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PAMOJA: trois jeunes femmes dont une Béninoise se battent pour l’Afrique

Olivier Ribouis
publié le 4 mars 2019

On pourrait dire d’elles qu’elles sont les trois mousquetaires. Rebecca Oséi-Baidoo, jeune femme Franco-ghanéenne, travaille à Moscou. Coralie Rose à une triple origine. "Quart du Zaïre, quart Belge et moitié Anglaise" comme elle se présente, elle habite Londres. Sadiath Aminou, d’origine béninoise et de nationalité franco-béninoise, elle partage sa vie entre Paris et Cotonou. 

pamoja Baidoo , Coralie et Sadiath engagées pour changer l’image dénaturée que des Européens se font de l’Afrique

 

Réunies à la biennale Dak’art où elles se sont retrouvées en mai 2018, les trois jeunes femmes ont décidé de créer un collectif baptisé Pamoja qui signifie "Ensemble" en langue Swahili. Leur ambition, changer l’image dénaturée que beaucoup d’Européens se font de l’Afrique. Leur mode d’action, identifier des associations présentes sur le continent africain et qui se démarquent par des initiatives intéressantes et les accompagner dans la réalisation de leurs projets. Pour leur première, Rebecca, Coralie et Sadiath ont choisi le Bénin comme terre de démarrage des activités de Pamoja. Sur le terrain, c’est l’association Africa One Crew, spécialisée dans la promotion du graffiti au Bénin qui bénéficie de leur appuie sur son festival Fidjross graff.

L’évènement qui est à sa deuxième édition permet de donner à des écoliers, le goût de l’art du dessin sur mur autour du thème : «la planète, ma maison » qui est bien d’actualité avec le réchauffement climatique en cours.  Dans une interview groupée callée entre les stages et une séance de dessin sur mur le samedi 08 décembre à l’école primaire Fidjrossè kpota (Cotonou), elles nous expliquent l’idéale Pamoja.

Rebecca, Coralie et Sadiath, parlez-nous de Pamoja ?

Coralie: On est un collectif qui promeut des associations en Afrique.

Sadiath : l’idée c’est de travailler avec des associations qui sont déjà sur le terrain, qui ont déjà des activités à leur actif et qui connaissent leur communauté. Ce que nous on recherche, c’est des talents sur le continent, des personnes qui font déjà des choses extraordinaires, on veut faire partie de leurs histoires. Mais, on veut aussi une autre image de l’Afrique. L’image que nous, on connaît.

Toutes les trois, on voyage à travers l’Afrique pour le travail mais aussi pour aller voir d’autres amis. Quand on est en Europe, on a l’impression d’être avec des gens qui ne connaissent pas l’Afrique, ils ont une vision qui n’est pas celle que nous on voit sur le terrain. Les jeunes qui font énormément de choses. Pamoja, c’est surtout, l’Art, la culture et le sport.

Coralie : On tient à une forte présence des filles. C’est important pour nous d’impliquer les filles dans ce programme. Il faut qu’on donne des opportunités aux jeunes filles.

Pourquoi le Bénin et pourquoi le choix du graffiti ?

Coralie : On a commencé par Cotonou parce que Sadiath connait déjà le projet du festival Fidjross graff.

Sadiath : J’ai eu la chance de rencontrer Seencelor, le promoteur du festival que j’ai présenté à l’équipe et on a tout de suite voulu l’accompagner sur son deuxième projet, le premier étant déjà un succès.

Rebecca : Le graffiti ce n’est pas exactement un art très développé en Afrique, encore moins au Bénin. On a eu la chance de rencontrer Seencelor et Lafrikain (alter ego de Seencelor, Ndlr) qui sont déjà sur le terrain en train de faire du graffiti. Le graffiti, c’est de l’art, c’est un mouvement, une façon de s’exprimer que des enfants ne savent pas forcément. Nous, on est là pour le leur apprendre.

C’est une première pour Pamoja…

Sadiath : C’est notre premier projet. Comme je le disais, on veut vraiment travailler avec des associations qui font déjà des choses.  Le festival Fidjross Graff existe déjà. C’est le projet de Seencelor.

Coralie : C’est Seencelor qui avait déjà ce projet. Il faisait déjà des ateliers et le festival avec des enfants. C’est pour cela qu’on a décidé de travailler avec lui. Ce qui m’a beaucoup touché aujourd’hui, c’est que j’ai trouvé des enfants qui sont très contents et veulent en parler à leurs parents. Plus spécifiquement, dans le groupe, se trouve un enfant qui est très fier de rentrer chez lui et de partager ce qu’il a appris avec son père, un technicien pour avoir une meilleure connexion entre eux.

Parlez-nous du déroulement du projet

Sadiath : C’est un stage de deux jours. On a prévu deux week-end à Fidjrossè Kpota et on va faire un troisième week-end dans une autre école parce qu’on a réussi à avoir beaucoup de fonds. Pour nous, plus on a de fonds, plus on va créer d’activités aux enfants. Les stages, ils en ont fait énormément aujourd’hui et ils nous ont bluffés.

Coralie : Tout à fait !

Sadiath: on était vraiment émerveillé de voir qu’ils apprenaient très vite et aussi comment ils s’exprimaient. Ils avaient des choses à raconter. Pourtant, ils ne faisaient pas de dessins à l’école. Le directeur nous a dit que c’est au programme mais, ils n’ont pas le temps de le faire. Il faut avancer sur les Maths et le français.

C’est ce que les élèves aussi ont dit et ils attendent le collège pour pouvoir faire de dessin. On a tout arrangé pour que ce ne soit pas une très grosse journée pour les enfants. Mais, mine de rien, ils ont fait beaucoup de choses. On a fait du crayon, on a fait du feutre au pinceau qui a un effet qui ressemble à la bombe spray. Ils ont aussi fait de la peinture gouache, la peinture sur mur, la bombe sur mur.

Vous avez reçu beaucoup de fonds. Est-ce que vous pouvez nous dire comment vous avez réussi cela ?

Rebecca : Bien sûr ! On a créé une page Go Fund Me sur laquelle on a décrit le projet, on a expliqué qui nous sommes et ce qu’on est en train de faire pendant le stage. C’est comme ça qu’on a récolté 100% des fonds.

Coralie : On a travaillé très-très dur. Il y a eu beaucoup de choses qui se sont passées. Beaucoup de conversations entre nous trois éparpillées sur trois continents différents parce que Rebecca travaille à Moscou, Sadiath était souvent au Japon et mois à Londres. C’était un peu compliqué avec beaucoup de Whatsapp. Finalement on y est parvenu et moi je suis très contente d’être ici.

Sadiath : Sur le terrain, on a eu la chance de travailler avec l’Agence Dekart qui a mis les choses en place et a organisé beaucoup de choses pour nous parce que ce n’était pas évident.

 


  • Gbetoho prudence
    il y a 2 mois

    Très braves filles qui donnent de l'inpiration. Bravo à vous et beaucoup de courage. Longue vie à Paloma.