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Robotique: le Bénin arrive avec les robots de FemCoders

Léonce Gamai
publié le 17 janvier 2019

Lancée en 2015, FemCoders, une initiative à but non lucratif conduite par l’informaticienne Rachael Urumor, fait émerger au Bénin une pépinière de jeunes talents en robotique.

benin femcoders robotique Des prototypes de robots fabriqués par... 

 

Cotonou, sinon le Bénin, est dans l’actualité du numérique ce mercredi 05 décembre 2018. Le chef d’Etat béninois, Patrice Talon, reçoit Kersti Kaljulaid, Présidente de l’Estonie, dans le cadre d’une visite officielle axée sur la coopération dans le secteur du Numérique. L’Estonie, ce jeune pays de l’Europe du nord, modèle en matière de numérique, inspire Patrice Talon,  décidé à faire du numérique un levier de l’économie béninoise. «Je cherche avec abnégation et passion, l’expertise partout où elle se trouve et l’Estonie est un pays qui suscite l’admiration en matière de numérique. Aujourd’hui, c’est un champion au plan universel», justifiait d’ailleurs le président du Bénin lors de la conférence de presse conjointe avec son homologue estonienne. Toujours dans Cotonou, loin du Palais présidentiel où s’écrit les nouvelles pages des relations bénino-estoniennes, d’autres histoires du numérique s’écrivent à Vedoko. Dans l’un des plus grands immeubles de ce quartier populeux de la capitale économique du Bénin se déroule une cérémonie de remise d’attestation en science robotique dans le cadre du First Global Challenge 2018.

 Les bénéficiaires, six jeunes, dont trois femmes, formés et coachés par FemCoders, une initiative d’inclusion technologique conduite par Rachael Orumor. La cérémonie est fort simple, mais pleine de sens et pour les bénéficiaires et pour les responsables de FemCoders.

Il rêve de faire MIT

«Le First Global Challenge est une compétition mondiale qui regroupe chaque année plus de 160 pays où des enfants, les jeunes sont appelés à créer des solutions autour des thématiques bien précises», explique Rachael Orumor, fondatrice de FemCoders. «En plus d’être une compétition, ce rendez-vous permet aux jeunes de réfléchir à résoudre des problèmes de la vie quotidienne, complète-t-elle.» Le thème de 2017 était l’approvisionnement en eau durable. En 2018, ces jeux olympiques de la robotique ont porté sur l’approvisionnement en énergie. «Cette année, malheureusement, on n’a pas pu participer parce que les membres de l’équipe du Bénin n’ont pas obtenu le visa du Mexique où s’est tenu l’évènement, se désole Rachael Orumor. Mais, on a achevé le développement du robot et nous avons envoyé une vidéo de démonstration du prototype. Sur la base de ce travail bien fait, ils nous ont envoyés des attestations pour encourager les enfants. Ils ne doivent pas baisser les bras.»

benin robotique, les merveilles de femcoders ...les jeunes de FemCoders

 A la cérémonie de remise d’attestation, les jeunes roboticiens ont procédé à une démonstration avec leur prototype. «Le robot qui a participé au concours First Global Challenge 2018 est un prototype de robot qui permet l’approvisionnement en énergie», indique Simon Affagnon, titulaire d’un BAC C. «Nous avons des cubes que nous déplaçons. Le cube, c’est  le combustible, un peu comme le bois qui permet de fournir l’énergie. Nous avons aussi des panneaux solaires et une station éolienne», détaille fièrement ce jeune qui rêve de faire MIT (Massachussetts Institute of Technology)  

Pépinière de roboticiens

FemCoders provient de «Female Coders », comme pour dire « Femme Développer». L’initiative, à but non lucratif, a été lancée en 2015 par Rachael Orumor, informaticienne.  «J’ai constaté qu’il y a beaucoup de solutions simples, robotiques que nous pouvons implémenter dans notre société pour répondre aux petits problèmes, raconte-t-elle. Nous avons lancé l’initiation espérant qu’avec le temps nous aurons des solutions vraiment automatisées et à coût abordable, pour résoudre les problèmes quotidiens du Bénin.» FemCoders offre des formations et du coaching en technologie. Ses activités sont ouvertes à tous, sans distinction de sexe, ni de race, mais «nous sommes très prononcées sur l’inclusion des femmes dans la technologie», précise Rachael Orumor.

En 2017, FemCoders a lancé un projet de formation itinérante en science robotique dans les établissements secondaires publics du Bénin. Pour la première édition, avec l’appui de l’Ambassade des Etats-Unis au Bénin, l’initiative a formé 400 élèves des filières scientifiques dont 250 femmes dans 6 Collèges d’enseignement général (CEG) à Cotonou. La deuxième édition de ces formations itinérantes a démarré début décembre 2018 à Parakou, dans le nord du pays. «La formation  en science robotique dure 1 mois par école. Nous apprenons aux élèves les fondamentaux de la robotique, l'assemblage et la programmation d'un robot (le mbot). Au terme de la formation, les élèves proposent un projet qu'ils font exécuter au robot», fait savoir Olukayodé Olofindji, chef de projet.  Les formateurs et coachs sont les anciens bénéficiaires de l’initiative. «Pour moi ce n’est pas fini. Je dois essayer de transmettre ce que j’ai appris aux autres filles», promet Daniella, bénéficiaire.

Un robot contre l’inondation à Cotonou

«Une fois la formation terminée dans les écoles, les meilleurs bénéficient d'une bourse de formation plus approfondie en vue de participer à des challenges internationaux», poursuit Olukayodé.  En 2017, BéninBot, l’équipe du Bénin au First Global Challenge à Washington DC, a été emmenée par FemCoders et ses « enfants roboticiens.» Le Bénin avait terminé la compétition 7ème au monde sur 163 pays compétiteurs et 1er en Afrique sur 40 délégations.  En 2018, le Bénin n’a pas pu y participer, faute de visa. Mais BéninBot s’en est sorti avec une récompense. Rachael Urumor a reçu le prix de meilleur mentor au niveau mondial. «C’est un privilège que le peu de travail que nous faisons est reconnu de façon global», se réjouit-elle avec humilité. «Ils ont aussi tenu compte du fait que c’est déjà très difficile d’avoir une initiative comme le nôtre au Bénin, soutient-elle. Ce n’est pas évident du tout. Même jusqu’aujourd’hui lorsque nous disons aux gens que nous formons les enfants en robotique, les gens nous demandent si c’est même possible au Bénin.»

Rachael Urumor, présidente de FemCoders pour la robotique au Bénin La présidente de l'initiative FemCoders , Rachael Urumor, parle de ses perspectives

Dans ce «contexte social», enchaine Rachael Urumor, FemCoders connait des «difficultés d’ordre financier. Les investissements en robotique sont très lourds, les robots sont très chers et aussi avoir une salle robotique demande de grands moyens financiers.» Malgré ça, FemCoders rêve grand. Urumor et son équipe veulent apporter, par la robotique, une solution au problème des inondations à Cotonou. «On va construire un robot mobile qui va permettre l’extraction de l’eau, le traitement, puis l’approvisionnement dans les zones dans le besoin, annonce-t-elle. Nous avons déjà bâti le prototype. Nous avons fait certaines simulations qui sont très prometteuse. Il ne nous reste que le financement pour sortir notre idée du laboratoire.» En plus de ce robot anti-inondation, FemCoders projette la création de deux centres. Le premier sera dédié à la formation en science robotique. Le second sera un centre d’exposition des réalisations robotiques des Béninois. «Je pense que si nous arrivons à faire cela, nous allons impacter tout le monde », assure Rachael Urumor.


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