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ONG Bénin Excellence: de gros chantiers dans les prisons, l’éducation et l’assistance

Olivier Ribouis
publié le 4 septembre 2019

Au Bénin, s’ouvrent dans quelques jours, les portes de deux grandes bibliothèques de 1200 places assises et de plus de treize mille (13.000) livres chacune, qui seront les plus imposantes de l’Afrique de l’Ouest. C’est une initiative de l’Ong Bénin Excellence. Cette organisation née il y a moins de deux ans intervient également dans le milieu carcéral.

ong benin excellence L'équipe de gestion de l'Ong Bénin Excellence en séance de travail

 

Dons de téléviseurs et de livres aux prisons, prise en charge sanitaire de détenus suivis par des médecins équipés et assistance à des personnes démunies constituent des actions d’impact que posent Bénin Excellence. A la découverte du secret et de la motivation de cette organisation, Banouto a rencontré Maximilien Sèdjro Salmon. Directeur exécutif de Bénin Excellence depuis octobre 2018, il a en charge la mise en œuvre des projets de l’organisation à but non lucratif.

M. Salmon à quand remonte la création de Bénin Excellence ?

L’Ong Bénin Excellence a été créée le 19 mai 2018. Il y a environ quatorze mois que notre organisation est née.

Vos champs d’actions, selon nos informations, se résument à l’éducation avec la construction des bibliothèques, des interventions en milieu carcéral et l’aide aux démunis. Vous confirmez ?

C’est tout à fait ça !

Pourquoi avoir décidé de créer une ONG alors que le Bénin en compte déjà une multitude qui intervient dans ces secteurs?

Question pertinente. La particularité de ceci est de laisser la place aux jeunes et de faire entièrement confiance aux jeunes. Nous avons un conseil d’administration avec une moyenne d’âge de 28 ans. C’est quelque chose d’unique qu’on a voulu construire. Montrer aux Béninois que l’excellence peut venir de la jeunesse. Ça ne veut pas dire que ce qui se fait actuellement sur place, est mal. Non ! C’est pour laisser une place aux jeunes et à l’innovation venant des jeunes que nous avons décidé de créer Bénin Excellence.

"Bénin Excellence’’, pourquoi une telle dénomination ? Qu’est-ce qui vous l’a inspirée ?

Je ne vous le cache pas, c’est un nom très difficile à porter. C’est un challenge. On n’a beaucoup d’idées à implémenter au Bénin. On n’a plein de ressources, d’énergie. On n’a la Fondation Vallet, un partenaire qui nous soutient et on s’est dit qu’on va viser le top. On a cherché un nom certes difficile à porter, mais plein de challenge pour que la jeunesse soit menée vers l’excellence.

"Bénin Excellence", avez-vous dit. De vos champs d’actions, à part l’éducation, est-ce qu’on parlera d’excellence aussi en prison ?

(Rire !).

Nous faisons le lien entre l’école et la prison par une phrase de Victor Hugo: "Ouvrez les écoles et vous fermerez les prisons". Donc donnons l’éducation, la connaissance à nos enfants et on arrivera à fermer les prisons.

Tout le monde pourra voir la réussite, avoir accès au succès et pourquoi pas, l’excellence et on pourra réduire le nombre de détenus en prison.

On ne peut pas laisser ceux qui sont actuellement en prison parce qu’ils ont commis des erreurs. A Bénin Excellence, nous pensons également que le développement d’un pays se remarque à la manière dont les détenus sont traités. Si vos détenus sont bien traités, c’est-à-dire que si vous prenez soins des plus défavorisés, des plus abandonnés, c’est déjà, un signe de développement. Donc Bénin Excellence ce n’est pas que l’éducation, c’est aussi sortir les plus défavorisés de la misère.

Restons donc dans le milieu carcéral où vous intervenez. Comment êtes-vous arrivé à vous intéresser aux détenus et faites-vous pour eux ?

