ECONOMIE

Fermeture des frontières du Nigeria: Bruno Amoussou explique la résistance de l’économie béninoise

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Dans sa leçon inaugurale du colloque international de la rentrée organisée par plusieurs centres et laboratoire de recherche de l’université d’Abomey-Calavi, Bruno Amoussou a ouvert une brèche sur la résistance de l’économie béninoise aux effets de la fermeture des frontières nigérianes.C’était le 18 novembre 2020 à l’amphi Idriss Déby, sur le campus d'Abomey-Calavi.

bruno amoussou

La résistance de l’économie béninoise, aux chocs induits par la fermeture des frontières nigérianes depuis août 2019, vue par Bruno Amoussou. Ancien président de l’Assemblée nationale, ancien ministre d’Etat, du plan de la prospective et du développement, et actuel président du parti Union progressiste (mouvance présidentielle), le vieux briscard de la vie politique béninoise a délivré la leçon inaugurale du colloque international de la rentrée.

Le colloque est une initiative de quatre centres et laboratoire de recherche (CEDAT, CREDIJ, LARRED et CESPo,) de l’UAC pour marquer le début de leurs activités au titre de l’année académique 2020-2021.

La manifestation scientifique, co-organisée par ces centres et laboratoire des professeurs Ibrahim Salami, Joseph Djogbénou, Dodji Amouzouvi et Hygin Kakai, a porté sur le thème «Sociétés et réformes : une perspectives croisée de vécus et des sciences administratives, juridiques, politiques et sociales ». La leçon inaugurale de Bruno Amoussou a porté sur « Sociétés et réformes en Afrique et au Bénin : perceptions et vécus des déterminants socio-politiques, juridiques et propositions pour un vivre ensemble harmonieux ».

Pendant près d’une heure, Bruno Amoussou, a soulevé plusieurs problématiques dont celle de l’influence du pacte colonial sur la gestion des affaires publiques dans les pays africains. Selon le renard de Djakotomey, ce grand témoin et acteur de la vie politique béninoise, 60 ans après les indépendances, le pacte colonial demeure une réalité.

Structure économique en évolution

« Le pacte colonial est toujours là dans nos pays africains aujourd’hui. Nos pays sont toujours exportateurs de produits agricoles non transformés, nos pays sont toujours importateurs de produits manufacturés, nos pays sont des rentiers », a fait constater l'octogénaire à un auditoire constitué de professeurs d’universités, docteurs, doctorants, auditeurs de masters en droit, sciences politiques et sociologie, et des journalistes.

« Les taxes de pas de porte l’emportent sur les taxes intérieures ; les douanes (et autres) sont les sources essentielles, c’est-à-dire l’échange. Et nous au Bénin, nous avons amplifié cette économie de rente, parce ce que nous sommes à côté du Nigeria et que la réexportation de marchandises nous rapportait beaucoup d’argent », a-t-il ajouté.

« Heureusement pour nous que depuis ces dernières années, a nuancé Bruno Amoussou, nous avons développé une économie interne quelque peu solide, qui nous a permis de résister lorsque les frontières ont été fermées ».

Bruno Amoussou rappelle que la fermeture des frontières nigérianes, en avril 1984, sous le même président Muhammadu Buhari, avait eu des impacts plus sévères sur l’économie béninoise. Il justifie la résilience du Bénin, 35 ans plus tard, par des réformes ayant entrainé une modification de la structure de l’économie béninoise.

Cette évolution structurelle de l’économie béninoise se constate dans la réalité, explicite le conférencier, par une croissance de la production interne de marchandises, l’assainissement des finances publiques, l’augmentation des recettes fiscales internes qui rapportent autant de ressources aux caisses de l’Etat que les recettes douanières.

« Lorsque vous regardez le budget national aujourd’hui, vous voyez un genre d’équilibre entre la contribution du service des impôts et celle de la douane au budget. Regardez ça et vous verrez l’évolution de notre économie, de la structure de notre économie, ces dernières années. Et c’est cela qui nous a permis de résister quelque peu », a insisté Bruno Amoussou.

Des chiffres, mais attention…

Dans son discours sur l’état de la nation fin décembre 2019, le président Patrice Talon avait fait une analyse quasi-identique de la situation.

« Sur le plan socioéconomique, la fermeture par le Nigeria, depuis le mois d’août 2019, de ses frontières avec tous ses voisins dont le Bénin, est source de préoccupations (…) Mais ce qu’il importe de retenir de ce choc exogène, c’est que les efforts de transformation structurelle de notre économie commencent à produire leurs effets», avait déclaré le chef de l’Etat face aux députés à l’Assemblée nationale.

«Ainsi convient-il de comprendre la résilience dont notre pays fait preuve face à cette crise. Désormais, nous savons donc mieux résister aux chocs de cette nature et nous continuerons à renforcer cet acquis »,ajoutait le président Patrice Talon. 

La note trimestrielle de conjecture, publiée par la direction générale des affaires économiques du ministère de l’économie et des finances en avril 2020, indique les recettes nettes des régies financières à fin décembre 2019.

Le document renseigne que les recettes fiscales douanières au quatrième trimestre 2019, donc après la fermeture des frontières s’élèvent à 89, 28 milliards de francs Cfa tandis que les recettes fiscales des impôts sont de 155, 47 milliards de francs Cfa.

Malgré ces signaux de résilience, Bruno Amoussou prévient que « la conjoncture économique béninoise reste toujours tributaire de la conjecture économique au Nigeria ».

Depuis le 20 août 2019, le Nigeria a fermé ses frontières avec ses voisins, dont le Bénin. Abuja justifie sa décision par l’Ex-Swift Response, une opération de lutte contre l’insécurité transfrontalière dont le terrorisme, le banditisme armé, la contrebande et la prolifération des armes.

Les pourparlers entre les autorités des pays concernés par la fermeture et le Nigeria étaient en cours lorsque la pandémie a provoqué « le grand confinement », avec une fermeture généralisée des frontières à travers le monde.

 

 

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