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Bénin/Violences de Tchaourou : les confidences de Fadel Kabassi après l’incendie de leur maison

Olivier Ribouis
publié le 4 juillet 2019

Du 10 au 14 juin, Tchaourou a été le théâtre de violentes manifestations. On déplore des pertes en vie humaine et d’importants dégâts matériels. Le domicile Kassim Kabassi, un banquier à la retraite connu dans la localité pour ses œuvres pour le développement de Tchaourou n’a pas échappé.  Des vandales ont incendié la maison et ont orchestré une mise à sac  dont les images ont fait le tour des réseaux sociaux.  Rencontré à Cotonou, Fadel Kabassi, fils ainé de l’homme est revenu sur les douloureux incidents. Conseiller technique au secteur privé du ministre d’Etat Abdoulaye Bio Tchané et seul membre de sa famille à s’être engagé en politique, Fadel Kabassi en a-t-il pour quelque chose dans ce qui est arrivé au domicile de son père ? La famille Kabassi est-elle prête à pardonner ? Réponses à ses interrogations dans cette interview exclusive à Banouto.

fadel-kabassi Fadel Kabassi

Monsieur Kabassi, le domicile de vos parents à Tchaourou a été vandalisé pendant les violences du 10 au 14 juin. Comment avez-vous vécu ça ?

C’est dommage ! C’est malheureux, c’est un drame ce qui s’est passé.  Ça a commencé depuis le 28 avril en marge des élections. On a le sentiment que les victimes avaient été bien ciblées. Aujourd’hui, j’ai aussi le sentiment que ce qui était prévu le 28 avril n’avait pas été achevé et qu’il fallait trouver une raison pour finir ce que l’on a commencé. Les faits sont là, le constat est que, seuls ceux qui ont une certaine tendance politique sont ceux qui ont été attaqués. C’est d’autant plus particulier dans le cas de mes parents puisque mes parents ne sont pas politiques. Mon père est d’ailleurs président de la fédération des associations de développement de la commune. C’est un homme complètement apolitique. Pour ceux qui le connaissent et qui savent tout ce qu’il investit en temps, en ressources matérielle et financière depuis une trentaine d’années, mon père n’a jamais arrêté d’apporter sa contribution au développement de la commune qui l’a vu naître.

C’en prendre à quelqu’un qui n’est pas politique pour des raisons politiques, je pense que ça pousse à la réflexion.

On se demande qu’est-ce qui a bien pu se passer quelque part pour qu’on en arrive là malheureusement. Voilà ce qui m’anime aujourd’hui, comme sentiment, comme questionnement, comme préoccupation.

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Sur un autre plan, nous sommes tous, la population de Tchaourou aussi bien que nous jeunes,  victimes. Nous sommes victimes d’autant que:

ce ne sont pas les vieux qui vont incendier, ce ne sont pas les vieux qui vont casser, qui vont piller.

Donc, je pense que ce n’est pas un bon message que nous nous lançons et que nous lançons pour l’avenir. Ce serait bien que ça s’arrange.

Certes, vous n’étiez pas à Tchaourou quand votre maison a été partiellement incendiée puis saccager. Du récit que vos parents vous ont fait, comment ça s’est passé ?

tchaourou-incendie-maison-kabassi Vandalisme au domicile des Kabassi à Tchaourou

Comme je n’y étais pas, je ne saurai faire un récit détaillé de comment l’incendie s’est produit. Je peux juste vous dire qu’on a eu des véhicules incendiés. 04 véhicules ont été incendiés dans notre maison. Pendant que mes parents dormaient à 02 heures, le feu a été mis au bâtiment principal. Il leur a fallu trouver des moyens pour pouvoir s’en sortir sains et saufs. C’est le moment de rendre grâce à Dieu. Les parents ont eu le temps d’appeler quelqu’un qui a dépêché trois autres personnes qui ont pu agir de façon prompte pour pouvoir leur venir en aide.

Le lendemain, les vandales sont revenus et il n’y avait qu’une seule personne à l’intérieur de la maison. Là, ils ont cassé les vitres, les tables, les chaises, les meubles. Ils ont fait tout désordre qu’ils pouvaient faire. On s’est retrouvé avec ça.

