Bénin-Lokossou : «Yayi n’est pas une peste dont il faut s’éloigner pour Talon»

Yao Hervé Kingbêwé
publié le 11 octobre 2017

Après une absence relativement courte de la scène publique suite à son départ de la Confédération des syndicats autonomes du Bénin (CSA-Bénin), Dieudonné Lokossou est de retour. Il y a quelques semaines, l’ancien Secrétaire général de la CSA-Bénin a lancé une organisation non gouvernementale, l’association Nouveaux droits de l’Homme. Qu’est-ce qui justifie la création de cette association ? Quel regard porte-t-il sur  la gouvernance actuelle du pays par le régime Talon qu’il a contribué à faire venir ? Que devra faire l’actuel pouvoir pour améliorer sa gouvernance ?  Le syndicaliste  connu pour sa verve répond aux questions de Banouto. Interview.

csa benin ces Dieudonné Lokossou, ex-Sg de la CSA-Bénin et conseiller au CES

Banouto : Quelques mois seulement après votre départ de la tête de la CSA-Bénin et du champ public, alors que tout le monde vous voyait prendre enfin votre retraite, vous êtes de retour sous la forme d’une association, notamment l’Association Nouveaux droits de l’Homme. Est-ce M. Lokossou infatigable ou c’est simplement l’expression un goût d’inachevé ?

Dieudonné Lokossou : Tant que j’ai le souffle pour faire des œuvres sociales dans le but d’aider les citoyens pour un mieux-être, Je suis disponible. Ce n’est pas une fonction payante. Ce que nous allons faire est essentiellement gratuit. L’essentiel, c’est de bien conduire les actions dans le domaine que vous vous retrouvez pour donner satisfaction à la population. Si la population est contente, je suis moralement satisfait. C’est ce qui guide mon action.

Hier, avec la CSA-Bénin, vous défendiez les travailleurs, aujourd’hui l’Association, quelle est la cible ?

Le champ d’actions s’est élargi. Il ne se limite plus aux travailleurs dont nous défendions les intérêts. Nous allons aujourd’hui au-delà parce que notre Constitution a prescrit un certain nombre de choses qui ont malheureusement cours. Il y a certains aspects des droits de l’Homme (la liberté d’expression, les droits syndicaux, les droits des enfants et des femmes) qui sont quotidiennement violés par les tenants du pouvoir. Certes, il y a des associations qui existaient qui tirent sur la sonnette d’alarme mais c’est à croire qu’elles prêchent dans le désert.  Nous avons vu qu’il y a un déficit. Nous sommes venus donc renforcer leurs actions pour que nos voix portent. Car, quand on est ensemble, on est plus fort.

Votre association, faut-il le rappeler est née dans un contexte politique un peu tendu caractérisé par le divorce entre le chef de l’Etat et son principal allié lors de la présidentielle de 2016, Sébastien Ajavon. Connaissant vos relations avec le président du patronat, beaucoup de gens voient derrière la naissance de votre association un relent politique. Il se susurre que Ajavon est le bras financier derrière. Qu’est-ce qu’il en est ?

Il n’y a aucun texte qui interdise que quelqu’un sponsorise ceux qui ont la bonne volonté d’apporter un plus à l’avancement de notre démocratie. Mais je puis vous assurer la main sur le cœur que nous avons des rapports très étroits avec le président Ajavon qui est patron des patrons. Ce n’est pas un personnage vulgaire. Il a été longtemps avec nous au Conseil d’administration de la Caisse nationale de sécurité sociale où on a défendu les intérêts matériels des travailleurs. Moi, je suis honnête avec moi-même, je ne peux pas, du jour au lendemain, parce qu’il est haï par le pouvoir actuel, lui tourner le dos. On ne peut pas proclamer urbi et orbi que, parce que le président Ajavon ne s’entend pas avec le président Talon, nous l’avons rejoint. Ce n’est pas un théorème qu’il faut suivre. Il faut faire la part des choses. Ajavon n’inquiète pas le pouvoir. On n’a pas un cercle de réflexion ensemble.

