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Présidence du Bénin : un handicapé visuel se plaint à Talon ( Lettre ouverte )

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Saisissant l’occasion de la célébration de la Journée internationale de la Canne Blanche, jeudi 15 octobre 2020, Henri Tchikpoto a envoyé au Président Patrice Talon, une lettre ouverte dans laquelle il exprime sa déception sur les conditions des personnes handicapées et fait des doléances aux Chefs de l’Etat.

patrice-talon

 

LETTRE OUVERTE AU PRÉSIDENT PATRICE TALON


Le cri de cœur de Henri TCHIKPOTO

Monsieur le Président, en ce jeudi 15 octobre 2020, Journée internationale de la Canne Blanche, nous vous prions Monsieur le Président de bien vouloir nous accorder votre précieux temps dans les lignes à suivre. 

 

Il y  a  de cela plus de quatre ans, Monsieur le Président, vous prêtiez serment en faveur des 65,37% des voix que vous avait accordé la majorité des béninois. À l’heure du bilan, médias, spécialistes, observateurs et autres acteurs, chacun se donne la latitude de faire le bilan en fonction du secteur dans lequel il se trouve. Notre bilan s’inscrit dans le social parce qu’il se tourne vers le genre minoritaire. Nous reconnaissons ici les mérites de votre gouvernement dans ses actions de développement en relation avec son ambitieux PAG. À titre illustratif, notre pays vient de sortir du rang des vingt-cinq pays les plus pauvres du monde en passant du rang des pays à faible revenu au rang de ceux à revenu intermédiaire. La Banque Africaine de Développement (BAD), le Fonds Monétaire International (FMI) et autres institutions internationales n’ont pas tari d’éloges à l’endroit de notre économie malgré la fermeture des frontières nigérianes par les manigances des compatriotes apatrides.

 

Quand on évoque le mot social, l’on pense souvent aux femmes, aux enfants orphelins, aux malades du SIDA, aux sinistrés des catastrophes naturelles…Etc.

Mais il existe des personnes qui appartiennent à un groupe minoritaire très souvent confondues dans la masse alors qu’elles ne le méritent pas : il s’agit des personnes handicapées qui, elles également méritent de faire leur bilan.

Pendant la gouvernance du régime précédent, la situation socioprofessionnelle des personnes handicapées a  été notre majeur combat. Nous n’en voulons pour preuve que cet extrait de la lettre ouverte à  l’ancien Président de la République publiée par un quotidien local Le Matin, numéro 5267 du 22 août 2014 signée par une des Organisations des Personnes Handicapées, « Monsieur le Président, de  façon récurrente et répétée,  nous, personnes souffrantes d’une quelconque déficience, sommes souvent disqualifiées et humiliées sans justifications valables de toutes les  opportunités de l’emploi qu’offre votre République Démocratique. Cette disqualification se traduit par le renvoi  et l’exclusion systématique des salles de compositions  des différents concours et le rejet de ceux recrutés après constatation de leur handicap. Victimes de toutes ces malheureuses expériences, causes de nombreuses frustrations, nous nous demandons :

Jusqu'à quand allons-nous continuer à caresser les peines de misère au Bénin, pays de « droit et ratifiant les accords internationaux relatifs  aux droits de l’Homme et à nous personnes handicapées?

Quand serons nous réellement impliqués dans le développement de ce pays en tant que citoyen à part entière  et jouissant de tous les droits ? 

Comment comprendre que nous sommes des produits du même système éducatif que nos concitoyens et que l’opportunité ne nous est pas offert de faire valoir nos compétences?

L’État béninois doit-il continuer d’assurer notre formation sans faire montre d’aucune volonté manifeste de nous employer dans ses différents services ? ».

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Cette lutte n’avait connu aucune issue favorable avant votre accession à la magistrature suprême de notre Bénin commun.  

Au bilan aujourd’hui, sur plus de 7000 agents d’État recrutés, pas une seule personne handicapée n’a eu la chance de réussir. Sommes-nous aussi nulles que çà ? S’agissant des déficients visuels qui méritent des dispositions spéciales, ils participent au concours mais ils ont pour la plupart des cas été soumis aux conditions d’échec.