Qui était resté à la maison au lendemain au moment où les vandales sont revenus ?

C’était le chauffeur des parents qui était à l’intérieur et qui avait vraiment vite agir avec tact parce que dans ces situations, il aurait pu perdre sa vie.

Les parents avaient-ils été alertés d’un possible retour ? Pourquoi ils n’étaient plus présents à la maison au lendemain à la deuxième visite ?

tchaourou-incendie-maison-kabassi Vandalisme au domicile des Kabassi à Tchaourou

Ils ont été persuadés de quitter la maison. Après l’incendie de la veille, des sages et plusieurs personnes venus des autres arrondissements pour leur témoigner compassion et soutien ont insisté pour qu’ils quittent la maison en prévention. Des dispositions ont été prises pour qu’ils quittent la maison avant la tombée de la nuit.

Ce qui s’est passé est incompréhensible. Pour ce que mon père représente dans la commune, c’est vraiment quelque chose d’incompréhensible. C’est un homme qui a toujours œuvré pour l’unité, l’harmonie afin que la politique ne prenne jamais le dessus sur les questions de familles et de développement de la commune.

Vous dites que c’est une incompréhension. Mais, même si vous présentez vos parents comme des personnes apolitiques,  on sait que vous êtes  engagé en politique, vous êtes leader de la jeunesse ABT, proche du ministre d’Etat Abdoulaye Bio Tchané. Cela n’a-t-il pas été un motif pour que vos parents soient une cible d’attaques ?

Moi, je ne suis qu’un apprenti politicien. Je ne me définis pas comme étant un politicien pur et dur, représentant une quelconque menace. Je ne suis pas un ténor de la localité. Cependant, il y a des rumeurs qui circulent.

En 2016, j’ai travaillé avec une équipe pour la candidature du ministre d’Etat, Abdoulaye Bio Tchané. On aurait pu voir que je suis la raison de l’attaque contre le domicile de mes parents si avant 2016, j’étais impliqué politiquement dans un parti, mais, jamais ! Le premier parti au sein duquel j’ai milité, c’est l’ancien parti, Alliance ABT. J’étais même le trésorier général du bureau de la jeunesse. Je l’ai été pendant trois ans. C’est au nom de ce militantisme, de cette conviction que nous avions pu faire ce que nous avions fait à Tchaourou avec un score assez honorable de 21,5% à peu près, 11500 voix selon le rapport de la CENA.

Depuis ce temps, effectivement, parce qu’on pensait que la localité était une chasse gardée mais, on a remarqué que l’ex-parti au pouvoir a fait un score entre 50 et 51%.  Ce qui veut dire que la commune n’était pas acquise à 100% origine. En dehors de nous, le candidat Sébastien Ajavon a pu faire assez honorable sous l’impulsion de Rachidi Gbadamassi. Les jeux étaient ouverts.

Mon père n’a jamais fait de meeting politique. Il est banquier et les banquiers ne peuvent pas faire de la politique quand ils sont en fonction.

Oui c’est vrai que toutes les personnes avec qui je travaillais sur le terrain politique sont parmi les victimes. Mais, eux, ils étaient déjà plus impliqués en politique avant moi. Donc, oui, il y a des rumeurs que mon militantisme politique soit pour quelque chose dans l’attaque contre la maison de mes parents. Mais, à mon humble avis, je ne pense pas que je pesais autant pour qu’on en arrive là.

Aujourd’hui, dans quel état se trouve votre maison vandalisée ?

tchaourou-incendie-maison-kabassi Vandalisme au domicile des Kabassi à Tchaourou

Haaa ! La maison n’est pas encore restaurée. La police a fait un constat. Nous sommes obligés d’attendre la fin d’une procédure en cours qui est suivie directement par mon père lui-même. Je pense que c’est en fonction de l’évolution de cette procédure qu’on verra quoi faire par rapport à la maison.

Il y a-t-il des raisons de croire que ce qui s’est passé est le pique d’une animosité qui se développerait entre vous et vos adversaires politiques depuis la présidence de 2016 ?

