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Pollution plastique au Bénin : des approches novatrices pour une lutte efficace

Dorice Djeton Goudou
publié le 15 novembre 2019

Le Bénin s’est doté d’une loi qui interdit la commercialisation, la production et l’usage des sachets plastiques. Deux ans après l’adoption de ladite loi, les sachets plastiques ont toujours le vent en poupe et l’on se  demande par quel moyen mettre fin à leur règne.

benin plastique Des déchets plastiques dans des ordures à Cotonou

 

Il sonne 7 h 15 ce samedi 09 novembre 2019. A cette heure, malgré les averses de la veille, le soleil darde déjà ses rayons sur le quartier non loin de l’exutoire à ciel ouvert du marché St Michel de Cotonou. Là, dame Assiba vend de la bouillie de mil et des beignets de farine de blé communément appelés ‘’Yovodoko’’. La trentaine révolue avec un grain de beauté en dessous du nez et dans un caftan local ‘’Bomba’’, ses clients (une douzaine) attendent déjà et mettent la pression. « Bouillie pour 100 F et beignets pour 150 F dans sachet. Et j’ai un billet de 500 F », lance d’une voix fine, une cliente. Une autre fait la même commande, puis une troisième…  Dame Assiba, d’un geste rapide récupère un sachet de couleur noire sous son étalage puis sert à tour de rôle, chaque catégorie de met dans un sachet plastique. Sa maestria à attacher les différents sachets pourtant interdits surtout ceux de bouillie a épaté tout le monde. De tout ce beau monde,  seul  Dovi, un quinquagénaire a acquis sa bouillie dans une petite glacière à l’avant de son véhicule.

A quelques encablures de ce caniveau à ciel ouvert du marché St Michel, une discussion retient notre attention entre Janette, grossiste de sachets plastiques et l’une de ses clientes de vieille date. Celle-ci lui indique un sachet dans lequel, elle a pris l’habitude de vendre du charbon au quartier. Sa longueur fait que les clients s’imaginent que le charbon y est en quantité suffisante. Une autre cliente plus âgée que la première en voulait de plus petits pour pouvoir y emballer ses boulles d’akassa. Nos regards se croisent et nos questions gênantes. A la place du sachet,  serait-ce possible d’utiliser des feuilles ? lui a-t-on demandé. Sa réponse ne s’est pas fait attendre : «  A Cotonou, où voulez-vous qu’on trouve de façon régulière et en quantité suffisante, des feuilles afin d’emballer  plus de 1 000 boules d’akassa par jour ? », nous a lancé rageusement Tangni Kpévi, la quarantaine et vendeuse d’akassa à Gbégamey, l’un des quartiers populaciers de Cotonou. Cependant, malgré sa logique commerciale relative à l’inexistence d’emballages appropriés, elle est consciente des nuisances  des sachets en plastique sur la santé. 

Un phénomène qui persiste

Les sachets plastiques sont très utilisés comme emballages au Bénin. Mieux, ils constituent une grande proportion des ordures ménagères.  Pourtant, la loi 2017-39 du 26 décembre 2017, portant interdiction de la production, de l’importation, de l’exportation, de la commercialisation, de la détention, de la distribution et de l’utilisation des sachets en plastique non biodégradable en République du Bénin, n’a pas encore permis aux sachets biodégradables de commencer leur règne au Bénin. Comme la vendeuse de bouillie, nombre d’activités (poissonnerie, épicerie, vente de céréales, commerce de nourritures, d’eau fraiche en sachet communément appelée ‘’Pur Water’’…) continuent de recourir aux sachets plastiques interdits. 

A l’instar de ce quartier, dans d’autres localités de Cotonou et du Bénin, on y trouve diverses sortes de sachets en plastique de multiples tailles et de différentes couleurs. 6 mois après l’adoption de la loi, une vague de répression avait permis aux commerçantes de surseoir momentanément à la vente des sachets en plastique. Mais les autorités en charge de la lutte ayant  baissé la garde les anciennes pratiques ont refait surface. Le commerce et l’usage des sachets en plastiques  ont repris de plus belle.

