lieu de découverte d’un mode de vie et de travail grâce à la pêche.

« Une belle expérience pour nous »

music-lab-africa-jah-baba-philo-voix-tambours-teriba-bonaventure-didolanvi-ettinger-jimmy-belah-institut-francais-benin Les artistes après le concert

Du décollage à l’atterrissage, cette soirée de restitution Music Lab’Africa est pour tous, un moment d’émotions, d’histoire et d’évasion par ces temps covidiques de tristesse.  Coline-Lee Toumson-Venite, directrice déléguée de l’IFB et Gérald Brun, Attaché de coopération universitaire et scientifique à l’Ambassade de France avaient bien prévenu. « Cette création qui vous sera présentée ce soir a traversé plusieurs océans », a déclaré la Martiniquaise qui dirige l’institut.  Faite de dialogues, de croisement des rythmiques, la démarche dit-elle, a consisté à féconder le patrimoine immatériel avec l’innovation numérique.

Pour les artistes eux-mêmes, Music Lab’Africa est une expérience enrichissante.  « Ça a été un voyage exceptionnel. Un voyage qui amène du Bénin en Martinique, passe par la France et puis tu reviens au Dahomey. C’est vrai j’étais sur scène, mais pourtant, j’imaginais ce que le public vit pendant tout ce voyage.  Je ressentais la même chose sur la scène. Donc, je peux dire simplement que ça a été une belle expérience pour nous », a confié le percussionniste Bonaventure Didolanvi.

music-lab-africa-jah-baba-philo-voix-tambours-teriba-bonaventure-didolanvi-ettinger-jimmy-belah-institut-francais-benin Le Martiniquais Philo

  Au terminus, Kikè et Folakè, les sœurs Teriba aussi disent n’avoir encore jamais vécu une telle expérience qui leur a permis de découvrir tout ce qu’on peut réaliser de beau, de magique dans la musique en associant les cultures numériques. Jérôme Ettinger qui connait bien Cotonou à travers le BIM, un autre projet de collectif musical en cours avec Jimmy Belah et d’autres talents, est fier du résultat obtenu en sept jours de résidence.  « 7 jours, ça a été très court, mais on s’est vite capter, on s’est vite compris. La musique vient de l’Afrique de l’Ouest. Elle a été amenée par les esclaves vers les Amériques, les Caraïbes. C’est très important de rappeler l’histoire. On a essayé de brasser les musiques actuelles avec l’électronique, les tambours martiniquais et les tambours béninois », fait-il savoir sorti d’un exercice « éprouvant » et « fatiguant ».

Philo, le Martiniquais qui a foulé le sol béninois pour la première fois de sa vie veut y retourner. Il est sûr d’être venu aux sources qui de son bèlè ( musique traditionnelle vodoun des Caraïbes) et ses tambours. « Je suis impressionné par la vitalité des gens, l’humanisme des gens… J’aime beaucoup, beaucoup le Bénin qui est la terre mère et je suis certains que des ancêtres de chez moi, il y en a beaucoup qui venaient d’ici, du royaume du Danxomè. Je me suis senti comme si j’étais en Martinique ».

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