Un peu de genèse pour répondre à votre question. Il y a 4 ans, Odon Vallet – président de la fondation Vallet, a assisté comme ça par hasard à un culte protestant où était une assistance sociale qui va souvent à la prison de Porto-Novo pour faire des cultes. Cette assistance lui a proposé d’aller assister à un culte en prison. Cette assistance sociale, a amené Odon Vallet à la prison. Là-bas, il s’est rendu compte de la misère qu’il y avait en prison. Des détenus qui mourraient en prison faute d’accès aux soins et d’autres qui sont abandonnés. C’est ainsi qu’il a décidé, petit à petit, parmi les boursiers qu’il a ici au Bénin, en faculté de médecine, d’en envoyer quelques-uns à voir ce qui se passe dans cette prison de Porto-Novo et à intervenir. Après, on s’est dit tiens, on a une autre prison à côté, celle de Missérété, c’est dommage qu’on n’y va pas aussi. Il y est allé voir et pendant deux ou trois ans, il apportait un fonds personnel, faisait de son mieux. Un téléviseur, payement de certains soins de santé. Mais avec la création de l’APB (Agence pénitentiaire du Bénin) on s’est dit c’est l’occasion également d’officialiser un peu tout ce que nous faisons. C’est pourquoi, ces dons personnels que faisait Odon Vallet on l’a dupliqué un peu à toutes les autres prisons : Cotonou, Calavi et Parakou pour ne pas aussi laisser ces détenus aussi dans la misère.

Et donc pour revenir à votre question, on a des médecins qui vont en prison une fois par semaine. On a fait de la communication en prison, et les détenus sont informés qu’il y a des médicaments accessibles s’ils sont malades. Les médecins auscultent, font des ordonnances, vont eux-mêmes en pharmacie acheter les médicaments, les apportent et les distribuent aux détenus grâce à l’aide des infirmiers des prisons également et des régisseurs qui nous aident aussi.

C’est donc une prise en charge totale que vous assurez aux détenus ?

C’est une prise en charge totale sauf pour les besoins d’intervention chirurgicale. Toutefois, on finance aussi certains cas d’urgence lorsque le détenu n’a pas les moyens de se les payer ou quand la famille ne peut pas subvenir à ses besoins.   

Vous avez déjà des chiffres de détenus bénéficiaires de vos interventions en prison ?

Aujourd’hui, dans toutes les prisons, on a déjà fait plus de mille cinq cents (1500) consultations. Un même détenu peut avoir été reçu en consultations deux fois. En moyenne on est à plus de trois cents (300) consultations dans chacune des cinq prisons. Spécifiquement, on a plus de quatre cents (400) détenus qui ont été reçus en consultation.

Il n’y a pas de critères de choix des détenus que vous prenez en charge ?

Les détenus, peu importe leurs origines, ethnies, liens sociaux et classes sociales, leurs maladies, sont acceptés en consultation. On ne refuse personne en consultation. Tout le monde est accepté. Mais, on prend des précautions pour éviter que des maladies se répandent ou affectent nos médecins. On donne tout ce qui est matériel médical : les gans, les masques parce qu’en prison il y a des maladies contagieuses. On a éradiqué certaines épidémies. On a fait des campagnes d’éradication à Parakou et une à Porto-Novo. A Parakou c’était en février 2019 et à Porto-Novo c’était de mai à juin 2019.

Et donc, vos médecins sont bien équipés ?

Oui ! Ils ont entre autres, des glucomètres pour détecter les diabètes, des tensiomètres électroniques, des autoscopes et des stéthoscopes dont certains sont électroniques. C’est vraiment tous les matériels qu’il faut pour une bonne consultation.

En entendant le rapport de 2019, en 2018, les interventions en terme de prise en charge de détenus vous ont coûté combien ?

En 2018, nous sommes à six millions six cent mille (6,6 millions) Francs CFA qui ont été dépensés en dons de médicaments, des consultations, des téléviseurs pour les prisonniers, des jeux pour Noël. Cette dépense ne concerne qu’un seul trimestre, le dernier de 2018. C’est rien par rapport à ce que nous faisons aujourd’hui comme action. Les chiffres pour le premier semestre de 2019 seront disponibles sous peu.

Il n’y a pas que des prises en charge sanitaire en milieu carcéral. Vous avez également des mini-bibliothèques. Ces mini-bibliothèques sont installées dans combien de prison ?

