INTERVIEWS

Communes frontalières du Bénin: «la préoccupation majeure de Karimama, c’est la voie »

Oumarou Medewa est le premier adjoint au maire de la commune de Karimama. Dans cette interview, réalisée début juillet 2020, soit un peu plus d’un mois après l’installation du nouveau conseil communal, l’ancien président de l’association de développement se prononce sur les défis  socio-économiques de cette commune béninoise de la frontière avec le Niger et le Burkina Faso. 

oumarpu medawa karimamaOumarou Medawa, premier adjoint au maire de Karimama, répond aux questions de Banouto

De l’électricité à l’eau potable en passant par l’éducation, les projets de construction d’infrastructures et la mobilisation de ressources financières, Oumarou Medewa, assure que « tout est prioritaire » à Karimama. Surtout, le bitumage de la voie Guéné-Karimama.

Comment se porte  Karimama aujourd’hui ?

Karimama se porte disons à merveille. Les difficultés ne manquent pas. Chaque localité à ses problèmes mais quelques mois après notre arrivée, nous sommes en train de faire bouger les lignes.

Comment ?

Nous avons, par exemple, constaté que l’administration ne reflétait pas le développement auquel nous aspirons. Au niveau du personnel, les gens ne venaient pas régulièrement au service. Les agents qui le faisaient arrivaient généralement en retard. Nous avons tenu une séance d’échanges avec le personnel communal sur les disfonctionnements. Les bonnes habitudes ont été maintenues et on a essayé de corriger les imperfections.

Aujourd’hui, au niveau du personnel, il y a un cahier de présence. Il est fermé à 08 h 00. A 15h aussi c’est la même chose. Nous avons aussi institué un cahier de mouvement.

A tout moment, le maire peut avoir besoin d’un agent. Sur la base du cahier de mouvement, on peut savoir la position des agents qui vont sur le terrain. Ça, c’est au niveau de l’administration communale. Des choses sont également en cours dans les arrondissements.

L’une des principales préoccupations des populations est l’état de la route Guéné-Karimama. Qu’envisagez-vous face au problème d’inaccessibilité à la commune ?  

Cette une route a fait l’objet de nombreuses promesses. Les différents gouvernements qui se sont succédé nous ont fait plusieurs promesses. Malheureusement, cela n’a jamais abouti. C’est un véritable casse-tête pour la population surtout en saison pluvieuse. 

Certaines missions, même des missions gouvernementales, n’arrivent pas à avoir accès à la commune en saison pluvieuse. Si vous avez pu vous rendre facilement à Karimama, c’est parce que les fortes pluies n’ont pas encore commencé.

Mais quand vous venez à partir de fin juillet et dans les mois d’août, septembre, vous aurez envie à un moment donné de vous retourner. C’est un grand problème qui limite les échanges entre notre commune et celle de Malanville qui est une grande commune où s’effectue généralement la plupart de nos échanges.

En saison pluvieuse, la question de la route soulève des problèmes liés à la santé. La saison pluvieuse vient de s’installer avec toutes les péripéties, les moustiques, le paludisme, l’anémie qui sévit généralement dans les mois de juillet et août où les enfants tombent régulièrement malade.

Le centre qui est habileté à recevoir les cas les plus graves est à plus de 60 kilomètres à Malanville, avec une voie que tout le monde connait (dont l’état est impraticable, ndlr). Nous avons une ambulance qui ne fonctionne pas en saison pluvieuse. C’est seulement pendant la saison sèche que l’ambulance peut travailler.

L’état de la route Guéné-Karimama est une grande préoccupation des populations. Nous souhaitons que l’Etat central puisse nous aider afin que ce calvaire soit un mauvais souvenir.

Vos administrés se plaignent également concernant l’accès à l’eau et à l’électricité.

Il faut reconnaitre que plusieurs de nos populations n’ont pas accès à l’eau potable. Des gens qui continuent d’aller au fleuve ou bien dans les marigots pour prendre de l’eau à boire et pour les autres besoins domestiques. L’une de nos missions c’est l’approvisionnement des populations en eau potable. Le conseil qui nous a précédés a fait un effort en la matière. Le conseil qui vient de s’installer est également en train de lutter.

Toutefois, depuis 2017, le gouvernement a créé une agence nationale d’approvisionnement en eau potable en milieu rural. Avec la création de cette agence, les communes n’ont plus cette compétence de réalisation d’infrastructures d’approvisionnement en eau. Le budget 2020 que nous exécutons n’a pas pris en compte la réalisation de nouvelles infrastructures d’approvisionnement en eau potable. 