 

Vous semblez assumer vos rapports avec Ajavon, opposant au régime alors que dans le pays on constate une ruée vers le pouvoir…

Là où il y a la honte, c’est ceux qui étaient hier avec Yayi sur le plan politique, qui ont fait tout ce qu’il a fait et qui aujourd’hui trouvent que c’est une peste dont il faut s’éloigner pour rejoindre Talon. Il faut avoir une conduite. La politique doit être guidée par la morale et l’éthique. Malheureusement, ces deux notions sont absentes dans le monde politique où il n’y a pas la honte, la crainte de Dieu. Lorsque quelqu’un perd le pouvoir, on trouve tout de suite que le nouvel élu est le bon Dieu qu’il faut adorer. Ce qui est ridicule, ce sont les arguments qui sont tous similaires. On dit ‘’on veut le développement social, économique de notre région’’. Ce que les gens oublient, l’argent pour développer le pays ne sort pas de la poche de M. Talon. C’est l’argent des citoyens. Qu’on le soutienne ou pas, cela ne devrait influencer le développement. Moi, je suis de Bopa et ce n’est pas parce que je ne soutiens pas Talon qu’il viendra fermer les collèges ou les hôpitaux. Donc, si pendant dix ans, des gens ont soutenu, défendu Yayi dans ses errements et aujourd’hui trouvent  un nouvel eldorado à travers Talon, je trouve que ce n’est pas honnête. Cette majorité autour de Talon est une majorité à géométrie variable sur laquelle il ne faut jamais compter. 

Récemment lors d’un atelier, vous avez déclaré que l’actuel régime fait pire que le régime précédent en termes de gouvernance. Est-ce que vous regrettez déjà l’ancien pouvoir que vous avez pourtant combattu ?

Non, moi, je ne dis pas que je regrette le président Yayi mais il a fait ce qu’il a pu pour le pays. Cela ne devrait pas être un leitmotiv, si les gens n’ont pas d’autres arguments, pour qu’on regarde derrière. C’est  ce qu’ils ont comme programme, c’est cela qu’ils doivent exécuter. Parce que, si Boni Yayi était si mauvais que cela, le président Talon n’allait pas piocher parmi ses anciens ministres pour l’entourer. Se détacher aujourd’hui de la gestion du président Boni Yayi, je trouve que c’est malhonnête. Maintenant, l’honnêtement intellectuelle m’oblige et interrogez tous les syndicalistes, ils vous diront que sur le plan social, Boni Yayi est positif. Il a fait quelque chose de concret aux travailleurs. Celui qui me donne le pain au quotidien, un autre vient et commence par licencier les gens sans droits parfois. Si je dois faire une comparaison, il y a une différence. Ce n’est donc pas parce que dans sa gestion, Boni Yayi a commis des erreurs que nous allons le vilipender à vie. Aujourd’hui, tout se passe comme si c’est Yayi, le 2ème programme d’actions du gouvernement. Il faut qu’on oublie Yayi.

Vous êtes très dur contre le régime actuel. S’il vous était donné de conseiller le président de la République, que lui conseillerez-vous ?

Je lui conseillerai de se débarrasser des opportunistes. Ceux qui n’ont même pas de députés qui organisent du folklore de congrès et disent ‘’ah Talon a bien dansé, il faut le féliciter. Quand ton ennemi rentre dans un cercle et danse bien, il faut le féliciter’’. Ceux qui, hier, étaient ‘’Boni Yayi ou rien’’ qui aujourd’hui vantent les méritent de Talon. Si j’étais le président Talon, tous ceux qui sont impliqués dans des opérations obscures, de détournements, de  malversations et autres, qui, pour chercher la protection du président et éviter de répondre de leurs actes devant la justice, prennent l’allée qui conduit au palais, je me débarrasserai d’eux.  Je me débarrasserai également de celui qui a dit ‘’si Yayi dit d’aller à gauche, nous irons à gauche, à droite, nous irons à droite, quand celui-ci, au lendemain des élections bascule dans le camp du vainqueur’’.

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