Ces mini-bibliothèques sont dans toutes les prisons où nous avons de convention,  donc les cinq prisons dont j’ai parlé. Je tiens à préciser que dans certaines prisons il existait déjà des mini-bibliothèques et nous avons fait dans ce cas, des dons de livres. C’est par exemple le cas de la prison civile de Cotonou qui est gérée par la paroisse saint Jean. Toutes les autres prisons, c’est nous qui apportons des livres. 

Prise en charges sanitaires, dont de livres et de téléviseurs aux détenus. Tout ça, dans quel but ?

Vous savez, le corps ou le physique est déjà emprisonné. Si l’âme peut voguer se serait déjà pour nous, une réussite. Et pour que l’âme vogue, il faut qu’il ait la santé et de la distraction aussi. Malgré le fait qu’on soit emprisonné physiquement, il faut pouvoir continuer à vivre, à avoir des projets.

Quels types de livres leur offrez-vous ?

Il y a tout type de livres. Des livres de formations professionnels et techniques en maçonnerie, électricité… C’est des romans des auteurs africains ( Camara Laye, Jean Pliya, parfois Angélique Kidjo) ; toute la collection pour les nuls. On a également des livres de langues traditionnelles, des livres pour apprendre à parler français ou anglais et aussi il y a des livres de droit pénal pour leur permettre de connaitre leurs droits malgré qu’ils soient détenus. Il y a aussi des livres pour apprendre à lire pour des mineurs. Il y a des livres de toutes les classes, CI, CP, CE1, CE2, CM1, CM2. Lorsqu’on remarque qu’il y a des mineurs qui sont enfermés et qui doivent passer des examens, on finance les cours de certains profs. A Parakou, on a eu deux mineurs qui se sont présentés au BAC. Il y a quelques années, on n’avait un à Porto-Novo qui a brillamment réussi au BEPC et aujourd’hui malgré le fait qu’il a un casier judiciaire, on essaie de l’aider à trouver un job. On l’emploie dans la couverture de nos livres pour les bibliothèques. On essaie de suivre quelques-uns  pour les réinsérer.

Hors de la prison, vous vous investissez dans l’éducation. Parlez-nous de la genèse de votre projet d’intervention dans l’éducation au Bénin ?

La genèse remonte à la fondation Vallet qui est un partenaire dans le secteur éducatif du Bénin depuis plus de 15 ans. Elle a financé la construction de sept bibliothèques et a donné des milliers de bourses aux élèves méritants béninois. C’est des bourses sur mérite et les meilleurs des BAC scientifiques, -généralement le BAC C-, ont la chance de candidater pour une bourse d’excellence qui les amène à suivre des études en France dans l’une des plus grands Lycée d’Europe qui s’appelle Louis-le-Grand. Cela est financé entièrement par la fondation Vallet. J’en remercie aujourd’hui son président Odon Vallet. Ces élèves boursiers se sont réunis avec le président de Bénin Excellence Espéra Padonou pour décider de qu’il faut faire afin de pallier les localités où ne sont pas présentes les bibliothèques financées par la fondation Vallet. A la recherche de ces localités, on n’a trouvé que les départements du Littoral et de l’Atlantique au Sud étaient dépourvus de bibliothèques et c’est dommage parce qu’on a l’UAC juste à côté, on a également la faculté de médecine qui est à Cotonou. Et donc pour être plus proche de ces étudiants, de la population également, on a décidé de construire deux bibliothèques. Ces anciens boursiers ont participé à la création de Bénin Excellence et à la mise en place de ce volet éducatif.

Venons-en au projet d’installation des bibliothèques hors des prisons. Où en êtes-vous ?

Il y a celle de Calavi Zogbadjè (Cité la Victoire) qui sera le siège social de l’ONG Bénin Excellence. En remontant la voie pavée de Tankpè à partir du carrefour de la pharmacie IITA, elle est située dans la première rue à droite après l’INRAB sis à gauche. C’est un grand bâtiment bleu-blanc, aux couleurs de la fondation Vallet. La deuxième bibliothèque est à Godomey Ayimèvo.

