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Bénin-Veille citoyenne à Cotonou (4/6): tac au tac entre l’administration Gnonlonfoun et OSC

Falilatou Titi
publié le 28 janvier 2019

Aux prises sur la question de la veille citoyenne, l’administration du maire intérimaire de Cotonou Isidore Gnonlonfoun et les organisations de la société civile devant scruter la gouvernance locale s’embrouillent à la recherche de collaboration.

isidore gnonlonfoun et la veille citoyenne à Cotonou Pas encore d'entente entre l'administration du maire Gnonlonfoun et les OSC sur leur collaboration

 

Principal gendarme de la veille citoyenne, le cadre de concertation des Organisations de la Société Civile de Cotonou (CC. OSC. Cotonou) estime que ses actions sont torpillées par les acteurs politiques. Il les accuse de dissimulation de documents indispensables pour assurer efficacement un contrôle citoyen de la gouvernance locale.

 Selon le président du CC. OSC. Cotonou, Grégoire Glowé, ce n’est qu’en août 2018 qu’il a eu accès au Plan annuel d’investissement (PAI), alors qu’il le demandait depuis janvier. « Pour Cotonou, le problème qui se pose, c’est les documents c’est-à-dire le PAI ou le PDC (Plan de développement communal). Si vous n’avez pas ces documents-là, vous ne pouvez pas contrôler parce qu’il faut savoir ce qui est prévu, ce qui a déjà été fait et ce qui n’est pas encore fait. Dès lors, vous pourrez faire la comparaison et dire ce qui va et ce qui ne va pas », pointe-il pour montrer la pertinence de ce qu’il dit.

Une accusation que rejettent les responsables de la mairie de Cotonou. Pour Irène Kossou Dadjo, chef service des études de la politique urbaine des zones d’activités à la Direction de la Prospective et de la Programmation (DPP) de la mairie de Cotonou, c’est parce que les OSC ne frappent pas à la bonne porte qu’elles n’ont pas à temps l’information qu’elles veulent. Mieux, Richard Ahlonsou, Directeur du Service à la population (DSAP), pense qu’on ne peut pas chercher un document dans une administration pendant huit (8) mois. A l’en croire, le CC. OSC. Cotonou dit des contres vérités. « Je parie que si elles viennent une, deux et trois fois, elles vont crier, elles vont mettre ça sur les réseaux sociaux. Lors de la dernière séance de reddition de compte (juillet 2018, NDLR), on a donné des documents aux ONG et on a orienté d’autres vers la DPP » a-t-il soutenu. Richard Ahlonsou estime d’ailleurs que la mairie n’a rien à cacher, surtout que les textes exigent qu’on affiche les documents.

Entre les accusations d’un camp et la défense de l’autre, on se rend compte que la collaboration entre les OSC et l’administration municipale n’est pas des bonnes.  Pour mieux cerner cet état de chose, il faut remonter au 23 novembre 2017.

La rencontre qui embrouille

Dans leur relation loin d’être une des meilleures, ils n’arrivent plus à se situer.  23 novembre 2017. Un jour important et spécial pour les membres du cadre de concertation des Organisations de la Société Civile de Cotonou (CC. OSC. Cotonou). Ce jour-là, le Maire intérimaire de Cotonou, Isidore Gnonlonfoun les a reçus en audience pour la première fois. Le cadre souhaitait échanger avec les autorités communales pour voir dans quelle mesure, ensemble, ils pourraient travailler pour le développement de la capitale économique du Bénin. Entre autres sujets à l’ordre du jour, selon le président de ce creuset, Grégoire Glowé, les feux tricolores, l’insalubrité à Cotonou, l’inondation, la gestion des caniveaux et l’incivisme des populations, la collaboration entre OSC et mairie pour régler le problème du manque de salles de classe dans certains quartiers de la ville, notamment dans le 1er arrondissement. Au terme de cette rencontre où les responsables du CC. OSC. Cotonou disent avoir été mis en contact avec le Directeur adjoint du service à la population (DASAP) d’alors pour la suite de la collaboration. On devrait s’attendre à une nouvelle ère dans la veille citoyenne. Mais, hélas !

