ENVIRONNEMENT 3 Commentaires

Bénin-Glyphosate-Cancer : la réplique de René Sègbénou à Dr Mohamed Paul Tossa

René Sègbénou
publié le 27 août 2018

Dans une tribune le 21 août dernier, Dr Mohamed Paul Tossa, médecin de santé publique et de toxicologie, écrivait au sujet du glyphosate que son caractère cancérigène n’a pas été prouvé à ce jour.  Par commentaire sur Banouto, René Sègbénou, président de Jinukun, a réagi à cette tribune. Lire sa réaction.  

rene-segbenou René sègbénou, président de Jinukun, et défenseur de l'agriculture écologique

J'ai lu avec beaucoup d'attention l'article de Dr Mohamed Paul Tossa. Cela n'étonne point lorsque l'on suit l'actualité dans le domaine concerné au double plan national et international. Chaque fois que l'utilisation d'un produit présente des risques environnementaux et sanitaires du genre révélé aujourd'hui à propos du Glyphosate, lorsque des événements et des prises de positions convergent pour demander l'interdiction d'un produit à risque, il s'élève toujours des scientifiques qui se prétendent neutres, mais dont les avis tendent soit à minimiser les risques incriminés ou à les déclarer inexistants.

 Il en a été ainsi du tabac. Mais aujourd'hui il est interdit de fumer dans plusieurs lieux publics et dans les avions. Cela a mis du temps, mais il a été enfin reconnu que fumer est dangereux aussi bien pour le fumeur que pour les fumeurs passifs qui l'entourent. Les industries du tabac sont d'ailleurs aujourd'hui obligées d'inscrire sur les paquets de cigarettes que fumer tue. La seule question dramatique qu'il faut se poser maintenant est : combien de temps allons-nous encore attendre et combien de vies humaines vont être gâchées ou perdues avant qu'on arrive à l'évidence.

Le problème des scientifiques qui, comme Dr Tossa, se veulent neutres, est qu'ils donnent l'impression de s'extraire du monde, pour, de leur tour d'ivoire, assener des vérités qui malheureusement confortent les industriels ou les politiques qui défendent un produit pour des raisons qui ne sont pas du tout scientifiques, mais de profitabilité ou de gain à tout prix. En effet les enjeux qui entourent le glyphosate ne sont pas que scientifiques et les industriels qui mettent de tels produits sur le marché, de même que les politiques qui décident de leur autorisation, le savent, si bien qu'ils utilisent les scientifiques soi-disant neutres pour arriver à leurs fins.

 Il est établi aujourd'hui que Monsanto, pour, maintenir ses produits suspects sur le marché, paient des scientifiques pour apposer leurs signatures au bas des articles qu'il a lui-même fait élaborer en faveur de ses produits. De la même façon, Monsanto et d'autres industriels du même genre font tout pour que des gens qui leur sont favorables siègent dans les instances d'autorisation de leurs produits. Ils s'assurent aussi des cautions politiques, raison pour laquelle les USA défendent partout leurs industriels dont Monsanto. Une chose m'a étonné dans l'argumentaire du Dr Tossa, c'est la chaleur du café ou de la bouillie que le citoyen lambda peut consommer au petit déjeuner.

Je me suis demandé pourquoi il est devenu subitement imprécis, utilisation la notion de chaleur tout à fait relative et chargée de subjectivité. Pourtant il est évident que la chaleur se mesure au thermomètre. Si on est d'accord avec lui que ce qui fait la dangerosité d'un produit, ce sont ses conditions d'utilisation, il aurait été plus convaincant de nous dire à quelle température le café ou la bouillie deviennent cancérogènes et à quelle température le consommateur lambda peut les absorber. Je rappelle ici, pour recoupement d'idées, que dans une étude faite par Mme Elisabeth PAZOU, enseignante-chercheuse à l'Ecole Polytechnique d'Abomey Calavi (EPAC), elle recommande de faire frire les poissons du fleuve Ouémé, contaminés par plusieurs pesticides, pour diminuer les résidus de ces pesticides.

Tout scientifique qui décide de s'adresser à l'opinion publique doit se rappeler que la réalité est complexe. En prendre un bout, prétendre être neutre, s'enfermer dans sa vérité scientifique tout en cherchant à influencer l'opinion publique peut se révéler dangereux. Une des conclusions de l'article du Dr Tossa semble tout de même aller dans le bon sens. C'est quand il écrit que "la polémique suscitée par l'affaire Glyphosate doit, a minima, conduire les autorités à mettre en place une véritable étude de traçabilité des usages et des conditions d'exposition des populations". Malheureusement l'essentiel de son article n'incite pas à mettre en place l'étude qu'il préconise, puisque lui-même met la chaleur du café ou de la bouillie au même niveau de cancérogenèse que le glyphosate. C'est comme s'il se tirait une balle dans les pieds. Au-delà des conditions d'usage et d'exposition, ce dont nous avons besoin au Bénin, c'est une véritable étude environnementale et sanitaire dans les grandes zones de production cotonnière où le Roundup est massivement utilisé aujourd'hui. Dr Tossa ne peut pas faire une telle proposition, puisque d'office il a évacué la question du glyphosate pour camper sur les conditions d'utilisation. Or c'est bien du glyphosate qu'il s'agit dans l'actualité. Malheureusement les scientifiques, les industriels et les politiques se réfugient derrière la difficulté à mettre un lien de cause à effet entre un cancer et le glyphosate.

 La question est d'autant plus compliqué que ce que les usagers ont main, n'est pas le glyphosate, mais le Roundup, qui est composé du glyphosate et d'un ingrédient qui aide à coller le produit aux feuilles. Or une étude du Prof. Gilles Eric SERANILI a prouvé que le glyphosate, mélangé à ce produit, devient encore plus toxique. Que les organisations de la société civile se souviennent du tabac et maintiennent la pression sur tous les acteurs qui peuvent aider à faire déboucher les choses : les scientifiques, les décideurs et les consommateurs que nous sommes. Ces derniers ont une arme qu'ils ignorent : leur libre arbitre, leur pouvoir de décider de ce qu'ils veulent consommer.

S'ils deviennent regardants sur leur cadre de vie, la nourriture qu'ils consomment, etc., ils peuvent influencer le cours de l'histoire. Un conseil à nous tous : ne nous abandonnons jamais à aucun gourou, fut-il scientifique, politique ou autre. Une chose me rassure : comme pour le tabac, le DDT, l'endosulfan et d'autres produits toxiques déjà interdits, le glyphosate et au-delà, le Roundup sera interdit. La grande question, c'est quand et après combien de morts.


  • Jospin
    il y a 9 mois

    Très édifiant ,bien structuré J'ai aimé la partie qui fait appel a l'enseignante de l'épacte qui a fait une étude sur la contamination des poisons par les pesticides

  • BANKOLE
    il y a 9 mois

    Merci pour la mise au point

  • ZOHOUNMEGAN Edner
    il y a 9 mois

    Voilà qu'il est bien ! Cessons de penser à nos propres profits et travaillons pour le peuple. D'une manière ou d'une autre un produit qui détruit la vie (puisqu'il s'agit des végétaux ; donc des vivants), on peut pas entant que scientifique ou Ingénieur Agronome, encourager son utilisation si on n'y a pas un intérêt. Qu'on le veuille ou pas, ces produits ne sont pas sans répercussions sur la santé. Cela peut être de court terme comme à long terme. Ne pensons pas qu'au aujourd'hui mais pensons à ce que nous voulons laisser à nos progénitures.