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Témoignages EWOH 2 : « Ma femme et ses sœurs auront des terres grâce à Konrad-Adenauer »

KAS EWOH 2
publié le Jun 30, 2020

Producteur de sodabi (vin de palme en langue fon, Ndlr) et animateur dans le groupement agricole Wouimakon composé essentiellement de femmes dans la commune de Zogbodomey, Joseph Adjagbénon, se réjouit de voir son épouse hériter de la terre grâce aux séances de sensibilisation et de formation dans le cadre du projet EWOH 2 de la fondation Konrad-Adenauer. Lire son témoignage.

kas-ewoh-2-acces-femmes-terres-benin Joseph Adjagbénon

Nous avons reçu une invitation de la fondation Konrad-Adenauer pour l’accès des femmes à la terre et nous avons envoyé dix personnes parmi lesquelles se trouve ma propre femme qui se nomme Azayinon Gisèle. 

De retour de cette formation elle m’a rendu compte de ce qui leur a été dit sur le droit d’accès des femmes à la terre. C’est alors que nous avons décidé d’agir pour qu’elle-même revendique ses droits dans sa propre famille. Elle est issue d’une famille nombreuse. Leur papa est déjà décédé mais, il avait beaucoup de richesse de son vivant. Après sa mort, les garçons ne voulaient pas partager l’héritage.

A partir des informations reçues à la formation avec la fondation Konrad-Adenauer sur le droit des femmes à l’héritage des terres, elle a parlé à ses frères. Il y a eu des conseils de famille au moins 04 fois sans issue. Le chef de famille ne voulait pas du tout qu’on parle du dossier. Ma femme et certains de ses frères et sœurs qui la soutenaient ont alors saisi le commissariat et le dossier est envoyé devant le tribunal. Le juge a ordonné de faire des enquêtes pour évaluer les biens. Le dossier est maintenant au tribunal de première instance d’Abomey. Le juge a dit que le partage doit se faire équitablement. 

Ce qui est impressionnant c’est que mon défunt beau-père étant un polygame, du côté de la dernière épouse qui est la mère de ma femme, ils sont 8 enfants dont une sœur qui est décédée mais qui avait aussi eu un enfant avant de mourir. Au tribunal, le juge dit que ce petit fils doit recevoir la part à réserver à sa maman aussi. Je dois donc dire qu’aujourd’hui, grâce à la fondation Konrad-Adenauer, ma femme et ses sœurs auront des terres.

Il faut dire que nos parents avaient eu tort d’instaurer la discrimination à l’égard des femmes. Voyez-vous, les filles naissent de la même manière que les garçons. C’est par le même acte qu’on donne naissance aux enfants filles comme aux garçons. Pourquoi alors diviser les enfants à la naissance ? Nous sommes tous égaux, nous avons les mêmes droits. Autrefois, on prétextait de la tradition pour écarter les femmes de l’accès à l’héritage des terres.

De nos jours où il y a des lois, on ne peut plus évoquer la tradition pour mettre les femmes à l’écart dans les affaires de partage de terre. C’est une bonne chose parce que les conflits fratricides autour des terres occasionnaient des morts et même des gens qu’on envoute et qui deviennent des fous errants. Il y avait des pratiques mystiques nuisibles pour détourner certains des affaires d’héritage de terre. Avec les interventions de la fondation Konrad-Adenauer, je pense que les mentalités vont changer et je leur dis particulièrement merci pour ce travail d’éveil social.

Je demande aux responsables de la fondation Konrad-Adenauer de ne pas baisser les bras. Il faut qu’ils maintiennent la sensibilisation et qu’ils continuent d’appuyer les associations ou groupements d’activités agricoles à poursuivre l’œuvre entamée.  Cette initiative va contribuer à réduire la pauvreté et augmenter non seulement le pouvoir économique des femmes mais aussi contribuer au renforcement des foyers.

Propos recueillis par Olivier RIBOUIS


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