Ce serait une erreur qu’on prenne ça pour un problème personne. Cependant, lorsqu’on pense avoir un fief, on souhaite qu’il soit acquis 100% à notre cause. C’est vrai que pendant la campagne présidentielle, on déchirait nos affiches, mais, ce n’était pas toutes les affiches. Encore que ça s’est fait partout, même à Cotonou ici. Ça fait partie de la fièvre électorale.

 A partir de l’ampleur et des dégâts de la tension, est-ce qu’on peut conclure qu’à Tchaourou, les gens sont violents ?

On ne peut pas dire ça. On ne peut pas et on ne doit pas dire ça. Je souhaiterais qu’on distingue clairement et qu’on fasse un discernement. Il ne s’agit pas de ce qu’on appelle souvent populations ou manifestants. On ne manifeste pas à 02 heures du matin. Mettre tout ça sur le dos des populations, je pense que c’est injuste. Tout s’est passé dans quelques quartiers de l’arrondissement central. Donc, il ne s’agit pas de toute la commune de Tchaourou qui demeure la plus vaste du Bénin. Il n’y a donc pas d’amalgame à faire. Il y a comme partout ailleurs, certaines personnes qui manifestent leurs mécontentements autrement. Donc, on doit vraiment discerner.

Les gens de Tchaourou ne sont pas violents.

La preuve, je suis ressortissant de Tchaourou, jamais on n’a parlé de moi dans des actes violents. Comme moi, il y a plein de jeunes de Tchaourou à Cotonou.

Sur les lieux, il y avait aussi beaucoup qui ont fui l’arrondissement central parce que ceux-là ne voulaient pas de la violence.  Tchaourou qui est comme ça. Ce qui s’est passé est ponctuel. C’est un contexte, un ensemble de choses, un ensemble de mal compréhensions qui ont conduit à tout ça. Et puis, c’est la première fois qu’on entend ça. On ne peut donc pas généraliser ça et stigmatiser tout une commune. Ni Tchaourou, ni les Tchaabès ne sont violents. Personne n’a le monopole de la violence. C’est humain, ce n’est pas ethnique.

Dans quel état psychologique ou émotionnel sont les parents depuis les incidents ?

kassim-kabassi Kassim Kabassi, le père de Fadel Kabassi

Nous sommes dans un environnement où les grandes personnes ne s’expriment pas sur tout. Au nom de la dignité ou de la force intérieure, des personnes âgées s’efforcent de garder pour eux certaines choses.

C’est difficile pour nous en tant qu’enfants, de savoir comment aider les parents à traverser ces moments autrement qu’en étant présent. Parfois ils ont envie de raconter des choses. Juste être présent peut beaucoup les aider. C’est ce qu’on essaye de faire. Moi, je suis seul ici avec eux, mes frères ne sont pas au pays. J’ai des cousins, des cousines, des oncles, des tantes et on essaye de les soutenir, d’être surtout présents avec eux.

De toute ma famille, je suis le seul à m’engager en politique. Aujourd’hui, tous les actes que je vais vouloir poser en politique risquent d’inquiéter mes parents. Je serai amené à ne pas faire ce qui va les inquiéter.

Donc vos parents sont moralement, psychologiquement éprouvés ?

C’est la première chose que moi j’observe. Même s’ils n’ouvrent pas la bouche, les yeux parlent.

Quel impact cet évènement a particulièrement sur vous ?

Quand ces choses arrivent, forcément on se remet en question. On se demande qu’est-ce qu’on a pu faire ? Je me suis posé la question de savoir si c’est moi qu’on ciblait. Mais mon poids politique dans la commune n’est pas aussi significatif quand je vois les ténors qu’il y a autour et sur lesquels je veux m’appuyer pour apprendre. Je ne peux pas considérer que c’est à cause de moi. Toutefois, quand ces évènements arrivent, on se demande si on arrête ou si on continue ? Ma réponse, elle est claire. Je ne me suis pas engagé en politique en me disant que ce sera facile. L’éducation que j’ai reçue m’interdit d’emprunter le chemin de la facilité. En toute chose, on doit s’attendre à des épreuves. Je pense que la chose la plus naturelle pour moi, c’est de continuer.