Ce que dit la loi…

L’article  5 de la loi dispose  clairement que : « sont également interdits le déversement, le jet des sachets en plastique dans les rues et autres lieux publics, en milieu urbain et rural, dans les infrastructures des réseaux d’assainissement, dans les cours et plans d’eau et leurs abords, par-dessus bord des véhicules.» L’article 6 vient préciser  les catégories de sachets acceptées. On peut y lire : « Les types de sachets en plastique dégradables autorisés en République du Bénin sont notamment : les sachets bio-fragmentables, les sachets hydro-biodégradables, les sachets Oxo-dégradables, les sachets photodégradables.

Quid des sanctions…

Des amendes de cinq mille (5. 000)  francs CFA à vingt millions (20.000.000) de francs CFA constituent l’essentiel du montant dont il faut s’acquitter  lorsqu’on enfreint  la loi sur l’interdiction des sacs plastiques. L’article  11 dispose par exemple que : « Toute entreprise qui produit ou importe les sachets en plastique en contravention des dispositions de l’article 5 est punie d’une amende de dix millions (10.000.000) de francs CFA à vingt millions (20.000.000) de francs CFA et d’un emprisonnement de trois à six mois ou de l’une de ces deux peines seulement. En cas de récidive l’amende est portée au double. Et l’article 12 rappelle que : « Quiconque commercialise, distribue et détient les sachets en plastique en contravention des dispositions de l’article 4 est puni d’une amende de cent mille (100.000) francs CFA à cinq millions (5.000.000) de francs CFA ».  Il est aussi évident depuis deux ans que la loi a été adoptée, que les citoyens  béninois savent qu’elle existe  mais ils n’en maîtrisent peu être pas le contenu. Il serait  donc judicieux de la vulgariser même si nul n’est censé ignorer la loi.  Aline Tomadé, étudiante en 3ème année de droit estime que cette vulgarisation est pressante tout au moins  les dispositions qui interpellent directement le citoyen lambda.

A ce propos, les articles 13 et 16 stipulent respectivement que : « Quiconque déverse ou jette les sachets en plastique dans les infrastructures des réseaux d’assainissement, dans la mer, les cours et plans d’eau et leurs abords est puni d’une amende de cent mille (100.000) francs CFA à cinq cent mille (500.000) francs CFA. En cas de récidive l’amende est portée au double » et que : « Toute personne qui jette un sachet en plastique par-dessus bord des véhicules est punie d’une amende allant de cinq mille (5000) francs à cent mille (100 000) francs CFA. Le propriétaire du véhicule par-dessus bord duquel les sachets en plastique est jeté est également puni d’une amende de cinq mille (5000) francs CFA ».

Avons-nous les moyens de contrôle ?  

Selon Clément Kotan,  directeur général de l’Unité de protection de l’environnement (UPE), « la pollution plastique est la pollution due à l’utilisation des sachets en plastique. Ces derniers fabriqués à base des déchets d’hydrocarbure ont une durée de vie presque illimitée. Et lorsque qu’un sachet est jeté dans la nature, il ne verra pas sa destruction dans les meilleurs délais de notre existence du fait de la composition chimique ».  Pour ce spécialiste, la lutte contre les sachets biodégradables s’impose et l’on peut se réjouir du fait que le Bénin dispose d’une loi qui interdit l’usage du sachet en plastique non biodégradable. Il a également affirmé que les conséquences des sachets en plastique sur l’agriculture, la pêche, les lagunes, les rivières et la santé ne sont  plus à démontrer.