Dans chacune des deux bibliothèques, il y aura plus de treize mille (13.000) livres et de plus de mille-deux-cent (1200) places assises. C’est un peu plus que des bibliothèques. Nous avons une innovation avec des laboratoires. On a mis en place trois laboratoires de langues dans chacune de ces bibliothèques.

Anglais, Espagnol et Allemand avec des salles et des cours qui seront donnés. Dans ces laboratoires de langues, il y a des logiciels de langues qui sont installés sur des ordinateurs. Les élèves ou des apprenants (on peut apprendre même à 65 ans) peuvent communiquer avec les logiciels qui pourront corriger les intonations de voix afin qu’ils puissent avoir de meilleurs accents et bien s’exprimer.

 Vous parlez de 1 200 places assises, le bâtiment, il est comment ?

Le bâtiment est sur trois étages (R+3) avec deux grandes salles d’environ 500m2 et plus et plus haut, vous avez des salles de 250m2. Si je calcule bien, on est à plus de 1 600m2 d’espace dans chacune de ces bibliothèques. 

Ce que vous présentez là est assez impressionnant. Des bibliothèques de cette taille, on n’en connait vraiment pas dans le pays. Le Bâtiment est construit par l’ONG Bénin Excellence ?

Oui ! Mais, il n’aurait jamais pu être construit si nous n’avons par l’intervention de notre partenaire la fondation Vallet  et son président Odon Vallet. C’est grâce à son financement que nous avons a financé le projet à 100%.

Le domaine du site est à vous alors ?

Je dois indiquer qu’il y a une collaboration avec la mairie de Calavi. La mairie de Calavi nous a mis à disposition le foncier nécessaire pour procéder à la construction de ces bibliothèques. Ces bibliothèques ne seraient pas à ces endroits s’il  n’y avait pas eu une étroite collaboration avec le maire et ses collaborateurs. Ils nous ont beaucoup aidé et ont apporté leurs soutiens pour ces deux bibliothèques. 

Pourquoi aviez-vous choisi d’implanter des bibliothèques de si grande importance en milieu urbain plutôt qu’en milieu rural où les gens ont plus de mal à avoir accès aux livres ?

Notre objectif est de couvrir la totalité du territoire béninois et bien entendu de ne pas délaisser les populations rurales. Mais, nous n’en sommes qu’à notre début. Il y a quatorze mois que notre Ong a été créée. On n’est un peu comme un petit enfant qui va commencer à se lever, à marcher avec ses deux pieds à terre et au fur à mesure, il pourra légèrement courir et on pourra avancer vers le milieu rural en faisant cette course. Aussi, cette action de Bénin Excellence vient combler le vide d'une ONG qui existait et qui a pourvu Porto-Novo, Abomey, Parakou, Djougou, Natitingou et Lokossa. Ensuite on vise également les zones urbaines parce que c’est aussi un lieu où on peut trouver les facultés, des établissements supérieurs et pour faciliter l’accès aux étudiants.

ong benin excellence La construction de la bibliothèque quasiment achevée sur l'un des sites à Abomey-Calavi

Par exemple, dans la bibliothèque de Godomey il y a plus de cinq milles (5000) livres qui sont consacrés à la médecine. Godomey, c’est, le site le plus proche de la faculté de médecine à Cotonou. C’est pour faciliter l’accès aux livres à tous les étudiants. Celle de Calavi Zogbadjè, c’est la proximité avec l’UAC.

Pour l’ouverture, vous annoncez un total de plus de treize milles livres dans chacune des bibliothèques. De quels types de livres parle-t-on ?

C’est tous les ouvrages de la Maternelle au Supérieur et même au-delà de l’université. Vraiment tous les types d’ouvrages qu’on peut trouver. Il y a un maximum de filières aussi. Le but est que, si un étudiant n’arrive pas à trouver un livre qu’il veut dans notre bibliothèque, on puisse l’identifier et le faire venir de toute urgence parce que ça voudrait dire qu’il y a une filière qu’on n’a pas encore comblée. Toutes les formations qui sont faites au Bénin, leurs livres doivent être trouvés chez Bénin Excellence.

