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Bénin-mafia mortuaire : les révélations de Médard Koudebi

Olivier Ribouis
publié le 3 août 2017

A lire, un dossier exclusif de www.banouto.info sur  le secteur des pompes funèbres au Bénin.

 
Medard Koudebi

Médard Koudebi, 1m92, physiquement  bien bâti, à la voix imposante,  il est l’homme qui bouscule les habitudes mortifères dans le milieu des morgues au Bénin. Acteur incontournable, même par l’Etat, d’une lutte sans merci dans le but d’assainir un milieu putride, l’homme n’a pas sa langue dans la poche et ne fait pas la langue de bois. Rencontré dans le cadre d’un dossier de Banouto sur le secteur des pompes funèbres au Bénin, M. Koudebi fait des révélations d’une gravité foudroyante donnant des sueurs froides. Dans le troublant entretien avec lui, l’homme livre à la lumière du jour, les deals de l’impénétrable monde des acteurs de pompe funèbre dans tout le pays. L’illégalité, le trafic d’organes humains, l’occultisme, le business politique des morts, l’empoisonnement des Béninois avec des produits hautement toxiques et cancérigènes depuis des dizaines d’années,  la complicité sinon la responsabilité des gros bonnets… C’est toute une mafia autour de la mort avec des acteurs d’un niveau insoupçonnable. A partir de ce vendredi 04 août, vous lirez en exclusivité sur www.banouto.info, une série d’articles de cet entretien frissonnant. Et pour y aller, zoom sur l’homme, Médard Koudebi.

Médard Koudebi, terreur de la mafia de la mort

Courageux et intrépide, il a connu le milieu des pompes funèbres dans la fleur de l’âge. A à peine 20 ans, en 1993, il était « le plus jeune membre du syndicat des pompes funèbres » au Bénin. Secrétaire général du bureau du syndicat à l’époque, malgré son jeune âge, il est celui sur qui s’est reposée une réforme inédite destinée à mettre fin à un désordre florissant dans le secteur. Avec Prancras Bratier, le directeur général de la gendarmerie nationale à l’époque, le directeur de la voirie de Cotonou, et sous le contrôle de Maximilien Kininfo, ancien ministre béninois de l’Intérieur, il fallait fermer toutes les pompes funèbres qui ne répondent pas aux  normes, saisir tous les cercueils exposés aux abords des voies. Une, trop lourde et dangereuse responsabilité, pour ses épaules encore frêles. Médard Koudebi est exposé à toutes sortes de menaces de morts de ceux qu’il convient d’appeler les fauves des pompes funèbres dans le pays : « toi, si jamais tu viens toucher un cercueil ici, c’est avec ça qu’on va t’enterrer. Si jamais tu viens toucher à ma morgue, tu finiras dans les 48 heures, dans une chambre froide».  Le jeune homme sauve sa tête avec le concours, confie-t-il, d’un généreux donateur, ancien directeur général de la douane qui a vite compris qu’il était fortement menacé de mort.

Parti précipitamment pour sauver sa peau,  Médard Koudebi laisse derrière lui, un monde ténébreux des pompes funèbres pour de nouvelles expériences professionnelles en France. Technicien industriel formé en menuiserie au Lycée technique de Porto-Novo, et au Lycée Koulibaly de Cotonou, et titulaire d’un BTS (Brevet de technicien supérieur) en Allemagne, c’est dans les métiers du bois qu’il va se réfugier en France jusqu’en 2004, avant d’opérer un changement professionnel pour se retrouver détective privée. Loin du milieu de la mort, il a assuré la sécurité rapprochée de plusieurs hautes personnalités en France. Au même moment, il a été le chef  d’équipe de plusieurs sociétés de gardiennage. Révolutionnaire dans l’âme, des traces des révolutions qu’il a menées dans le gardiennage en 2008 sont encore perceptibles sur  internet. Seulement,  entre lui et le milieu des pompes funèbres, c’est une histoire d’amour. Grâce au FONGECIF, - un fonds qui permet de changer de métier sans passer le chômage- il entre à l’Enamef, l’école nationale française des métiers du funéraire. Pourquoi, parce que le Béninois, ancien secrétaire général des pompes funèbres de son pays, veut avoir sa propre pompe funèbre en France. Désormais outillé, dans un sursaut patriotique, et avec le soutien  des partenaires techniques et financiers du Bénin, c’est sur sa terre natale qu’il est de retour  pour mener à bien le combat de la salubrité post-mortem. Avec, « Bénin Diaspora Assistance », l’Ong qu’il dirige, dit-il, « Mon combat, c’est pour qu’il y ait moins de maladies, moins d’infections, moins de morts  au Bénin ». Restez connecté à votre site d'investigation pour la suite de ce dossier spécial sur le milieu des pompes funèbres.


  • Bonaventure Agbon
    il y a 1 an

    J'adore votre style, très suave.