Rencontré le 13 novembre 2018, près d’un an après, pour avoir une idée des raisons du blocage, le Maire Gnonlonfoun a paradoxalement affirmé n’avoir pas connaissance de l’existence du CC. OSC. Cotonou. « Il y a des ONG qui s’approchent de nous pour des activités relevant de leurs secteurs, mais il n’y a pas une organisation faitière qui regroupe l’ensemble des OSC au sein de la ville de Cotonou de sorte qu’il devienne un creuset de veille citoyenne » a-t-il déclaré.

Parvenue aux oreilles de Grégoire Glowé, cette déclaration du maire va le mettre dans tous ses états. Entre interjections, surprise, étonnement et déception, le leader du CC. OSC. Cotonou n’en revient pas. Comment prouver le contraire des déclarations du maire ? Sur le champ, il farfouille dans les archives du cadre. « Il a dit ça ? », s’indigne-t-il. « Il ne peut pas dire ça » rejette-il, tout déçu. Dans ses recherches, il sort enfin le cahier dans lequel sont inscrits les courriers sortis et entrés du creuset. Dans ce cahier, il est effectivement noté le départ d’un courrier à la mairie de Cotonou le 12 novembre 2017. «Mais cette preuve ne suffit pas», lui avons-nous lancé. « Revenez demain, je vais vous apporter le rapport et la liste de présence de notre séance avec le maire », nous a-t-il promis.

Grégoire Glowé assure que « le maire connaît le cadre » et apprend : « Le jour où il nous a reçus, nous lui avons remis les documents administratifs du cadre ». Dans la foulé, Grégoire Glowé pianote son téléphone et appelle Emmanuella Hèkpazo, celle qui a négocié et arrangé le rendez-vous. Bras technique de la maison de la société civile pour le Littoral, elle confirme également la séance du 23 novembre 2017 entre le CC. OSC. Cotonou et le maire Gnonlonfoun. Déçu et déterminé à apporter les éléments probants de la rencontre avec le maire, Grégoire Glowé quitte son bureau plutôt que prévu. Autour de 17 heures 30, il nous appelle pour nous lire les notes qu’il avait prises ce jour-là, en attendant de trouver le rapport proprement dit.

A sa suite, un ancien cadre de la mairie a reconnu avoir pris part à une séance avec le CC. OSC. Cotonou et le maire Gnonlonfoun en novembre 2017. Emmanuella Hèkpazo, la référente de la maison de la société civile qui a arrangé le rendez-vous aussi, se dit surprise de la réaction de l’autorité municipale. Malgré ce qu’elle nous avait dit au téléphone, nous avons souhaité la rencontrer pour en savoir plus. « J’ai fait un courrier de demande d’audience. J’ai pu les faire rencontrer au maire et réussi à les mettre en contact avec un cadre de la mairie pour leur collaboration. », confirme-t-elle. A défaut de nous trouver le rapport de cette séance, le président du cadre nous a envoyé la liste de présence de ladite rencontre. Il a aussi partagé, en souvenir sur son mur Facebook (Voir capture ci-dessous), un post en date du 23 novembre 2017 sur la rencontre avec le maire Gnonlonfoun.

veille citoyenne à Cotonou
Une capture d'écran du post Facebook sur la rencontre entre le maire Gnonlonfoun et des OSC de Cotonou
 

Avec ces éléments qui corroborent la thèse d’une rencontre   entre CC. OSC. Cotonou et le maire Isidore Gnonlonfoun, nous décidons de retourner vers l’autorité communale pour avoir sa réaction. Contacté puis relancer au téléphone à cette fin, le Directeur de la communication de la mairie de Cotonou, Brice Hondi a promis arranger un rendez-vous. Jusqu’à ce jour (7 décembre 2018), il n’a pas donné de suite.

 


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