Franc CFA : 04 rappels de Kako Nubukpo à Lionel Zinsou

Ozias Hounguè
publié le 19 octobre 2019

Sur initiative du Conseil présidentiel pour l’Afrique (CPA), un débat annoncé sur le Franc CFA a opposé un ardent défenseur et un pourfendeur de la monnaie le 16 octobre 2019 à Sciences-Po Paris. Un débat d’idée qui a vu l’ex-premier ministre du Bénin, Lionel Zinsou affronter l’économiste togolais, Kako Nubukpo qui a relevé 04 limites dans son propos liminaire.

lionel-zinsou-kako-nubukpo Kako Nubukpo et Lionel Zinsou

Les limites de la Zone Franc selon l’ancien ministre de l’économie, Kako Nubukpo. Invité dans un débat sur « les Enjeux et Perspectives du Franc CFA » face à Lionel Zinsou à Science-Po à Paris, Kako Nubukpo a souligné quatre points pour lesquels le dossier de la sortie du franc CFA doit être véritablement discuté.

Une part des échanges communautaires trop faibles

Selon Kako Nubukpo, ancien ministre de l’économie et de la prospective de Faure Gnassingbé, la première limite de la zone Franc CFA porte sur les échanges communautaires, qui restent encore trop faible. « On est entre onze et quinze pourcent pour vous donner un ordre de grandeur. Dans la zone Euro, on tourne autour de 60% », a-t-il expliqué. Parlant d’honnêteté intellectuelle, il a précisé que ce n’est à cause du Franc CFA que les économies de la zone franc n’échangent pas suffisamment entre elles. « Je dis la présence du CFA n’a pas engendré un processus d’accroissement des échanges intra-communautaires », nuance Kako Nubukpo.

Une compétitivité prix qui apparait comme une taxe et une subvention

Sur le deuxième aspect de cette limite de la Zone franc qui concerne la compétitivité prix, le doyen de la Faculté des sciences économiques et de gestion de l’Université de Lomé, a souligné que le taux d’échanges du CFA apparait sur « longue durée comme une taxe sur les exportations et une subvention sur les importations ». « Ce qui fait qu’on a des balances commerciales structurellement déficitaires », précise-t-il avant d’ajouter « peut-être pas la Côte-d’Ivoire encore que ces deux dernières années la manne du cacao, c’est un peu tari et on voit que la Côte-d’Ivoire a des soucis de balance commercial. »

Des ratios crédits au-dessous de 30%

L’intellectuel togolais s’est notamment inquiété sur « le rationnement du crédit » des pays de la zone franc dans son intervention devant les étudiants de Sciences-Po Paris. Evoquant ce troisième point, il a affirmé que des « ratios crédits sur le Produit intérieur brut (PIB) sont qui sont au-dessous de 30% maintenant ». Il détaille sur ce point qu’il y a encore une dizaine d’années les pays de la zone était à 23%. « Pour vous donner un ordre d’idée dans la Zone euro, on est à 100%. En Afrique du sud, on est à 150%. Aux Etats-Unis, on est à 300% », cite-t-il en exemple. Pour l’universitaire, il y a un problème de financement à taux d’intérêts décents dans les secteurs économiques qui seraient des « secteurs importants » pour la zone Franc. « Donc-là, c’est un vrai défi. Là, on a le défi du financement », a-t-il éclairé

Absence d’objectifs de croissance économique au niveau des Banques centrales

Le quatrième point de cette limite, apprend Kako Nubukpo, est l’absence d’objectifs de croissance économique dans l’émission des deux principales banques centrales de la zone franc, la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC). « Vous savez que la zone BCEAO a trois éléments fondamentaux, l’article 4 des statuts de l’union monétaire du 1er juin 2010, qui dit que la banque centrale est indépendante des Etats. L’article 8 qui dit que son seul objectif, c’est la stabilité des prix et l’article 36 qui dit en aucun cas, elle ne peut aider les Etats », a-t-il confié.


  • Ogoubi
    il y a 28 jours

    Lionel zinsou n'est qu'un mercenaire intellectuel de la France contre les intérêts des peuples africains. Rien de plus.