« Seul le travail libère l’homme », disait le célèbre écrivain Bernard B. DADIE. Ainsi, après la naissance de l’homme, il grandit et devient adulte. A  cette étape de la vie, il aspire à  un emploi décent afin de se rendre autonome et ensuite devenir acteur du  développement de la cité. Voilà ce qui a  conduit les constitutionnalistes rédacteurs de la loi fondamentale du Bénin à  préciser en son article huit que l’épanouissement des citoyens béninois réside dans la garantie de leurs droits à l’éducation, à  la formation professionnelle et à  l’emploi. La même Constitution stipule et renchérit en son article trente « l'État reconnaît à tous les citoyens le droit au travail et s'efforce de créer les conditions qui rendent la jouissance de ce droit effective et garantissent au travailleur la juste rétribution de ses services ou de sa production.»

Environ trente ans après l’élaboration et l’adoption de la constitution  qui garantit l’égal accès à  l’emploi à  tous les citoyens de la République du Bénin, le constat révèle malheureusement que les personnes handicapées du Bénin sont vouées à  une discrimination paralysante et humiliante, par conséquent, privées de la jouissance des dispositions juridiques en sa faveur. Il est claire ici que ces personnes sont donc exclues de la machine de production du secteur public et privé parce que le gouvernement de la rupture n’a pas encore trouver le bâton magique afin de booster le mieux être des personnes handicapées. Ceci fait  rejaillir dans nos têtes cette politique du passé qui vise à  plonger davantage la personne handicapée dans un misérabilisme ambiant en la disqualifiant des mains d’œuvre qualifiée du pays.

Il a  été écrit après seulement deux années d’exercice de votre gouvernement, dans un rapport de la société civile que 58% des promesses du  candidat Patrice TALON ont été enclenchés, 17% des promesses ont pendant ces deux dernières années été tenues, 4% seulement des promesses n’ont pas été réalisées et enfin 21% des promesses ne sont pas encore enclenchées.

Monsieur le Président, il revient ici de vous poser la question de savoir : les personnes handicapées de tout genre et type du Bénin font-elles partie intégrante de votre Programme d’Action du Gouvernement ?

Cependant, ce n’est pas le lieu de se lamenter et de se fondre en désespoir car il n’est jamais tard pour mieux faire.

Monsieur le Président, voulez-vous être porté en triomphe sans aucune action en faveur de  vos compatriotes handicapés qui jouissent pleinement de leurs droits civiques ?

Nous sommes très sûr que votre livre d’histoire sera écrit en lettres d’or si vous complétez les points suivants aux œuvres gigantesques que vous abattez déjà :

l’emploi des personnes handicapées ;

l’éducation spécialisée des types de handicap concernés au terme de l’article trois de la Loi portant protection et promotion des droits des personnes handicapées en République du Bénin ;

l’accessibilité aux technologies de l’information et de la communication des non voyants ;

la promotion des activités culturelles et sportives au sein des personnes handicapées;

la création d’un fonds d’appuie aux macro et micro projets des personnes handicapées :

accessibilité des personnes handicapées aux infrastructures (voies et édifices publics) en construction actuellement dans notre pays ;

identifier les personnes handicapées sur la carte d’identité biométrique délivrée par l’Agence Nationale d’Identification des Personnes (ANIP) en vue de leur prise en charge spécifique par le projet Assurance pour le Renforcement du  Capital Humain (ARCH) ; 

engager des réflexions structurantes afin de rendre inclusif les textes de la République en faveur des personnes handicapées.

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Pour réussir cette mission et impacter de façon véritable le genre minoritaire que constituent les personnes handicapées, Monsieur le Président, votre gouvernement doit sans ambages rompre avec les actes du régime précédent qui visent à  ne jamais offrir une place à  la personne handicapée dans l’administration publique. Ces actes proviennent souvent des cadres de l’administration, mais surtout ceux de l’administration sociale qui, après avoir montré leur limite, n’ont plus rien à  prouver en ce qui concerne la prise en charge de la personne handicapée. Voilà pourquoi nous vous suggérons Monsieur le Président de bien vouloir mettre la personne handicapée elle-même au devant de la conduite de sa propre politique en lui créant un poste spécial tel la Direction Générale des Personnes Handicapées (DGPH) car on ne peut pas faire le bonheur de quelqu’un sans lui. 

Monsieur le Président, il n’y a que vous qui pussiez prendre et appliquer les décisions en vue du mieux être des personnes handicapées. Car c’est vous qui portez le mérite du vote et la promulgation de la Loi portant protection et promotion des droits des personnes handicapées en République du Bénin. Ladite Loi demeure encore à l’étape presque zéro dans son application parce que soumise à la prise d’une dizaine de décret.

Souhaitant vous rencontrer en vue d’un dialogue, nous vous prions d’agréer Monsieur le Président de la République, l’expression de toutes nos déférences.

Vive la Journée internationale de la Canne Blanche

Vive le Bénin

 

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