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Bénin/Portrait: Yissegnon, la divorcée du journalisme pour les mariages

Léonce Gamai
publié le 8 juin 2019

Après une dizaine d’années dans les médias, Yissegnon Huldah Oussa a décidé de tout arrêter pour se lancer dans le business de l’évènementiel. Rêves et réalités d’une wedding planner (organisatrice de mariage) de Cotonou.

weeding planner au Benin La journaliste Huldah Yissegnon s'est reconvertie avec succès dans l'organisation de mariage

 

Afiavi et Kouadio décident de se marier. Leur rêve, faire de ce mariage un instant féérique. Les deux partenaires décident alors de recourir aux services d’un prestataire pour coordonner une partie ou l’entièreté de la célébration de leur union devant Dieu et devant les Hommes. Du choix des tenues des mariés au code vestimentaire pour les invités en passant par la restauration, l’orchestre, la pâtisserie, la maîtrise de cérémonie, le protocole, etc. Ces prestataires, on les appelle wedding planner. Depuis trois ans, c’est ce que fait Yissegnon Huldah Oussa, après une dizaine d’années dans le journalisme audiovisuel. «Au Bénin, les gens n’aiment pas confier l’organisation de cérémonie tels que le mariage et les obsèques à des gens étrangers à la famille. C’est des choses qui se gèrent par la famille. C’est intime», relève Huldah. «Les gens vous interrogent aussi sur votre expérience et cherchent à savoir si vous êtes vous-même mariée», ajoute-t-elle.

Pourtant, malgré ces défis, à travers son agence d’évènementiel GG Events, l’ancienne journaliste télé prend de l’envol dans un secteur d’activité relativement récent au Bénin. Elle qui rêvait d’arborer la robe rose pour travailler à donner la vie.

Un an de déception

«A la base, depuis l’enfance, j’ai toujours voulu être sage-femme. Après, par la force des choses, je suis rentrée dans les médias. J’ai fait un BAC G, ensuite j’ai fait la communication à l’université », raconte Yissegnon.

«Mais, j’aime tout ce qui est beau, poursuit-elle. Déjà, lorsque j’étais à LC2, je devais pré-visualiser les films avant leur diffusion, notamment les feuilletons. Aussi, je lisais beaucoup.» 

Dans ses lectures, notamment sur Internet, Huldah dit être tombée sur une annonce de formation en wedding designing (conception de cérémonie de mariage) par une structure basée aux Etats-Unis.  «J’ai alors décidé de faire cette formation et je l’ai faite. J’avoue qu’au début, personne ne croyait en moi. Les gens se demandaient si un tel marché de wedding planning existait au Bénin », rapporte-t-elle.

Après sa formation, Huldah est restée un an sans marché de mariage. Elle a dû se faire embaucher, sur la base de ses compétences en médias, dans une grosse compagnie maritime de la place. Mais «après un bout de temps », elle s’est résolue non seulement à rentabiliser sa formation en wedding design, mais aussi et surtout à vivre sa passion. «J’ai démissionné et j’ai décidé de me consacrer à l’événementiel. Je me suis dit que même si j’avais passé un an sans avoir de marché, j’en obtiendrai un jour. Je me suis alors lancée.»

Mise véritablement sur les rails il y a trois ans, son agence fait dans l’organisation des mariages et de tout type d’évènement public et privé. « On offre beaucoup de services y compris la conception, le planning, l’organisation de l’évènement », renseigne la chargée de communication de GG Event, Rudelle Aboua.

Relationnel

«J’organise tout type de mariage: musulman, catholique, évangélique, protestant, les cérémonies de dot africaines (traditionnel). La formation reçue me permet de faire tout type de mariage, même celui d’un militaire », apprend Yissegnon. Mais comment arrive-t-elle à prospérer dans un contexte sociologique où le mariage relève de la compétence familiale ? « Ce n’était pas facile », admet-elle.  «Je me rappelle que le premier mariage que j’ai organisé était celui de ma cousine, narre Huldah. Il y a trois ans. Je n’avais même pas encore fini ma formation et je lui ai proposé de l’organiser. Elle se demandait si je pouvais y arriver. Je n’avais pas de formation en décoration. Je me suis faite assister par un ami. A la fin, ma cousine a apprécié.» Huldah ajoute avoir été ensuite sollicitée pour l’organisation du mariage d’un membre de sa belle-famille. Elle a alors «compris qu’au Bénin, surtout si tu n’es pas issu d’une famille très nantie, c’est difficile d’avoir du succès dans le wedding planning, c’est un métier relationnel. C’est quand tu l’as bien fait qu’on peut te recommander.»  

Petit à petit, l’oiseau fait son nid

Progressivement, depuis le siège de son entreprise à Akpakpa (un quartier de Cotonou), Yissegnon tisse sa toile et se voit aujourd’hui dans le top du cercle restreint des wedding planners professionnels du Bénin. «Souvent, les gens viennent vous voir pour solliciter vos services, mais n’ont pas de budget pour leur mariage. Une fois dans le feu de l’organisation, on vous demande de resserrer les dépenses. Je recommande aux gens de toujours préparer un budget pour leur mariage, peut-être déjà un an avant», conseille Huldah.

«En réalité, s’en félicite-t-elle, à travers nos prestations, on aide des clients à faire des économies. Pour chaque aspect du mariage, moi j’ai des partenaires qui me facturent à des prix préférentiels.»

La promotrice de GG Events souligne qu’à ses débuts, elle acceptait des marchés de petits budgets avec beaucoup de travail. «Je sortais même endettée à la fin de certains marchés», s’en souvient-elle. Mais aujourd’hui, avance la promotrice de GG Event, «quand le budget est insuffisant, je le dis clairement au client»

Portée par une équipe de collaborateurs «dynamiques» et «professionnels» à qui elle raconte fréquemment sa propre histoire comme source de motivation, Huldah voit GG Event implanter des cellules dans tous les pays d’Afrique de l’Ouest d’ici quelques années. 

La passion du beau

Yissegnon Huldah Oussa, comme elle le conseille aux jeunes femmes entrepreneures, veut « foncer » parce qu’elle est « convaincue de la justesse de ses idées. Il ne faut jamais se décourager.» Elle avoue qu’il lui arrive de se retrouver dans des situations décourageantes. Et quand cela se produit, elle a envie de jeter l’éponge, mais se remet en selle lorsqu’elle revit les efforts fournis et la vision définie. «Il ne faut pas s’attendre à réaliser de gros profits dès le départ, mais avec le travail, ça paie toujours », assure la wedding planner, le regard fixé sur un pot de fleur de son bureau qui porte l’inscription : «la passion du beau.»

 


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