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Bénin-Veille citoyenne (5/7): Franck Kinninvo parle de chantage dans les marchés publics

Falilatou Titi
publié le 8 juillet 2018

Question épineuse  dans la veille citoyenne au plus haut niveau de l’Etat, les marchés publics attisent également les appétits au niveau des communes. Expert en décentralisation, Franck Kinninvo dévoile dans cette interview à  nous accordée dans le cadre d’une enquête sur la commune d’Abomey-Calavi, les manœuvres insoupçonnables dans la gestion des marchés publics communaux au Bénin.

franck-kinninvo Franck Kinninvo, expert en décentralisation et gouvernance locale

La gestion des marchés publics au niveau local est-elle orthodoxe? Quels sont les problèmes liés à la gestion des marchés publics dans les communes? Comment y remedier? Franck Kinninvo répond aux interrogations de Banouto. 

Banouto : Selon vous qu’est-ce qui explique les malversations dans les communes, notamment dans la passation des marchés publics ?

Franck Kinninvo : Vous savez, au niveau des marchés publics, il y a beaucoup à dire. Premièrement, la qualité des ressources humaines pour faire la procédure. Ça c’est un défi.

Vous voyez la commission nationale des finances locales a fait un travail en fin d’année dernière qui a démontré que les personnes qualifiées ne sont pas recrutées au niveau des collectivités territoriales. Et donc ces personnes sont chargées de conduire le processus sans être au courant des textes de lois, sans comprendre les contours de ces textes, sans comprendre comment mettre en place la procédure, ça c’est le premier élément.

Deuxième élément, on observe que les maires veulent faire des marchés publics, leur chasse gardée. Si nous devons rester dans l’esprit des textes, on doit améliorer. Moi, je pense que si le maire veut bien faire, il ne doit pas être le président de la commission de passation des marchés publics.

Troisièmement, les marchés publics communaux sont sujets à des chantages.

Des conseillers, des adjoints aux maires, des maires parrainent des entreprises qui doivent forcément gagner les marchés pour la paix et la stabilité au niveau de la commune.

Cela pose quel problème et comment y remédier ?

Ça fausse le jeu et la concurrence entre les différents soumissionnaires, et donc de ce point de vue, il faut revoir les choses, recentrer le débat pour que, le conseiller puisse savoir quel est son rôle et ne pas être tout le temps dans les pattes du maire.

Lorsque vous êtes conseiller, vous n’êtes pas adjoint au maire, vous n’êtes pas chef d’arrondissement, vous n’êtes pas chef quartier ou chef village, vous n’avez pas grand rôle que de délibérer et de contribuer. Mais vous ne devez pas être tout le temps dans les bureaux de la mairie à faire des chantages au maire. Les rôles sont bien définis par les textes.

Estimez-vous que les conseillers font des chantages aux maires ?

Régulièrement ! Lorsqu’on dit tel marché, si l’entreprise que je parraine ne gagne pas, s’il y a une motion de destitution, je signe, on appelle ça chantage.

Et ça c’est fréquent. Un maire m’a confié que le conseil a délibéré pour cinq cents millions (500 000 000 F CFA), pour les festivités du 1er août dans la commune. Mais aussitôt, les conseillers ont défilé chez lui pour dire bon, il faut qu’on partage l’argent. Alors que l’argent là devrait servir à payer les différentes prestations pour les festivités. Donc ce n’est pas de l’argent à partager au conseiller. Donc il faut ramener la stabilité pour que les maires puissent bien faire leur travail. Quelqu’un qui n’a pas la stabilité ne peut pas véritablement fonctionner.


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