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Bénin-Pénalisation du kpayo: la rage du vif

Falilatou Titi
publié le 20 septembre 2018

Le nouveau code de procédure pénale interdit la commercialisation informelle des produits pétroliers au Bénin. Une interdiction qui n’est pas du goût des acteurs de secteur de l’essence de contrebande. Ils sont nombreux, ces vendeurs de Cotonou, la capitale économique du Bénin à voir en cette disposition, une mesure antisociale.

benin interdiction essence kpayo circulation à cotonou Des grincements de dents au sein des usagers et des commerçants avec la pénalisation du kpayo

 

«S’ils arrêtent je ne sais pas quoi faire. C’est grâce à ce commerce que je nourris mes enfants et ceux de mon fils ainé décédé », se lamente dame Collette, assise devant son étalage d’essence frelatée, communément appelée "kpayo" au Bénin. Installée sous un poteau électrique au bord des pavés au quartier Dandji 2, dans le 1er arrondissement de Cotonou, la vieille vendeuse de Kpayo, entourée de ses deux petites filles, entonnoir en main, guettait et appelait les clients.

Les yeux larmoyants, la soixantaine, elle dit vendre l’essence de contrebande depuis plus de 20 ans. Depuis l’annonce de la décision interdisant et pénalisant la commercialisation illicite des produits pétroliers, la contrebandière sexagénaire ne sait à quel saint se vouer.

Comme cette mère de famille, beaucoup d’autres vendeurs de carburant rencontrés à Cotonou, posent le problème de la survie de toute une famille. C’est le cas du Sieur Paul, rencontré au quartier Gbégamey. « Est-ce que ceux-là connaissent le nombre de personnes que nourrit ce commerce au Bénin ? », demande-t-il aux autorités béninoises. Il sonnait 11 heures 30 minutes, assis sous un parasol, derrière son installation de kpayo, Sieur Paul vendait le carburant avec son neveu, un jeune homme de 25 ans environ.

«Si on interdit la vente du carburant au bord des voies, ce serait difficile pour nous qui ne sommes pas au centre-ville de nous en sortir»

Visiblement en colère lorsqu’on lui a demandé ce qu’il comptait faire désormais, suite à l’interdiction de son business, l’homme de la cinquantaine n’a pas hésité à dire sa désolation. Pour ce père de famille, on ne peut pas mettre fin à une telle activité sans penser aux conséquences immédiates sur le train de vie des populations. «Je suis père de trois garçons. Leur argent de petit déjeuner est de 200 francs chacun par jour, sans parler de ce qu’ils vont manger le soir. Si je cesse de vendre le carburant quel travail vais-je faire pour répondre à leurs besoins ? »

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