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Coronavirus au Bénin : « l’artiste ne vit pas », Ya Salam

Olivier Ribouis
publié le Jun 1, 2020

Touché de plein fouet comme partout ailleurs, le secteur culturel est paralysé par la pandémie de la COVID-19 au Bénin. Bon an, mal an les artistes en chômage vivent cette période disette.  Compositeur-chanteur, l’artiste Ya Salam originaire de la Donga dans le nord, nous parle de comment il tient face à la pandémie. Interview.

ya-salam Ya Salam (Image: Page Facebook)

Que vous inspire la pandémie de la COVID 19 qui malmène le monde ?

En tant qu’artiste et en tant qu’être beaucoup plus spirituel, je me dis que c’est un châtiment divin. Quand on voit tout ce qui se passe dans ce monde, les perversions, les violations de certains interdits de Dieu, je pense que, c’est un châtiment divin.

Quels sont impacts sur votre secteur d’activités ?

Tout est bloqué. Ce n’est pas seulement le secteur culturel qui est bloqué. Dans le monde, tous les secteurs d’activités ont été impactés, personne n’a échappé à ça. C’est vrai que les plus touchés ce sont les artistes, mais, tout est bloqué comme chacun peut le constater.

Qu’avez-vous particulièrement ressenti ?

L’impact que j’ai particulièrement ressenti, c’est tout d’abord la méfiance, la conjoncture pour les artistes surtout. Avec les mesures de barrières, on ne peut plus faire des spectacles, or un artiste sans spectacles ne peut pas bien vivre. Comment l’artiste va trouver de quoi payer son loyer ? C’est pas facile. Beaucoup d’artistes consacrent leur vie à l’art sans faire autre chose, voilà que les spectacles sont bloqués. Quand on n’a plus d’autres ressources, c’est un peu compliqué.

Aviez-vous des activités qui se sont retrouvées paralysées ?

ya-salam-coronavirus-benin-culture Ya Salam (Image: Page Facebook)

Les activités que je retrouve paralysées, c’est surtout les concerts.  J’ai sorti mon dernier single Mbawi il n’y a pas longtemps. J’étais en préparation pour la réalisation du clip vidéo quand la crise s’est déclenchée. Maintenant que les restrictions se lèvent, je vais me relancer dans la réalisation de mon nouveau single.

Comment surmonter ?

Ce n’est pas facile. On est en train de gérer l’économie qu’on avait mis de côté. Si tu n’avais pas quelque chose de côté, c’est difficile. Je remercie Dieu pour ce qu’il m’a donné, notamment par rapport aux ouvertures qu’il a pu m’offrir. Ça fait que je ne sens pas trop. Mais, ce n’est pas facile quand même.

Beaucoup de pays envisagent des plans de relance avec des soutiens aux acteurs culturels. De quels soutiens avez-vous besoin dans le milieu culturel au Bénin ?

Je dirai tout simplement que le soutien dont on a besoin dans notre secteur, c’est qu’après le COVID, qu’on libère rapidement les dossiers qui sont au niveau du Fonds des arts et de la culture en les soutenants pour que chacun des promoteurs de festivals puisse relancer les festivals, faire revivre le secteur culturel. Le grand soutien, c’est de mettre les fonds à notre disposition.

Aussi,  il faut que notre ministère puisse repenser comment essuyer les pleurs des artistes à travers le BUBEDRA (Bureau béninois des droits d’auteurs et des droits voisins, Ndlr). Le ministère doit voir comment il peut soulager un peu les artistes des affres de cette crise qu’on a vécue parce que sans spectacle, l’artiste ne vit pas en tant que telle.

Donc, ce que je peux demander, c’est de mettre les fonds à notre disposition à travers le BUBEDRA et à travers le FAC, sponsoriser surtout les promoteurs de spectacles. Quand ils sont sponsorisés, les artistes sont invités et gagent.

Pour un artiste, un créateur, la pause imposée par la COVID-19 peut permettre de mijoter des choses. Vous en avez ?

ya-salam-coronavirus-benin-culture Ya Salam (Image: Page Facebook)

Personnellement, la pause que COVID nous a imposée m’a permis de travailler encore. Je n’étais pas en pause personnellement parce que j’étais en tournée de campagne de sensibilisation dans la lutte contre le paludisme dans le septentrion. Nous sommes partis pour la campagne 2020 de pulvérisation intra-domiciliaire qu’on appelle (PID).

J’étais occupé à ça parce qu’aujourd’hui, le paludisme tue beaucoup. Le paludisme tue plus que beaucoup de maladies. C’est la raison pour laquelle, malgré la COVID19, on ne nous a pas empêché d’aller sensibiliser les gens sur le mal. Le palu décime beaucoup, je dirai même que le palu tue plus que le coronavirus.

Je profite en même temps pour dire que c’est déjà la saison pluvieuse, protégeons nos enfants, dormons sous moustiquaire imprégnée. Le gouvernement nous a déjà aidés en nous distribuant les moustiquaires imprégnées. Malgré les pulvérisations, dans les zones où nous sommes allés dans le nord, j’ai demandé aux populations de continuer à dormir sous moustiquaire imprégnée.

Voilà, moi, je n’avais pas de pause en tant que telle. En même temps, je travaille au studio et je prépare la sortie d’un nouveau single qui sera là très bientôt.

On n’est pas encore sorti de l’auberge entièrement, qu’elle est votre contribution dans la lutte collective contre la COVID-19 ?

ya-salam-coronavirus-benin-culture Ya Salam (Image: Page Facebook)

Ma contribution c’est que je respecte les mesures barrières à savoir :  ne pas tousser n’importe comment, tousser dans le coude, se laver les mains à chaque fois, ne pas oublier le port du cache-nez, éviter de rester dans le monde de plus de 50 personnes puisque c’est le nombre qu’on a autorisé ici au Bénin, respecter la distance physique d’au moins un mètre. Ce n’est que comme ça qu’on peut contribuer à bouter la COVID hors de notre pays.

Je saisi l'occasion pour remercier le gouvernement pour tous les efforts consentis dans la gestion de la pandémie de la COVID qui est venue tout bouleverser.

Quelle leçon tirez-vous de cette expérience douloureuse pour l’humanité ?

COVID est venue nous montrer que l’humanité toute entière est vulnérable, que nous sommes égaux. COVID est venue démontrer qu’elle ne connaît pas le riche du pauvre, qu’elle ne connaît pas le scientifique, qu’elle ne connaît pas le docteur, qu’elle ne connaît pas le pharmacien. Donc, elle nous a montré que nous sommes tous égaux dans la vie, on doit s’aimer. Plus question de dire "c’est moi qui suis supérieur, c’est moi qui suis ci, c’est moi qui suis ça".  

COVID est vraiment venue nous donner une leçon du savoir vivre, du respect de son prochain, une leçon aussi du respect de la nature, des règles, des interdictions que Dieu nous a prescrites à travers la bible et le coran.  Ça nous a amené à connaître la valeur du travail aussi, parce qu’il y a des gens qui travaillaient mais, on ne mesurait l’importance de leur travail à leur juste valeur. COVID est venue remettre l’humanité sur le droit chemin.

Réalisation : Olivier RIBOUIS


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