Quelles seront les modalités d’accès à ces bibliothèques ?

Tout est gratuit. On n’est une ONG à but non lucratif, tout est vraiment gratuit.

L’accès au cours de laboratoire de langues est gratuit, mais ce sera un nombre limité parce que le professeur ne pourra pas gérer plus de 25 personnes pour un cours. L’accès aux consultations des livres est gratuit. Nous sommes en train de mettre en place pour 2020, de quoi emprunter les livres.

Donc il y a toute l’informatique à mettre derrière pour emprunter les livres. Et le coût de l’abonnement devrait se situer à l’ordre de 2 000 F CFA par an. Ce n’est pas un coût qui peut nous permettre de nous rémunérer mais c’est juste symbolique parce qu’on dit parfois "que ce qui est gratuit n’a pas de valeur". Il faut que la population contribue un tout petit peu pour prendre soin en fait des ouvrages qu’on va amener chez eux. Tout cela est en train d’être mis en place et nous sommes en train d’informatiser tous nos catalogues de manière à ce que, de chez vous, vous pouvez avoir accès aux catalogues de la bibliothèque à partir de votre téléphone portable.

Vous informatisez vos catalogues, pourquoi pas des livres consultables sur téléphones, des livres électroniques ?

C’est en cours de rédaction de projet. Nous allons demander un financement pour avoir la possibilité de mettre en ligne des livres électroniques à télécharger. Pour répondre à cette question, une des plus grandes difficultés, c’est la gestion des droits d’auteurs. Mais nous sommes en train de négocier pour que ce projet puisse se mettre en place. Dès 2020-2021, il faudrait que les étudiants puissent télécharger un livre au moins pour une courte durée de deux semaines et après le livre s’efface de leurs terminaux.

Tout est presque gratuit sauf la souscription à l’abonnement qui serait pratiquement dérisoire. On se demande alors comment est-ce que cette initiative pourra se pérenniser ?

Aujourd’hui nous avons le soutien indéfectible de la fondation Vallet qui est, si je ne me trompe pas, la plus grande fondation du monde dans le secteur éducatif avec plus de cinquante-cinq milles bourses données dans le monde entier. Vietnam, France, Bénin pour la plus part. Tous les actifs de la fondation sont gérés d’une manière très rigoureuse par la fondation de France qui surveille et qui s’assure également que les actions de la fondation Vallet ne mettent pas en péril, ce patrimoine qui est présent. Tout cela est vraiment surveillé par des personnes très compétentes qui feraient en sorte de pérenniser toutes les actions de la fondation Vallet.

 Bénin Excellence ne pense pas à comment rendre le fonctionnement de la bibliothèque autonome ?

Si on a des partenaires qui souhaitent contribuer à notre projet avec la fondation Vallet, c’est avec plaisir que nous chercherons à les rencontrer.

 Gérez plus de treize mille livres avec 1 200 places assises au quotidien, ça nécessite de la logistique et du personnel. Vous avez déjà tout ça en place ?

Oui, nous avons procédé déjà au recrutement d’une vingtaine de bibliothécaires qui nous accompagnent. Ils font avec nous tout le processus d’enregistrement des livres. Il est assez long ce processus pour ne pas perdre un livre au milieu de treize mille livres dans la bibliothèque. Tous les livres sont enregistrés avec un code barre, un numéro spécifique dans la bibliothèque. Et cela n’aurait pas été fait sans l’aide des bibliothécaires.

Tout est fin prêt ?

Oui, nous allons ouvrir celle de Calavi dans la semaine du 14 Septembre pour celle de Calavi Zogbadjè et dans la semaine du 23 septembre pour la bibliothèque de Godomey. Nous allons faire également beaucoup de communication en Septembre. Nous irons voir les collèges, les Lycées, les parcourir pour les informer de l’ouverture des bibliothèques, la porte de la connaissance. 

Selon nos informations, un autre volet de vos actions, c’est l’aide aux démunis. De quoi s’agit-il ?

L’aide aux démunis que nous faisons, elle n’est pas encore mise sur un cheval de course. Mais, nous arrivons à travers notre présence en milieu carcéral à identifier certaines personnes qui sont vraiment défavorisées, plus bas que tout le monde.

