INVESTIGATION-REPORTAGE 1 Commentaire

Bénin-Veille citoyenne (6/7): crainte de politiciens tapis dans la société civile à Abomey-Calavi

Falilatou Titi
publié le 9 juillet 2018

 

Malgré la multitude des organisations de la société civile, la veille citoyenne au Bénin a du plomb dans l’aile. L’un des obstacles à son efficacité : la perception qu’ont les hommes politiques des acteurs de la société civile.

circulation-abomey-calavi Circulation à Abomey-Calavi, commune voisine de Cotonou

C’est un secret de polichinelle. La veille citoyenne est un élément important pour la bonne gouvernance, notamment au niveau local. Autorités au niveau local et acteurs de la société devraient collaborer pour que les nobles objectifs de développement poursuivis par la décentralisation soient atteints. Mais force est de constater que les hommes politiques, notamment les autorités locales ne voient pas d’un bon œil les acteurs de la société civile.

Conséquence : les relations entre les deux acteurs qui devraient collaborer sont celles de deux ennemis.  « Nous ne nous voyons pas en bons partenaires avec la mairie d’Abomey-Calavi », a confié Franck Adamado, coordonnateur de la Cellule de participation citoyenne (CPC) de la commune d’Abomey-Calavi.

Selon l’acteur de la société civile fait savoir que les autorités municipales, communales et locales contrairement à ce qu’ils laissent croire, sont hostiles à veille citoyenne. « Jusque-là, les autorités déclarent que leurs portes sont grandement ouvertes, mais il faut se mettre à l’œuvre pour constater que les portes sont hermétiquement fermées », a-t-il expliqué.

A en croire Franck Adamado pour avoir  accès aux élus de la commune, c’est la croix et la bannière. « Nous n’avons pas accès aux autorités. Difficilement ils répondent aux sollicitations qu’on leur adresse », déplore-t-il.

La situation difficile de collaboration entre les acteurs de la société civile et les hommes politiques, à en croire le Secrétaire général de la Confédération des Syndicats Indépendants du Bénin (COSI-Bénin), Noël Chadaré, est conséquence du « climat de méfiance » entre les deux parties. Lequel climat, a-t-il fait savoir, constitue un « facteur de blocage à la veille citoyenne ». Charles Assogba, Chargé du projet les Citoyens dans les Marchés Publics au Bénin, à Social Watch Bénin, pense la même chose. «La politique est un véritable frein à la veille citoyenne et c’est dommage ».

Politicien dans la peau d’acteur de la société civile

reckya-madougou Reckya Madougou, ex-ministre et ex-acteur de la société civile

Le climat de méfiance entre les acteurs de la société civile et les hommes politiques et l’hostilité des derniers à laisser leur gestion contrôler par les acteurs de la veille citoyenne résulte de la perception qu’ont les élus sur la société civile. Les hommes politiques voient les acteurs de la société civile comme des adversaires ou potentiels ou encore comme des taupes pour d’autres hommes politiques.

Le conseiller et Président chargé du contentieux et des affaires juridiques de la mairie d’Abomey-Calavi, Malick Tokpo reproche à la société civile béninoise de ne pas avoir une ligne qui se démarque clairement de celle de la politique. « Quand on veut faire la politique, il faut le faire, lorsqu’on veut être acteur de la société civile, il ne faut pas mélanger les deux », a-t-il confié déplorant qu’au Bénin, les acteurs de la société civile sont souvent assis sur les deux chaises.

Un homme politique sous anonymat, qui s’inscrit dans cette logique, pense que les organisations de la société civile (OSC) portent souvent deux casquettes. Selon l’homme politique, qui se dit habitué des agissements des OSC, «on ne saurait être juge et partie». «Djogbénou était acteur de la société civile, aujourd’hui il est ministre et avant cela il était au Parlement (C’est après notre entretien que Joseph Djogbénou est devenu président de la Cour constitutionnelle en juin 2018, Ndlr) », illustre-t-il. « La société civile, assure-t-il, est politique. Ce sont des politiciens. On n’a pas de société civile au Bénin, c’est rien que des politiques».  

Président de la commission chargée des relations avec la société civile à la mairie d’Abomey-Calavi, le conseiller Franck Hessouh,  malgré ses rapports avec les OSC, est pense aussi que les acteurs de la société civile sont à craindre. « De la société civile à la politique il n’y a qu’un pas », a explique-t-il avant d’ajouter : « La belle preuve, vous avez vu Orden Alladatin, Réckyath Madougou, Joseph Djogbénou, tous ceux-là sont passés par la société civile, aujourd’hui ils sont des hommes politiques ». Le conseiller Hessouh indique qu’il faut avoir davantage peur des acteurs de la société civile car avec  le manteau d’acteur de la société civile  certaines personnes rendent la vie difficile aux hommes politiques. « Il ne faudrait pas que d’autres s’habillent en responsables de la société civile pour détruire les hommes politiques. Nous avons choisi chacun de nous un panel », lâche-t-il sur un ton ferme.

Outre cette crainte des acteurs de la société civile, le conseiller Malick Tokpo assure que  les hommes politiques n’ont rien à cacher à la société civile. Vraiment ?

NB: La série d'articles sur l'investigation relative à la veille citoyenne se poursuit. Le dernier article sera publié demain mardi. 

 


  • Durand Félicien Prosper
    il y a 4 mois

    La participation des Acteurs Non Etatiques (ANE) dans tout procesus de développement dans les pays ACP est devenue une réalité érigée en droit depuis, le 23 juin 2000, date de la signatue de l'accord de Cotonou. Dans ce cadre, les ANE sont supposés défendre les intérêts du groupe qu'ils représentent. L'accord de cotonou reste dans la logique de développer un partenariat entre le secteur public et le secteur privé sur les priorités retenues au programme indicatif national. En réalité, le rôle des ANE n'est pas de faire de la politique ni de s'opposer au gouvernement. Chers compatriotes observons ceci: Missessin Bossissin Bowassin