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Bénin-Guy Mitokpè: «Je suis dans l’opposition pour que Talon réussisse»

Léonce Gamaï & Olivier Ribouis
publié le 9 mars 2018

Secrétaire Général du parti Restaurer l’Espoir de Candide Azannaï, Guy Dossou Mitokpè, est un député de l’opposition, très actif au Parlement. Dans une grande interview à Banouto, il parle de la gouvernance Talon, la lutte contre la corruption, les relations Gouvernement-Parlement et les probables futures alliances politiques dans le cadre des législatives 2019. Premier extrait d’une série que nous publierons pendant les prochains jours.

depute guy dossou mitokpe beninGuy Dossou Mitokpè, député de l'opposition

Restaurer l’Espoir, le parti du député Guy Mitokpè, est l’une, sinon la toute première organisation politique, ayant accepté de porter la candidature de Patrice Talon, à la présidentielle de mars 2016. Et ce, à un moment où l’idée même de sa candidature était rejetée par la grande partie de la classe politique. Sur le terrain, le chef du parti, Candide Azannaï et ses lieutenants ont beaucoup mouillé le maillot pour son élection. Dans le premier gouvernement du président Talon, Candide Azannaï est fait ministre délégué auprès du président de la république, chargé de la défense nationale. Un peu moins d’un an plus tard, soit fin mars 2017, l’homme, considéré comme un des piliers du régime Talon, démissionne du gouvernement. Quelques jours plus tard, à l’Assemblée Nationale, son suppléant Guy Mitokpè vote contre le projet de révision de la Constitution introduit par le président de la république. En Octobre 2017, Candide Azannaï annonce son divorce d’avec le système Talon et l’appartenance de son parti à l’opposition. Pourquoi lâcher en début de mandat un président qu’on a fait élire ? Réponse dans cette interview de Guy Mitokpè, Secrétaire général de Restaurer l’Espoir.

Dans une déclaration le 21 décembre 2017, la minorité parlementaire dont vous êtes membre, estimait que le président Talon n’a rien fait depuis son arrivée au pouvoir en avril 2016. Cette appréciation ne contraste-t-elle pas avec la réalité ?

Non. Le meilleur baromètre c’est la vie des populations. Il y a un président de la République qui disait un jour que la croissance à deux chiffres, le classement Doing Business, l’approbation du FMI et tout le reste, c’est bon pour les intellectuels. Mais ce que les populations traversent, ce que les jeunes vivent tous les jours, ce que les femmes vivent au quotidien, c’est ce que nous voulons impacter.

Mais, il y a déjà 60 000 emplois créés selon le ministre d’Etat chargé du Plan.

Vous voyez l’impact où ? Il n’y a même pas d’impact. On me parlera peut-être d’impact à long terme. Mais vous voyez les effets où ?

Mais et le nombre d’emplois créés ?

C’est facile. Tout le monde peut se lever et dire que j’ai créé cent mille (100 000) emplois.

Donc vous contestez les chiffres avancés ?

Dans un gouvernement où deux ministres s’entrechoquent, se contredisent avec les chiffres, il se pose un problème de crédibilité. Ce n’est pas nous qui avons fait la projection sur le PAG (Programme d’Action du Gouvernement). Le 16 décembre 2016, lors de la présentation du PAG, il a été dit je construirai quatre mille (4 000) logements par an. Nous sommes pratiquement à la deuxième année. Je voudrais que vous puissiez nous montrer les huit mille (8 000) premiers logements. Le chef de l’Etat lui-même dit: «dans le deuxième semestre de l’année 2017, l’asphaltage commencera dans toutes les grandes villes et ce, simultanément.» Ce n’est pas moi qui l’ai dit.

Lire aussi: Bénin-Soutien tous azimuts à Talon: Guy Mitokpè critique Houngbédji et Cie

Nous sommes en fin 2017. Ce n’est pas moi qui ai étalé les ambitions du PAG. Moi, je suis un observateur, un acteur politique et l’élément le plus crédible pour moi de jauger ce que fait ce gouvernement, c’est que je puisse comparer ce qui est fait par rapport à ce qui a été promis. Maintenant, les chiffres, tout le monde peut créer des chiffres. Il a été dit que cinq cent mille (500 000) emplois seront créés en cinq (05) ans. Nous sommes pratiquement en train de boucler la deuxième année. Où sont les deux cent mille (200 000) premiers emplois ? Je veux des chiffres.

On parle déjà de soixante mille (60 000) emplois. Et il peut avoir un boom l’année prochaine.

C’est une probabilité. Je vais vous dire quelque chose qui va vous étonner. L’aéroport de Glo-Djigbé. Un des ministres était passé nous dire qu’en octobre 2016, les travaux de construction seront lancés. Et vous savez pourquoi ? Parce que la construction de l’aéroport doit durer quatre (04) ans. Mais, nous sommes en décembre 2017 et les travaux n’ont pas encore été lancés.

Le dédommagement des riverains a déjà commencé. Parce qu’il faut commencer quelque part non ?

Il faut commencer quelque part, je n’en disconviens pas. Mais ce n’est pas nous qui avons fait les promesses.

Notre rôle en tant qu’opposant ce n’est pas de conduire Talon à l’échec. Nous ne faisons pas l’opposition pour mettre les bâtons dans les roues de Talon. En tout cas moi personnellement, je suis dans cette opposition pour que Talon puisse aller dans le sens de ses promesses parce que j’ai été témoin, j’ai participé à la campagne qui a amené Talon au pouvoir. Alors, pour moi il est hors de question que je puisse contribuer, permettre ou rester dans une logique qui le conduirait à l’échec. Talon doit réussir. Et au niveau de l’opposition, nous avons les moyens pour l’aider à réussir. 

Dans une interview à Le Monde Afrique, le ministre de l’Economie et des Finances avançait un taux d’exécution de 92% du budget 2017. Dans sa déclaration du jeudi 21 décembre, la minorité parlementaire ne semblait pas convaincue.

Là, une fois encore, les chiffres du ministre de l’Economie n’ont pas concordé avec ceux du ministre du Plan. Le ministre de l’Economie parle de 92% là où le ministre du Plan parle de 64%. Donc, pour nous, cela pose un véritablement un problème de cohésion et de crédibilité des chiffres au sein du même gouvernement.

Le ministre du Plan disait que le niveau d’exécution du PIP (Programme d’investissement public) est très faible, l’argent investi dans le fonctionnement, les études de faisabilité et autres peut participer à corroborer les chiffres du ministre des finances ?

Dans le budget 2018, toutes les dépenses en capital, les dépenses en investissement, ont chuté de plus de 50%.  Quand on fait un budget pour une année qui vient, les seuls vrais indices qui montrent que ce sera un budget performant dans le sens des investissements, ce sont les dépenses en capital. Pendant que les dépenses en capital ont chuté de plus de 50%, les dépenses en fonctionnement ont reçu un coup de boom. Donc, pour nous il y a des indices pour lesquels nous devons pouvoir nous indigner, nous inquiéter.

Restaurer l’Espoir dont vous êtes le Secrétaire général est la première force politique à avoir porté le candidat Patrice Talon devenu le Président du Bénin contre qui vous vous retournez aujourd’hui. Est-ce que vous n’avez pas induit le peuple en erreur ?

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