Bénin/Nigéria : chute des affaires au marché Dantokpa après la fermeture des frontières

Judicaël Kpèhoun(Stag.)
publié le 1 septembre 2019

Depuis deux semaines, les frontières du Nigéria sont fermées au Bénin. Cette situation provoque la hausse des prix de contrebande avec pour corrolaire, la mévente chez les vendeuses de pagnes et divers du marché international Dantokpa.

dantokpa-frontiere-benin-nigeria Commerce au ralenti au marché

16H 30 dans l’après-midi de ce vendredi 30 août 2019. Nous sommes au carrefour SOGEMA à 5 minutes du pont quittant Akpakpa au carrefour saint Michel de Cotonou. Après quelques pas de marche, nous voici devant la boutique de Samirath. Spécialisée dans la vente de pagnes de diverses qualités, la jeune dame, la trentaine, de teint clair et vêtue de sa robe traditionnelle de couleur verte est installée à quelques mètres de la porte de sa boutique attendant impatiemment son énième client. Mais devant lui, se trouve son employé, Geoffroy, l'air gentil, s’est précipité de nous accueillir.

Après quelques gestes de politesse et la présentation de l’équipe de Banouto, il nous amène vers sa patronne Samirath. D’un sourire rayonnant, la jeune dame nous installe. « Vous savez bien de quoi il s’agit. Il y a de cela deux semaines, moi j’ai parlé anglais dans cette boutique. Tous mes clients nigérians sont rentrés au pays et même les Béninois aussi ne viennent plus. Le commerce tourne vraiment au ralenti », nous renseigne la jeune vendeuse de pagnes sur la situation critique dans le marché. Samirath compte dix-huit ans dans le commerce de pagne mais jamais, de pareille situation, elle n’en a vécu. Depuis l’ouverture de sa boutique à 8H, elle n’a encore reçu un copeck d’un client. Son seul souci, « c’est comment faire pour payer ses quatre employés, le loyer qui tourne au tour de quatre-cent mil francs le mois, en plus de l’électricité.»

A peine a-t-elle fini avec Samirath que l’équipe de Banouto aperçoit Dadjè, un usager du marché, croquant des biscuits. Le jeune homme de teint noir, de petite taille, et ventru s’arrête brusquement sur la terrasse entre la boutique de Samirath et le magasin de sa co-locatrice. Motif de cet arrêt ? L’équipe de Banouto munie de son enregistreur. A l’en croire, cela fait plusieurs mois  qu’il souhaiterait  exposer son amertume aux autorités au plus haut niveau à travers la presse.  « La fermeture des frontières a sérieusement fait chuter  notre business au marché. Il semble qu’on n’a pas de dirigeant dans ce pays. La population est abandonnée à son sort. Par exemple, ceux à qui moi j’ai vendu à crédit ne m’ont rien remis aujourd’hui. Des dettes de près de vingt-huit millions.» A l’entendre, le prix de vente a sérieusement baissé ces derniers jours. Dadjè est dans l’importation des pagnes. Selon lui, la mévente s’est installée à l’avènement de Patrice Talon en raison de l’augmentation de la douane. C’est donc la fermeture des frontières qui complique la situation.

Même son de cloche chez les vendeuses de vivres

dantokpa-frontiere-benin-nigeria Commerce au ralenti au marché

Il est 16H 51 minutes. Nous sommes à Missèbo toujours dans le marché de Dantokpa dans la ruelle qui mène au lycée Coulibaly de Cotonou. Mais cette fois-ci, chez Tata Mimi. Elle livre en gros aux détaillants les sacs de riz, de spaghetti et de l’huile. A la question de savoir la situation de la vente à son niveau au lendemain de la fermeture des frontières nigérianes, Tata Mimi ne fera pas d’économie de vérité. « Combien de riz les Béninois mangent ? Je n’en sais pas. Je n’arrive pas à vendre nos marchandises. Ce sont les Nigérians qui viennent acheter plus chez moi mais voilà que leurs frontières sont fermées. Si cela continue jusqu’à un mois, je pense qu’il n’y aura personne à Missèbo. » a déclaré, d’un ton sévère, la jeune Dame. A son côté gauche se trouve une vieille Dame qui vient de prendre six sac de riz sur laquelle elle est assise à l’intérieur de la boutique faisant le compte afin de payer sa facture à Tata Mimi. Concentrée depuis notre arrivée sur les quelques billets de banques dans son porte-monnaie traditionnel appelé dans le jargon local ‘’Adokin’’, elle  s’invite au débat. « Les prix des marchandises n’ont pas augmenté. Les clients se font rares. C’est une situation générale. Même le transport est devenu cher parce que l’essence a augmenté de prix. Je me demande combien ils me prendront pour ces riz ?» nous a-t-elle lancé d’un air préoccupé.

En face de la boutique de Tata Mimi, de l’autre côté de la ruelle se trouve Maman Sabine. Allongée sur un banc devant son hangar, elle est au téléphone avec un membre de sa famille. La vendeuse de canette et de boissons, malgré la mévente reçoit la demande d’aide d’une cousine qui serait dans de mauvais draps à l’hôpital après l’accouchement. « Nous n’écoulons pas nos marchandises. Et pour ça nous ne prenons plus le risque de commander de nouvelles marchandises parce que ça peut arriver cher aujourd’hui et ils vont ouvrir les frontières demain. » fait remarquer la prudente Maman Sabine.

« la rentrée arrive et nous avons l’engagement des banques»

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Le soleil s’apprête à se coucher et un vent peu violent fait son numéro sur les artères du carrefour de la pharmacie les 4 thérapies situé en plein cœur du marché. Il est 17H 38 minutes. Ici, les cambistes se sont éparpillés devant les boutiques de  vente et d’autres dans les aller et retours prenant le risque de l’imprudence de certains conducteurs de taxi-moto et les voitures allant à Porto-Novo au chargement.  Un vrombissement soudain, un coup de frein à la hâte et c’est Fadhil qui vient de traverser la voie. Il est accablé de quelques noms d’oiseau par un ‘’Zém’’. Au milieu de ses camarades, Fadhil, changeur de monnaie, communique le nouveau tarif: « Nous échangeons 1000 naira maintenant à 1 700 F CFA au lieu de 1 650 F CFA. »

Pendant que les cambistes font de la surenchère, les commerçantes restes inquiètes au marché Dantokpa. « Le prix en carton de certains biscuits comme  Twinglés et Noreos a augmenté de 100 F  au lendemain de la fermeture des frontières nigérianes. Mais le biscuit Parle G est en manque général sur le marché. »  confie, la jeune fille Adjala en train ranger les cartons de biscuits restant pour la fermeture de la boutique en ce début de soirée.

Comme tous les usagers du marché Dantokpa, Tata Mimi appelle les autorités  à faire le nécessaire pour la réouverture des frontières, car dit-elle, « la rentrée arrive et nous avons l’engagement des banques. Il faut que les enfants mangent, il y a plein de charges qui sont là.»


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