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Bénin: le visage économique de Talon selon l’économiste Servais Afouda

Olivier Ribouis
publié le 5 avril 2018

Géographe-économiste et agroéconomiste, Enseignant Chercheur à l'Université de Parakou (UP) et Directeur administratif du Laboratoire d'Analyse Régionale et d'Expertise Sociale (LARES), Dr Alix Servais Afouda est un des analystes économiques réputés du Bénin.

servais-adjoviDr Servais Afouda analyse l'idéologie économique de Patrice Talon

Bien qu’absorbé par ses tâches académiques, il a réussi à dégager un temps pour répondre à des questions brûlantes sur la gouvernance économique du Président Patrice Talon, au pouvoir depuis deux ans ce 06 avril 2018. Dans cette interview, réalisée par entretien téléphonique de près de trois quarts d’heure, il fait un décryptage des choix néolibéraux du régime tout en relevant leurs faiblesses et  forces.

Professeur, il se dit que le Bénin est de plain-pied dans le libéralisme économique depuis l’avènement au pouvoir du président Patrice Talon. C’est quoi, le libéralisme économique ?

Le libéralisme économique, s’il faut le définir de la façon la plus simple possible, est l’application des règles ou des principes du libéralisme dans la sphère économique. Ça veut dire que c’est la liberté de produire, d’échanger que s’accordent des Etats à travers des individus afin d’engranger un certain niveau de revenus qui, lorsqu’il est redistribué, permet la satisfaction des besoins des habitants, de la population quel que soit l’endroit où on se trouve.

Il y a des variantes du libéralisme économique non ?

Oui ! Le libéralisme économique, tel que l’on le dit, recouvre finalement une dimension générique. Il y a deux grands  courants de libéralisme économique. On distingue ceux qu’on appelle les libéraux classiques qui contestent la force de l’Etat dans le système productif et dans la redistribution des biens et services. Ils limitent au maximum, le pouvoir de l’Etat. Il y a le deuxième courant, celui des néolibéraux, qui suppose qu’au travers du marché qui permet de redistribuer les biens et services, des dysfonctionnements sont notés du fait des acteurs privés cherchant à toujours le drap à soi. La recherche maximale du profit fait qu’à des moments donnés, on ne pense plus à l’intérêt général et de ce point de vue, il faut l’intervention de l’Etat pour assurer la régulation afin que l’un ne brime pas l’autre. 

Avec le régime actuel, dans lequel des courants nous nous situons sous le régime du Président Talon?

Chez les classiques, on s’est rendu-compte de la prééminence des acteurs privés sur l’Etat dans la sphère de production ou de redistribution. Quand ils sont revenus au pouvoir en force dans les années 70 symbolisés par Reagan aux Etats-Unis, Tatcher   en Grande- Bretagne, ils ont introduit d’autres manières  de gérer  pour obtenir des résultats économiques. Ce qui fait qu’on parle de néo-libéralisme.

Les néolibéraux prônent la force du marché et disent que l’Etat doit être réduit dans sa portion la plus congrue, jouant désormais le rôle d’arbitre par rapport au jeu des acteurs qui doivent être  privés exclusivement pour relancer l’économie.  Donc, je constate effectivement  que le Président Talon s’inscrit dans cette posture du laissons faire le marché, réduisons au maximum, le rôle de l’Etat. 

Mais, bien entendu, pour que les acteurs privés puissent exercer leurs fonctions de production, et de distribution des biens et services, il faut que l’Etat soit fort pour être garant des libertés privées et publiques.

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  • Gaston Bosssou
    il y a 12 jours

    Cher collègue quand même c'est vous qui aviez vraiment fait cette piteuse intervention ?

  • La Rédaction
    il y a 12 jours

    Bonsoir M. Gaston Bossou, nous vous prions d'être courtois envers les personnes ressources qui se prêtent à nos questions. Vous pouvez exprimer votre désaccord sans être discourtois. Merci pour votre compréhension.