Endettement du Bénin: analyse sans détour du spécialiste des Finances publiques Aymar Binassoua

Olivier Ribouis
publié le 3 avril 2018

L’encourt de la dette publique rapportée au PIB, s’établirait à 54,6 % en 2017 contre 47,6 % en 2016. Et récemment, l’actualité fait état d’une volonté du pouvoir à refinancer la dette intérieure bancaire de l’Etat béninois. Une situation qui nécessite plus d’éclairage pour les citoyens béninois.

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Aymar Binassoua, Administrateur-Juriste, spécialiste des Finances Publiques, expert en Gouvernance des systèmes financiers publics

A cet effet, votre web-journal d’Investigation, de grand reportage, d’analyse et d’actualité est allé à la rencontre de Aymar Binassoua. Il est Administrateur-Juriste, spécialiste des Finances Publiques, expert en Gouvernance des systèmes financiers publics et par ailleurs, un chercheur engagé dans plusieurs projets de recherche en matière de finances publiques et fiscalité en Afrique notamment. Dans cette interview exclusive à Banouto, il livre les tenants et aboutissants de la hausse de l’endettement du Bénin avec des explications étayées.

Banouto: Selon le document de « Stratégie d’endettement de l’Etat » annexé à la loi de finance 2018 dont Banouto a reçu copie, « l’encours de la dette publique rapportée au PIB, s’établirait à 54,6 % en 2017 contre 47,6 % en 2016 ». Quelle lecture faites-vous de cette information ?

Aymar Binassoua: À 54 % d’endettement en proportion du PIB, le pays a encore de la marge puisque la norme dans l’UEMOA est que l’encours de la dette intérieure et extérieure rapportée au PIB nominal ne doit pas excéder 70 %. L’objectif de cette limitation est d’éviter que la dette d’un État membre ne devienne insoutenable. Malgré l’existence de cette marge, le Bénin envisage une réduction de l’encours de la dette publique qui passerait à 42,3 % en 2022. À titre de comparaison, le niveau actuel d’endettement public de notre pays est inférieur aux niveaux d’endettement par rapport au PIB de plusieurs pays développés. Alors que l’une des conditions de participation à l’Union Economique et Monétaire selon le traité de Maastricht est que la dette publique pour les pays de l’Union européenne ne doit pas dépasser 60% ou doit se rapprocher de ce seuil, les chiffres de Eurostat, l’office statistique de l’Union Européenne indique que l’Allemagne, championne d’Europe de l’orthodoxie financière affichait un taux de 68 % de niveau d’endettement par rapport au PIB quand la France atteignait fin 2017 un niveau de 97 %. La hausse de la courbe d’endettement public est la tendance sur notre continent africain depuis quelques années et il est noté un accroissement du recours aux financements non concessionnels.

Mais rassurez-vous ! Des indicateurs de niveau d’endettement élevés n’indiquent pas forcément une situation alarmante puisque même avec un niveau d’endettement élevé la France continue d’avoir la confiance des investisseurs et d’emprunter à des taux bas.

Il n’y a rien de mal à élever le taux d’endettement plus haut dans l’hypothèse ou encore l’espérance d’une croissance forte capable d’enrayer à terme un mauvais cycle d’endettement. Il faut pour cela impulser un vrai choc de croissance afin de bénéficier des dividendes futurs et s’assurer des capacités de remboursement.

La situation du Bénin n’est pas donc pas singulière si on vous suit…

Selon les indicateurs économiques de la Banque mondiale et du FMI, le niveau moyen des dettes de l’Afrique subsaharienne est passé de 25,2 % du PIB en 2010 à 34,5 % en 2015. Cette hausse sur le continent africain serait due à un effet d’aubaine des dons et allégements de dettes octroyés, à en croire certaines analyses. Alors que le niveau d’endettement atteignait 83,5 % au sein l’Union européenne en 2016, il progressait de plus de 12 points sur la période quadriennale avec un taux de 50 % en moyenne en 2016 dans notre espace régional -le chiffre de 54 % d’encours montre que le Bénin s’est écarté de 4 points de cette moyenne en 2016-. Parallèlement, il est enregistré dans l’espace régional ouest africain un accroissement des dépenses liées aux intérêts sur la dette de 17,7 % en 2016. Selon la commission de l’UEMOA, cette évolution a été notée dans la plupart des États membres avec +74,5 % pour le Bénin, +13,2 % pour le Burkina Faso, +21,1 % pour la Côte d’Ivoire, +22,2 % pour le Mali, +35,7 % pour le Niger et +10,9 % pour le Togo.

Comme on peut le constater, le Bénin est pour la période, champion de la sous-région en matière d’accroissement du service de la dette, ce qui constitue une contrainte majeure sur nos finances publiques et un facteur de diminution des capacités d’investissement.

C’est ainsi qu’un peu plus de 64 milliards de charges financières de la dette ont pesé sur le budget en 2016 soit plus de 17% des ressources fiscales internes contre un peu plus de 44 milliards en 2015 à en croire les chiffres publiés en octobre 2017 par la chambre des comptes de la cour suprême dans le rapport d’exécution de la Loi de finances pour l’exercice budgétaire 2016.

À quoi doit-on alors s’attendre ?

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  • Keston
    il y a 8 mois

    Dommage qu'on ne puisse pas lire l'intégralité de ce bel article

  • charles
    il y a 8 mois

    c'est possible, seulement qu'il faut être abonné

  • Albert
    il y a 8 mois

    Très belle article. Il serait intéressant que ces experts s'expriment plus souvent. Bravo à Banouto pour cette pioche. Si la presse pouvait suivre l'exemple de ce web média on progressera. Et le débat ne serait plus stérile. Courage à Banouto. Merci à monsieur Binasoua pour son analyse