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Fête des religions endogènes: chrétiens et musulmans du Bénin apprécient le Vodoun

Gildas Salomon
publié le 9 janvier 2019

Le 10 janvier, le Bénin  célèbre les religions endogènes. Dans moins de 24 heures de cette fête nationale, chacun se fait son opinion de cette célébration dans les rues de Cotonou.

benin fete des religions endogènes 10 janvier Célébration d'une messe dans une église catholique au Bénin

 

La fête nationale des religions endogènes est dans quelques heures. A Cotonou, dans la métropole du Bénin on ne voit pas de signes annonciateurs. Pourtant dans les rues et ruelles et lieux de travail, l’évènement intéresse des fidèles des religions monothéistes encore appelées religions importées. À Gbégamin, l’un des multiples quartiers de Cotonou, Jorès est un chrétien catholique qui  s’est particulièrement intéressé à la fête du 10 janvier: «Quand j’ai cherché à comprendre, mes parents m’ont dit que cette fête existe avant ma naissance».  Le jeune cotonois affiche même une sympathie à ce qu’on appelle «mânes de nos ancêtres» au Bénin. «Il est vrai que je suis né dans une famille chrétienne, mais il n’est pas écrit sur mon front. Avant l’avènement des chrétiens en Afrique, nos parents avaient leur religion et quoi qu’on fasse on ne peut oublier nos origines» a-t-il confié. Fier de Possotomè, son village natal,  Jorès a envie de voir ce jeudi 10 janvier, « la sortie et la danse des masques, le défilé des zangbéto. » Pour lui, «tout Béninois doit en être fier.»

Aperçu debout non loin de Jorès, Donald, dans l’attente d’un conducteur de taxi moto, pense que la fête des religions endogènes n’a rien de diabolique. Pour lui, «c’est une richesse que nous pouvons vendre aux autres continents». Entendre des Béninois diaboliser le vodoun met Donald dans la désolation. «Cela me surprend que des Béninois rejettent cette fête identitaire», s’insurge-t-il.

Divergence autour du 10 janvier

Dans l’atelier du mécanicien  Sunday, à 5 minutes du carrefour Toyota, notre sujet sur la perception de fête du vodoun suscite débat. Conducteur de taxi moto, clients et mécanicien, chacun défend son opinion. Pour Sonday, Chrétien céleste  le 10 janvier n’a rien d’extraordinaire. « C’est comme tous les autres jours de l’année. Pour moi c’est inutile d’avoir institué cette journée» a-t-il soutenu. Épiphane, conducteur de  taxi-moto, est chrétien évangélique. Selon lui la fête des religions endogènes est un prétexte pour célébrer le Vodoun. « Moi je ne connais qu’un seul Dieu à qui on doit adoration et culte et louange. Ma prière est que Dieu transforme l’esprit de ceux profite de l’occasion pour célébrer les divinités imagées » a-t-il affirmé. Visiblement, le débat est loin de se terminer entre Sunday et ses clients. À Zongo, notre prochaine destination,  Rainath, jeune musulmane s’est montrée respectueuse de la religion des autres. «Les religions endogènes sont ce qu’ils ont choisi et nous nous devons de respecter leur choix. » Cependant, Rainath est dérangée par cette pratique qu’elle dénonce.

«C’est l’immolation en public des bêtes et l’usage fait du sang qui m’indisposent parce que ces pratiques sont douteuses», souligne la fidèle musulmane. Au sujet du 10 janvier,  Abdoul, un quinquagénaire rencontré dans les environs dit ne rien  savoir de cette fête en tant que musulman. Selon lui, « les musulmans ne connaissent que trois fêtes notamment, la fête de la fin du jeûne, la Tabaski, la prière du vendredi».

La fête des religions endogènes célébrée chaque 10 janvier au Bénin est instituée en 1994 par l’ancien président  Nicéphore Soglo, puis décrétée comme jour férié en 1998 sous Mathieu Kérékou. Le 10 janvier est l'occasion pour les adeptes de se retrouver, de sortir leurs divinités, de danser à travers cultes et adorations.

 


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