Des ressources sont plutôt prévues pour la réhabilitation de celles existantes. Il y a des ouvrages d’eau qui existent déjà, il faut quand même les réhabiliter pour que les populations puissent vraiment avoir accès à l’eau potable.

Qu’en est-il de l’électricité ? La commune n’est que partiellement connectée au réseau national.

Sur les cinq arrondissements que compte la commune de Karimama, c’est seulement l’arrondissement central qui est couvert en électricité. Il y a également l’arrondissement de Birni-Lafia mais ce n’est pas encore fonctionnel. Et les poteaux sont en nombre insuffisant. On a constaté qu’il y a seulement deux poteaux à l’intérieur du village.

Au niveau des autres arrondissements, c’est des panneaux. Ces panneaux solaires sont implantés depuis plusieurs années mais ils ne fonctionnent pas. A ce niveau, nous allons lancer un appel aux structures compétentes pour que les gens puissent nous aider afin  que les populations aient la lumière.

De Cotonou, il était difficile pour nous de communiquer avec des personnes sur place ici. Le réseau est constamment instable. Sur le plan de la communication, votre commune est apparemment déconnectée du Bénin ?

En matière de communication, Karimama rencontre assez de problèmes. D’abord, au niveau des GSM, sur les cinq arrondissements que comptent la commune, il n’y a que deux qui sont couverts par les GSM : Karimama et Kompa. Béni-Lafia n’est pas entièrement couvert parce qu’on trouve le réseau à des endroits donnés. Les populations, en majorité, utilisent un réseau GMS du Niger.

L’autre problème, c’est l’absence d’une radio communautaire. Avant d’être premier adjoint au maire, j’ai été président de l’association de développement communal donc à ce niveau nous avons élaboré un plan de travail annuel qui prévoit la création d’une radio  communautaire à Karimama. Je crois que nous n’allons pas baisser les bras. Des dispositions sont en train d’être prises.

Visiblement, tout est problème à Karimama. Route, eau, électricité, santé, éducation. Avez-vous l’impression que votre commune est délaissée ?

Ce qui fait qu’on n’est pas totalement fier pour le moment, c’est l’état de notre voie. On dit que la route du développement passe par le développement de la route. La préoccupation majeure de la population de Karimama, c’est la voie. Si on arrive à trouver une solution, cela va faciliter les échanges. Les gens n’auront plus peur de venir à Karimama.

A des moments, lorsqu’on vous parle de Karimama, c’est comme si c’était l’enfer. Plus on va essayer de désenclaver la commune, plus les activités économiques vont prendre de l’envol. Le commerce va se développer. Les gens auront de quoi survivre.  C’est là en réalité le problème. Et la population est toujours impatiente. Elle veut voir ce grand projet se réaliser.

Quel est l’état d’âme général de la population ?

La population se porte vraiment bien. Nous venons de sortir des élections municipales au cours desquelles elle a fait un choix de dirigeants. Cette population a placé tout son espoir sur les nouveaux dirigeants. Elle attend que nous puissions régler ses problèmes. Et ce n’est rien d’autre que l’amélioration des condition de vie.

Face à la multiplicité des problèmes, quelles sont les priorités du conseil communal ?

Tout est prioritaire. Mais il y a d’abord la mobilisation des ressources propres. Puisque ces ressources nous permettront de régler beaucoup de problèmes des populations dont les solutions relèvent des compétences de la commune. Nous avons déjà engagé quelques réformes dans le but d’accroitre les ressources propres de la commune.

Nous pensons aussi à l’assainissement du centre-ville. L’état actuel du centre-ville ne correspond pas à sa qualité du chef-lieu de notre commune. La question de l’hygiène et de l’assainissement. Cela fait partie également de nos priorités parce que la ville au moins doit être propre. Un projet de pavage financé par l’Etat béninois et des PTF est pratiquement à terme.

Il y a aussi l’éducation. On ne peut jamais aller au développement sans l’éducation. Il faudrait que chaque parent comprenne l’importance d’envoyer son enfant à l’école. Nous sommes également en train de travailler sur cela pour qu’à partir de la rentrée 2020, tous les enfants en âge scolarisable puisse vraiment aller à l’école et qu’on assure vraiment leur maintien.

La réforme de la cantine du gouvernement est déjà une mesure pour assurer le maintien de ces enfants à l’école. A l’éducation s’ajoutent les problèmes d’accès à l’eau potable et d’électrification.  

Réalisation : Judicaël Kpehoun (Stag) et Léonce Gamaï

NB: Cet article fait partie de notre dossier spécial sur les défis socio-économiques et sécuritaires des communes frontalières au Benin, réalisé avec l’appui technique et financier de la Fondation Friedrich Ebert (FES) au Bénin.

 

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