sachet L'usage des sachets plastiques se poursuit malgré l'existence de la loi

Certes, une loi est prise et les dispositions de mise en application existent, mais des préoccupations quant à son application stricte demeurent. « Comme tous les pays qui ont pris cette loi avant le Bénin, nous avons été confrontés à un problème de fond qui doit nous ramener à l’objectivité et  à l’esprit de la loi », explique Monsieur Kotan, le directeur de l’Unité de Protection de l’Environnement.  Et quand on s’en tient au texte, désormais les sachets qui rentrent au Bénin doivent être non biodégradables. Mais il y a lieu de  réfléchir à la manière d’engager la lutte. « Le coût de ces sachets biodégradables n’est-il pas onéreux pour les commerçants ? Avons-nous beaucoup d’importateurs de sachets biodégradables qui veulent prendre ce risque? Avons-nous des fabricants de sachets dégradables  qui veulent  le faire en masse afin de couvrir tout le territoire Béninois ?  Avons-nous les moyens de contrôler les sachets qui entrent au Bénin ? ». S’interroge l’expert.  ses interrogations sont largement partagées par Dame Carine Noukpéwou, commerçante de sachet en plastique. « Dès que nous aurons des emballages pouvant remplacer les sachets en plastique à un coût réduit, nous permettant de poursuivre notre commerce afin de nourrir nos enfants, nous n’aurions plus aucune raison de poursuivre la commercialisation des sachets en plastiques. Que l’Etat joue son rôle d’abord », confie-t-elle.    

Une prise de conscience collective s’impose

Autant d’interrogations qui visiblement révèlent une fois encore que la lutte contre la pollution plastique doit être repensée. Des dispositions idoines doivent être prises  avant d’amorcer encore une quelconque répression.  Pour Kotan,  du fait les dégâts énormes des sachets non biodégradables sur l’environnement et la santé, une prise de conscience collective s’impose  pour mener ensemble cette lutte.

Cette prise de conscience collective  suppose que celui qui achetait le ‘’Pur Water’’ à 25 FCFA ne doit plus rechigner pour l’acheter à 35 FCFA, parce qu’entre temps, les producteurs se sont tournés vers des sachets dégradables où autres emballages  recommandés par la loi. 

Engager résolument les femmes 

Elles sont presque à tous les échelons. Grossistes, semis grossistes, détaillantes, vendeuses de nourriture, mères de famille, vendeuses de ‘’Pur water’’. Du retour du marché ou des emplettes au quartier, elle en ramène par dizaine à la maison.  La bonne dame, vendeuse de nourriture ne peut s’en passer. Les femmes constituent une cible capitale à impliquer dans la lutte contre les sachets en plastique si l’on tient à enrayer ce phénomène. « L’éducation des jeunes notamment des  femmes à l’environnement doit être une priorité », préconise Ahankpa Jocelyne.  « Il existe aujourd’hui la possibilité de sensibiliser les femmes via les réseaux sociaux en utilisant des articles, des messages et des vidéos tout en montrant des statistiques sur les dommages que créent les sachets plastiques sur l’environnement », explique Kakpo Oboubé Francine, bloggeuse sur les questions environnementales.

Bien que des initiatives sociales telle que ‘’Sachet Hélou’’ existent au Bénin,  il faudra instaurer un système de collecte efficace des déchets en  plastique dans les communes et arrondissements sous la tutelle des autorités locales. 

Selon Didier Hubert Madafimè, journaliste spécialiste des questions environnementales et expert en gestion des risques et catastrophes, « Il y a eu tellement de confusion au niveau des sachets biodégradables qui doivent remplacer les autres sachets en plastique que personne ne sait au Bénin actuellement  qui utilise quoi ».

ordure Des déchets plastiques dans un collecteur de Cotonou

 

Pour cela, il préconise une gestion plus décentralisée de la lutte contre la pollution environnementale plus précisément de la pollution plastique. « L’Etat central ne doit plus être entrain de s’occuper de la gestion des déchets notamment ceux des sachets plastiques. On peut ‘’territorialiser’’ ces questions puisque la décentralisation nous a permis d’avoir des chefs d’arrondissements et des chefs quartiers, qui sont à la tête de petites unités administratives donc plus proches des communautés à la base », avance le spécialiste. Le chef quartier maitrise mieux les dames qui gèrent de petits commerces dans lesquels elles vendent le sachet.  Si on outille les unités administratives locales et qu’on les implique résolument dans la lutte contre la pollution plastique, il  existe de fortes chances que la lutte contre la pollution soit une réalité. Pour Noémie Dossivi, c’est bien de que des lois soient votées mais c’est mieux de les vulgariser.

 


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