ENVIRONNEMENT 0 Commentaire

Bénin : des jardins de l’espoir pour une agriculture responsable

Hervé Yao Kingbêwé
publié le Apr 24, 2018

Pour réduire les gaz à effet de serre et atténuer les effets des changements climatiques, des paysans béninois travaillent pour un retour progressif aux pratiques agricoles ancestrales associées aux résultats des recherches scientifiques. De quoi susciter des espoirs mêmes maigres.

jardin-potager-bio

Samedi 17 février. Il est un peu plus de 9 heures (8 heures GMT) à Togoudo. Le soleil dicte depuis  deux heures, sa loi sur ce quartier de l’arrondissement de Godomey, commune d’Abomey-Calavi, localité voisine de Cotonou, la capitale économique du Bénin. Ousmane Sambo est déjà au travail. La quarantaine, ce Nigérien est un paysan. Son lieu de travail, une parcelle au milieu des habitations. D’une superficie de 3000 mètres carrés, sur ce site de production  se côtoie une cinquantaine de planches de 24 mètres de long et 1,20 mètre de large portant différentes espèces de légumes. Laitue sur une planche, carotte sur une autre, vernonia à côté, basilique  au loin, là-bas et des fruitiers dans un coin. Pisciculture dans un angle du site, de la volaille dans un espace par là. Malgré la rareté des pluies et un dérèglement climatique, ces légumes et fruits qu’il fait pousser toute l’année, se développent étonnamment bien. « Tout ce que tu vois ici est produit sans engrais chimiques ni pesticides », précise le jeune paysan, sourire aux lèvres et l’air fier. Sur son site, tout ce qu’il produit est sans engrais synthétiques. Les seuls engrais qui sont utilisés sont des engrais verts et du compost qu’il se charge de produire lui-même. Très rigoureux et méticuleux quant à sa production, Ousmane est un cultivateur qui pratique l’agriculture biologique. Ce mode de production agricole, il ne l’a pas choisi. Il le faisait par habitude. Idem pour son « ami » Abdoulaye Amadou. Trente neuf ans révolus, ce Peulh du Ghana qui roule aussi bien le Mina (langue parlée à la fois au Bénin et Togo) que Zerma (langue parlée au Niger)  produit également bio.

"Le naturel est mieux que le chimique."

Abdoulaye Amadou

Cette manière de produire sans engrais ni pesticides, il l’a apprise au village chez ses parents. « Je n’utilise pas d’engrais. Je ne connaissais même pas cela au village », confie-t-il, convaincu d’avoir fait un bon choix : «Le naturel est mieux que le chimique ». Il évoque notamment des raisons sanitaires et de coûts pour défendre sa thèse. « Quand tu pratiques l’agriculture biologique, tu n’as pas besoin d’emprunter de l’argent pour acheter de l’engrais avant de produire. Et aussi, tu manges sain ». Mais à côté de l’argument sanitaire et économique, un autre motif : le climat.

"Les recherches par les experts de l’ONU ont prouvé que c’est un type d’agriculture qui a un rendement de l’ordre de 33%, plus élevé que l’agriculture avec les pesticides, les produits chimiques".

Oluwafèmi Kotchoni.

Effets du changement climatique

agriculture-jardin-potager

Les experts sont unanimes là-dessus. La situation climatique au niveau mondial est inquiétante. Les trois dernières années sont les plus chaudes jamais enregistrées sur terre, selon une annonce de l'Organisation météorologique mondiale (OMM). Selon les prévisions du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), la courbe ne risque pas de s’inverser.  Bien au contraire. La quantité mondiale d’émission de gaz à effet de serre devrait augmenter avec une part accrue de l’agriculture (24%).

Avec la croissance démographique prévue et l’évolution des habitudes alimentaires vers une demande croissante de viande, la production agricole devrait impacter davantage l’environnement. Des prédictions inquiétantes qui nécessitent, entre autre, un changement de mode de production agricole au niveau mondial. C’est conscients de cette nécessité que Ousmane et ses copains, réunis au sein de l’Organisation non gouvernemental Les Jardins de l’Espoir, se réjouissent de leur choix. « C’est un mode agricole qui ne va pas à l’encontre de la nature », explique Oluwafèmi Kochoni, premier responsable du groupe. « Les recherches par les experts de l’ONU ont prouvé que c’est un type d’agriculture qui a un rendement de l’ordre de 33%, plus élevé que l’agriculture avec les pesticides, les produits chimiques », ajoute-t-il.

 

Bousculer les habitudes

 

"les pratiques agricoles qui préservent la nature et qui fonctionnent en harmonie avec la nature, nos peuples les ont toujours connues."

Oluwafèmi Kotchoni

Face au danger climatique qui guette la planète, Ousmane et ses pairs pratiquant l’agriculture biologique veulent bousculer les habitudes. Au Bénin, pays où le coton est le produit agricole d’exportation, la plupart des paysans pratiquent en effet une agriculture intensive avec des engrais chimiques et pesticides. A travers leur organisation, Les Jardins de l’Espoir, ils travaillent depuis peu, en qualité de consultant dans un vaste programme pour la pratique de l’agriculture biologique. « C’est un programme de réintroduction de savoirs ancestraux et de pratiques agricoles », précise M. Kochoni. « Je dis réintroduction parce que, justement, les pratiques agricoles qui préservent la nature et qui fonctionnent en harmonie avec la nature, nos peuples les ont toujours connues. C’est ce que nos parents, nos aïeux ont toujours utilisé. Je voudrais de ce point de vue-là,  rappeler que l’agro-écologie n’est pas quelque chose de nouveau.

Mais dans un pays comme le Bénin où la culture qui a pris le pas sur les autres cultures est le coton, en une génération, deux générations, quand les gens sont amenés à travailler avec les pesticides, les engrais chimiques, il y a justement une tendance à oublier les pratiques agricoles qu’on faisait jusque-là », explique-t-il. De façon pratique, le travail qu’ils font, consiste à  réintroduire à travers des outils pédagogiques audiovisuels en certaines langues ces pratiques ancestrales mais améliorées avec des connaissances issues des recherches scientifiques. Une sorte de retour aux pratiques culturales ancestrales qui ne manque pas de susciter des espoirs, mêmes maigres. D’autant plus que certains experts comme Emmanuel Torquebiau, du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD) estime que « l’atténuation et l’adaptation au changement climatique ne pourront se faire qu’avec des techniques respectant les équilibres naturels et reposant sur l’agro-écologie.»

 


Vous pouvez désormais commenter les articles en tout anonymat. toutefois tout commentaire deplacé sera simplement retiré. merci