Il s’agira pour moi de me servir de cette épreuve, de m’appuyer sur ça pour aller de l’avant et essayer d’accomplir ce qui peut l’être.

Aujourd’hui, avec tout ce qui s’est passé, est-ce que vous pouvez retourner à Tchaourou ?

Si je veux, oui ! Si je peux, oui ! Mais, est-ce que ce serait raisonnable ? Ma préoccupation aujourd’hui, ce sont mes parents. Je n’ai pas envie d’en rajouter à leur inquiétude. Je pense que le plus sage serait que j’attende, que j’en discute d’abord avec mes parents et d’avoir leur quitus avant de dire que j’irai à Tchaourou.

Il y a beaucoup de démarches et d’appels à la réconciliation et la paix. Que pensez-vous du processus en cours ?

Je pense que ça promet. Je dois croire à ça. Dommage pour le degré que la violence a atteint. C’est heureux que le chef de l’Etat ait reçu les délégations de Tchaourou et de Savè et que la  situation de l’ancien président soit débloquée. Je crois que progressivement, on ira dans le sens de l’apaisement. Aucun de nous n’a intérêt à ce que ça n’aille pas.

La réconciliation suppose que des victimes et des bourreaux se parlent, s’entendent et se pardonnent. De votre position de victime, êtes-vous prêt à pardonner ?

C’est Dieu qui pardonne ! Je suis foncièrement croyant même si je n’ai pas encore la plénitude de la foi. C’est Dieu qui pardonne et c’est Dieu qui juge. Ma reconnaissance, ma gratitude aujourd’hui, c’est que mes parents sont en vie. Le pire aurait pu arriver. Si ce pire-là était arrivé, la question de savoir est-ce que je peux pardonner pourrait se poser. Mais, grâce à Dieu, cela n’est pas arrivé. Donc, pour moi, c’est du matériel perdu. Les premiers propriétaires que sont mes parents, eux-mêmes, ils estiment que c’est du matériel. Alors, on ne peut pas se faire plus royaliste que le roi.

Mes parents pardonneront, où ont déjà pardonné.Je ne peux pas faire le contraire.

Mais, pour être réaliste, la route sera longue. Sans doute que ce qui s’est passé va créer un sentiment de méfiance.  On va prier Dieu de nous éclairer parce que la colère n’est jamais bonne.

Réalisation: Olivier Ribouis


  • sultan aziz
    il y a 14 jours

    Je connais..la maman de ce jeune homme...zina salade(une tres belle fille de parakou yébou béri)... Je connais..son père..qui fut jpr à parakou..période ou il est tombé sur le charme de zina... Je l'ai connu..plus tard...(le père)..en tant que dga...de écobank..et moi opérateur économique..et traitant..des grosses sommes avec écobank Je dois avouer...que kassim kabassi...contrairement à ce que dit son fils...était un homme tres aigri..voire méchant...qui ne supportait pas voir des jeunes du nord..percer...en dehors de ses beaux frères En lisant..ce post..il me reconnaitra Ainsi..si les maisons ont été brulés...à tchaourou....je le regrette...mais posons nous la question..pourquoi..toutes les maisons..ne sont pas brulées...et que c'est certaines maisons Pas de fumée sans feu..

  • sultan aziz
    il y a 14 jours

    j'affirme...à l'idée..que son père kabass..voulait qu'on fasse de lui...ce type était foncièrement mauvais.. N'est pas lui...qui par amitié..entre sa femme..et une ancienne ministre..faisait..des choses pas catholiques..en dehors des normes bancaires...sur le compte..d'un frère de la ministre..dans un conflit familial... N'est ce pas..lui..par jalousie.et intrigues..fomentée..par la meme ministre..bloquait toutes mes opérations bancaires..alors que j'apportais..des miliiallards..à écobank..en mouvement..dans mon compte bancaire.. Monsieur ka...qui était son patron..l'a reconnu..lui meme...que j'étais injustement maltraité dans cette banque..à tel point les employés..e la banque..me posaient la question de savoir si j'avais un probleme particulier..avec kabass.. Autrement dit...aller bruler..sa maison..est intolérable...mais si on cherche en profondeur..il y a une raison