Petit à petit, on commence avec ceux qu’on arrive à identifier sur nos chemins et on essaye de mettre en place les moyens pour les aider. Par exemple, dans la réintégration professionnelle, dans des frais médicaux à payer. Voilà comment nous arrivons petit à petit, à mettre en place ce volet. Nous espérons faire beaucoup plus dans les années à venir.

Vous en avez longuement parlé. La fondation Vallet, c’est qui ce fameux Odon Vallet ?

(Rire). Pour encore beaucoup de Béninois, c’est quelqu’un qui est peu connu. Peut-être une modestie et une humilité qui fait qu’on peut faire beaucoup de dons sans entendre de soi. Odon Vallet est un professeur de droit et d’histoire des religions. Aujourd’hui à la retraite, il a enseigné à la Sorbonne à Paris. Il a, avec son frère, hérité de la fortune de son père. Son salaire de professeur lui convenait parfaitement bien et c’est aussi un auteur. Il a écrit beaucoup de livres. Il avait de quoi de vivre paisiblement. Ce patrimoine qui lui est tombé dessus, il a préféré l’investir dans une fondation. C’est ainsi qu’il a créé une fondation avec son frère et ensemble ils ont mis en place un fonds pour œuvrer dans l’éducation. Etant professeur lui-même, Odon Vallet suppose que les personnes défavorisées et méritantes méritent d’être accompagnées.

Pourquoi le Bénin ?

Il y a donc 15 ans qu’il faisait l’option. En 2004, il fallait trouver un pays démocratique qui est en voie de développement. Par rapport à nos voisins comme le Nigéria, la Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Bénin est un petit pays démuni et démocratique. Donc en 2006, c’était facile de tomber sur le Bénin.

Quelles sont les perspectives l’ONG Bénin Excellence?

Notre objectif, très clairement c’est agrandir notre nombre de bibliothèques dans les lieux où nous ne nous sommes pas implantés. Des lieux qui ne disposent pas de bibliothèques mais qui disposent d’une multitude d’établissements supérieurs. Grandir et proposer plus de connaissance à tous les Béninois. Les actions que nous mettons en place aujourd’hui, je ne pense pas qu’on verra les actions dans un ou deux ans.

Quand on travaille sur le capital humain, ça prend du temps. Les bienfaits de ces bibliothèques se verront dans 20 ans ou dans 30ans. Les gens seront formés, auront accès à la culture. Dans 20 ou dans 30 ans, si nos actions peuvent permettre le développement du Bénin, ce serait  pour nous, une excellente joie et satisfaction.

Et pourquoi pas, un jour les Béninois eux-mêmes participeront au financement de Bénin Excellence.

Comment peut-on devenir membre de Bénin Excellence si on n’est sidéré par vos œuvres et qu’on décide de s’engager à vos côtés ?

Aujourd’hui on a une assemblée générale avec des membres qui est mise en place. En tant que bibliothécaire, on peut postuler. Nous allons mettre en place des  adresses mail de recrutement de ressources humaines. On peut également postuler pour des stages, envoyer une demande de bénévolat à l’adresse : [email protected] et nous traiterons le dossier.

 Un appel particulier à lancer ?

Nous remercions d’abord Banouto pour le travail que vous faites et nous prévenons tout le peuple béninois, tous les habitants de Calavi, de Godomey, d’Akassato de Cotonou : deux grandes bibliothèques, les deux plus grandes bibliothèques du Bénin et d’Afrique de l’Ouest vont ouvrir leurs portes à Calavi Zogbadjè et à Godomey. Venez, la connaissance est ouverte gratuitement !

Réalisation: Olivier Ribouis

 


  • Cédric
    il y a 1 mois

    Bonjour ! Je suis très ravie qu'on est enfin une bibliothèque nationale proche du campus d'Abomey - calavi. Je félicite les responsable de l'ONG Benin Excellence pour l'initiative. Avant, c'est la bibliothèque centrale du campus qui est fréquenté par les étudiants de l'Université. Merci infiniment au partenaire