INTERVIEWS 1 Commentaire

Mafia mortuaire1 : «Les Béninois, ont toujours été empoisonnés»

Olivier Ribouis
publié le 4 août 2017

Comme annoncé sur votre site d’investigation, suivez ici en exclusivité les révélations  de Médard Koudebi, la terreur de la mafia de la mort, à propos des choses insoupçonnables qui se produisent dans le secteur des pompes funèbres. Dans ce premier numéro, il nous parle de l’empoisonnement des Béninois et les premières actions qu’il a menées à l’endroit des autorités béninoises et des acteurs du secteur.

Circulation à Abomey-Calavi

24 ans après votre départ en catimini de votre pays où, très jeune, vous avez été appelé à mener l’assainissement du milieu des pompes funèbres au Bénin, vous êtes de retour en force pour conduire à bien ce combat malgré les menaces. M. Koudebi, dites-nous, que se passe-t-il dans le milieu funéraire béninois presque interdit aux néophytes ?

 

Déjà je vais commencer à rendre hommage aux autorités même si à un certain moment, ça n’allait pas. Le Bénin faisait partie des pays qui exigent des soins  de conservation avant tout transfert des corps sur leurs territoires, au même moment, les produits formolés, il y en a de plus dangereux, et tous sont hautement toxiques et cancérigènes. Ce qui fait qu’en Europe et dans tous les autres pays, on fait une déclaration préalable de soins. Là où la personne est décédée, l’hôpital fait la déclaration de décès. Le thanatopracteur fait  une déclaration préalable de soins. Quand lui fait une déclaration préalable de soins, la mairie de la localité peut dire non, ce produit est trop dangereux, je ne le veux pas sur mon territoire. Ça oui, c’est avec ça que vous allez traiter le corps pour éviter l’empoisonnement de leurs populations. Malheureusement au Bénin, aucune morgue ne fait une déclaration préalable de soins pour qu’un maire puisse dire,  ce produit est dangereux pour ma population, ce produit est moins dangereux, c’est ce qu’il faut utiliser.

Malheureusement, les Béninois, depuis, ont toujours été empoisonnés. A chaque enterrement, ils mettent des produits hautement toxiques et cancérigènes sous le sol. Ce qui pollue la nappe phréatique, ils ne boivent que du produit formolé et hautement toxique dans leurs puits et on développe différentes sortes de tumeurs de cancer, des différentes sortes de maladies sans connaître les origines.

 

Face à ce constat, qu’avez-vous fait ?

 

J’ai adressé mon premier courrier au gouvernement béninois en 2012. Ce courrier était accompagné de 43 questions que j’ai adressées au gouvernement béninois, qui a fait l’objet d’étude en Conseil des ministres et  le gouvernement  béninois n’a pas été en mesure de me répondre. 

Au gouvernement, j’ai demandé quels sont les impacts de ces produits sur la  vie des vivants ? Quelles sont les précautions prises par avance ? Quelle est l’effet sur les employés des morgues qui utilisent ces produits ? Quelles sont les maladies qu’ils développent le plus dans le secteur ? Plus précisément, qui doit déclarer quelqu’un de décéder au Bénin ? Qui est en mesure de dire que telle personne est réellement décédée ? S’il y a une loi qui l’exige et si oui je veux avoir connaissance de la loi. En cas de non application de cette loi, quelle sont les sanctions ? Est-ce que les morgues sont au  courant ? Est-ce qu’ils les appliquent ? Quelles sont les maladies pour lesquelles aucun corps ne doit aller dans une morgue au Bénin ? Si oui, je veux avoir la liste.  J’ai adressé tout un interrogatoire, 43 questions au gouvernement.

 

Et vous n’avez pas eu de réponses ?

 

« Au Bénin, tout se fait par jurisprudence ».  C’est la seule réponse, que j’ai eue du ministre de la santé, Dorothée Akoko-Kindé Gazard mandatée par le Conseil des ministres  dans une correspondance en date du 21 février 2013. Ils m’ont signalé qu’il n’y a aucune loi, il n’y a pas de texte, et que mon arrivée au Bénin et mon accompagnement seraient une opportunité pour sauver les Béninois. Au même moment, ils me demandent d’associer les acteurs de la santé publique aux fins d’un projet d’initiative de loi pour compléter le code de la santé publique au Bénin. Ce que je propose, c’est un calendrier de cinq ans pour réformer le secteur.

 

Dès lors, vous avez pris des initiatives. Parlez-nous de ça.

 

J’ai insisté qu’avant qu’on ne réprime quelqu’un, il faudrait que les gens soient formés d’abord. J’ai procédé à une série de formation dans le domaine. En tout, à ce jour, j’ai délivré 393 diplômes et attestations de  formation dans le domaine. Tous corps confondus. Promoteurs de morgue, employés de morgue, sapeurs-pompiers, officiers de police judiciaire, l’ABE et la future direction du ministère de l’intérieur qui doit désormais prendre la relève à la fin du calendrier proposé pour que l’Etat puisse prendre ses responsabilités.  Pour les promoteurs de morgue, l’attestation  que je délivre est signée par moi-même et par le ministère de l’intérieur. Je garde toujours des copies des diplômes et des attestations de présence pour que demain, si on décide de vérifier que la personne a été véritablement formée, on puisse en apporter la preuve  (avec une pile de copies d’attestation  à l’appui).

Quand je suis arrivé au début, l’Etat me dit qu’il ne connaît pas exactement le nombre de morgues qu’il existe au Bénin. J’ai procédé au recensement de la totalité des morgues du Bénin à l’époque.

Restez connecté à votre site d’investigation pour suite des révélations de M. Koudebi dans cette affaire qui donne la sueur froide.

Déjà en ligne : Médard Koudebi, terreur de la mafia de la mort


  • Mireille SOSSOUHOUNTO
    il y a 1 an

    Courage à vous