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Bénin : libéré de la peur, le voisinage de Yayi raconte le départ des policiers

Gildas Salomon
publié le 22 juin 2019

Pendant la nuit du vendredi 21 au samedi 22 juin 2019, le dispositif sécuritaire autour du domicile de l’ex-chef d’Etat Boni Yayi au quartier Cadjèhoun a été levé. Dans les rues et ruelles du quartier désormais libérées, riverains et usagers racontent cette expérience unique qui relève du passé.

voisinage-yayi-boni-cotonou Des voisins de Boni Yayi à Cadjèhoun

Samedi 22 juin 2019. 9heures 35 au quartier Cadjèhoun. Plus de barricades, plus de présence policière autour du domicile de Boni Yayi. Les uniformes à dominance bleue auxquels sont habitués depuis 52 jours les riverains de ce quartier dit présidentiel ont complètement disparu. Ici, motocyclistes et piétons vont et viennent comme si de rien n’était 24 heures plus tôt. Siméon, un sexagénaire, a sa maison à quelques encablures de la résidence de l’ex-président. Il a été informé très tôt ce matin du départ des policiers de la rue. Incrédule, Siméon est sorti constater par lui-même. « Nous étions dans une psychose. Tu sors de chez toi, les policiers sont positionnés devant ta maison ça fait mal », raconte-t-il.

Carine n’est pas sortie de toute la matinée. Tard dans la nuit du vendredi, elle et son mari n’ont pas voulu se conter l’évènement. « J’étais en train de dormir lorsque j’ai été alertée par le bruit de la machine. Avec mon mari nous sommes sortis au dehors pour voir de quoi il s’agissait. C’est en ce moment qu’on a constaté qu’ils sont arrivés chercher le conteneur qui servait d’abri aux policiers», raconte-t-elle. C’est la fin de plusieurs jours de « peur » pour Carine et sa famille, mais les souvenirs sont restés. « Le 1 mai ce qu’on a vécu ici est inimaginable. C’était une terreur. Mon mari et moi avions cherché une issue pour sortir mais c’était impossible. On n’avait le sentiment d’être en guerre. Après les événements, nous avons tout abandonné ici pour nous installer ailleurs. Les enfants ont laissé les classes. Avec le temps les policiers nous ont rassurés. Mais la peur ne nous a pas quitté pour autant », laisse -t-elle entendre le visage plongé dans les souvenirs.

La peur est encore là, mais les activités reprennent progressivement

voisinage-yayi-cadjehoun Dans la rue de Boni Yayi à Cadjèhoun

Les policiers sont partis hier soir, Aline assise sous une baraque aux abords de la voie  n’en revient pas. « Ce matin quand on m’a dit qu’ils n’y étaient plus j’ai tout de suite dit que c’est un mensonge. J’avais même peur d’aller constater. Finalement je me suis décidée. Une fois au dehors, n’ayant vu aucune présence policière ou de barrière, j’ai levé le regard vers le ciel pour rendre grâce à Dieu. Parce que tout ce qui s’est passé n’est que l’œuvre du créateur. Mais est ce qu’ils ne vont pas revenir ?», s’est-elle interrogée. Pour le mari d’Aline, cette peur de sa femme est nourrie par le fait que depuis plusieurs jours, elle a le sentiment d’être en « prison. Ce n’était pas leur présence qui posait problème mais les soulèvements que ça aurait causés ».

Dans cette situation qui a nécessité une forte présence policière dans la zone, un jeune professeur de musique et graphiste à ses heures perdues en a fait les frais. « Depuis plus d’un mois, l’affluence pendant mes cours a considérablement chuté ». Bien que les forces de sécurité soient parties, le jeune entrepreneur qui  a requis l’anonymat est resté pessimiste. « Une chose est sûre, la vie ne peut reprendre que progressivement. Parce que certains gardent toujours leur distance de ce quartier. Ils ont toujours peur ». « Je me souviens qu’au début des manifestations ce n’était pas la joie. On était tous contrôlé. Il faut présenter sa pièce d’identité même après dix minutes. C’est super énervant  et des amis ou certains de mes clients ne pouvaient pas supporter ça», confie-t-il.

Des curieux et des malheureux

voisinage-boni-yayi-cotonou Libre circulation dans la rue de Boni Yayi après le départ des policiers à Cadjèhoun

Sur les médias locaux et les chaînes internationales, la nouvelle est passée comme une trainée de poudre. Curieux et usagers de la route n’hésitent pas y faire un tour. Des conducteurs de taxi-motos en rang organisé klaxonnaient pour annoncer au voisinage qu’ils peuvent librement circuler. Armand est venu d’Akpakpa constater. « J’ai appris à la radio ce matin qu’il n’y a plus de policiers au domicile de l’ancien président Boni Yayi. J’ai pris un taxi-moto depuis Akpakpa pour constater par moi-même. Je suis très heureux, même le conteneur a été dégagé et les citoyens passent librement », s’est-il réjoui. Pendant ce temps, un artisan assis dans son atelier au coin de la rue exprime sa colère. « Ce que moi j’ai vécu ici pendant le mandat de Yayi dépasse les 52 jours qu’a duré la présence des policiers devant sa maison. Père de famille, j’ai été empêché d’exercer librement mon travail afin de nourrir ma famille », a-t-il fait savoir très furieux. Sans pour autant s’adresser à l’artisan, un passant a laissé entendre que « ce n’est pas le moment de se mettre en colère mais de penser au développement du quartier et du pays ».


  • Z Florent
    il y a 5 mois

    Si après 3ans certains béninois se refusent d ouvrir les yeux, cela prouve kil y en a vraiment de désert de compétence.moi j'ai eu le temps de comprendre depuis 2016 à ce jour la valeur morale intrinsèque de chacun de nous. Ojodu je confirme bocou de soupçon sur l actuel président.mais kil comprenne kon ne fait pas le bonheur d'un peuple sans le consentement de ce peuple.ceci étant, cette gouvernance policière ne profite que lui et ses proches mais pas le peuple béninois. Il passera et le Bénin continuera d exister.et l histoire retiendra kun président avait assassiné son peuple pour des intérêts égoïstes.

  • sultan aziz
    il y a 5 mois

    Florent...!!!..je valide ton post...meme si je le trouve..incomplet.. Voyez vous...!!!....nous les beninois...avons péché..avec nos aigreurs,nos égoismes,nos hypocrisies,nos lacheté...et une certaine immaturité.. Au soir de ma vie...moi le sultan aziz...ma satisfaction...c'est que..nous les beninois...constitutions une nation..à part entière..ou les sentiments régionalistes,ethniques...n'ont plus leur place Jamais..aucune entité ethnique n'attaquera..une autre...et c'est les fruits de ouevres de kérékou (avec son prpb) et de yayi..avec son fcbe.. yayi..est entré dans l'histoire...car en effet...toutes les régions du benin..ont bénéficié de sa gouvernance..