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Diaspora: rapide «Que-sais-je ?» du mouvement migratoire des Béninois

Olivier Ribouis
publié le Jan 29, 2020

Installés un peu partout en Afrique, en Europe, en Amérique et ailleurs dans le monde, les Béninois ont un mouvement migratoire pas comme les autres. A un moment où la migration est au cœur des préoccupations planétaires, Banouto a obtenu des réponses sur les destinations des Béninois dans un entretien avec des cadres de l’Agence nationale de la migration et de la diaspora (ANMD).

frontiere La frontière Bénin-Nigeria de Sèmè-Kraké

 

Macaire Adjovi, il est le patron. Alice Gnansounou, elle est chef du département "Etudes et gestion des projets. Et lui, Asséréhou Karl Hector Eteka, c’est le chef du département Réinsertion. A trois, ils forment le trio de tête de l’Agence nationale de la migration et de la diaspora (ANMD). Quand Banouto a décidé d’aborder la question des destinations des Béninois à l’étranger en 2019, soit plus de 08 ans après le dernier profil national de la migration qui date de 2011, c’est avec eux qu’on a échangé. A la quête d’un rendez-vous, après plusieurs échanges par messagerie et appels avec le Directeur alors en déplacement, c’est finalement dans l’après-midi du 15 juillet que les trois responsables réunis vont se prêter aux questions dans leurs locaux sis au troisième étage d’un immeuble au Ministère béninois des Affaires étrangères.

Très craintifs des médias béninois qu’ils jugent peu professionnels et précautionneux à la limite pour ne pas dire des inexactitudes en absence de données actuelles sur la migration des Béninois, ils vont finir par se laisser à aller.  Alice Gnansounou qui dirige la section des "Etudes et gestion des projets'' est la première à nous répondre à la demande de son directeur.  « Le flux migratoire béninois est beaucoup plus consacré à l’Afrique où on a à peu près 80% de la migration. Le reste est dirigé vers les autres pays », fait-elle savoir à la question sur les destinations des Béninois de l’étranger. Part importante de la colonie béninoise hors du pays, la diaspora africaine du Bénin s’investit principalement dans les métiers du bâtiment. « En Afrique, la majorité de notre diaspora est concentrée sur la main d’œuvre. Si les Béninois bougent, c’est pour constituer la main d’œuvre dans les secteurs du bâtiment et autres », renseigne Alice Gnansounou.

Hors du continent africain, pour ce qui est du reste des Béninois vivant loin de la terre de leurs ancêtres, ils sont nombreux en France et dispersés également en petit nombre ailleurs. « On a une grande diaspora en France. Récemment, les nouvelles destinations où on trouve beaucoup plus de Béninois sont vers le Canada et les Etats-Unis. Après la France en Europe, les Béninois sont principalement en Belgique et très peu en Asie », dit-elle pour ce qu’elle en sait.

Taciturne face au micro de Banouto, le chef division Réinsertion, Hector Eteka prié de renchérir les réponses de sa collègue, a son opinion du rapport des Béninois avec la migration. « Le Béninois n’est pas forcément quelqu’un qui est porté sur la migration. S’il sort, c’est pour une opportunité de boulot ou d’étude. Ce n’est pas dans les habitudes des Béninois de prendre le désert ou de sauter dans des bateaux », soutient-il. Les nomades séculaires, de son point de vue, sont ailleurs. Ce responsable se refuse d’évoquer des chiffres des Béninois de l’Extérieur. « Si aujourd’hui, on communique des chiffres, ils ne seront pas exacts. Au niveau de nos ambassades et nos consulats, les Béninois ne vont pas se faire enregistrer quand ils sont quelques parts. C’est parfois quand ils ont des problèmes que vous les voyez se présenter ». Mais il assure, « bientôt on aura une étude par rapport à la migration des Béninois ».

On rembobine

A la différence de ses collaborateurs, le Directeur de l’Agence nationale de la migration et de la diaspora est en mesure d’éclairer un peu plus sur les positions des Béninois en attendant des chiffres d’étude. Macaire Adjovi remonte aux origines des déplacements de Béninois à l’étranger. « L’émigration béninoise a une histoire. », commence-t-il avec aisance. « Cela remonte à la période coloniale où les nôtres ont commencé par émigrer de force », ajoute M. Adjovi qui revient sur l’histoire coloniale avec la déportation des Noirs.

Le Bénin, ex-Dahomey, a perdu un lourd tribut dans les 300 années noires de la traite négrière. Ce fils de Ouidah reconnaissable par son patronyme, ville mémoire des dégâts de l’esclavage au Bénin, apprend qu’à l’abolition de l’esclavage en 1848, il a été observé un retour d’anciens esclaves ou leurs descendants qui se sont installés le long des côtes béninoises.  A Sèmè, proche de Porto-Novo la capitale du pays depuis son accession à l’indépendance le 1er août 1960, une bonne partie à Ouidah et une autre à Grand-Popo.

« Revenus du Brésil, des Etats-Unis, ceux-là connaissaient déjà l’importance de l’école. Ils se sont organisés pour installer des écoles à Ouidah. Les deux premières écoles ont été créées à Ouidah. La première a été créée en 1860 et la deuxième en 1861 ». Avec ses écoles, le Bénin, ex-Dahomey souligne Macaire Adjovi a eu les premiers cadres a fournis beaucoup de cadres que le colonisateur français a employé pour animer l’administration dans plusieurs autres colonies. « C’est par là que la migration béninoise a commencé. Dans les années 50 nous avions déjà près de 6000 Béninois qui animait l’administration ivoirienne. C’est la même chose au Gabon, au Niger », rembobine le directeur de l’ANMD. Depuis lors, poursuit-il dans l’historique de la migration béninoise, « l’émigration des Béninois avait commencé par là et cela s’est propagé. Nous avons commencé par avoir des colonies un peu partout. Nous avons une forte colonie en Côte d’Ivoire, au Gabon. Tous les anciens Gabonais ont connu au moins un professeur béninois ».

Il soutient également qu’aujourd’hui, la majorité de la diaspora béninoise se trouve en Afrique.  Pour ce qui est de la diaspora béninoise en France qui est la plus dense d’Europe, son estimation est de près de 6%. Il renchérit, « comme l’a dit ma collègue, la plupart des Béninois se trouvant dans les pays de l’OCDE, sont des gens hautement qualifiés. Ils ont au moins un diplôme universitaire. La France était une destination prisée pour les études supérieures… Il y a des Béninois dans les autres pays européens, mais pas en grand nombre ».

Du côté des Amériques, les responsables de l’ANMD constatent que depuis quelques années, le Canada et les Etats-Unis ont commencé par développer une politique positive d’immigration qui attire les gens et les Béninois ont commencé par émigrer vers ces deux pays. « La diaspora béninoise dans des ces deux pays pourrait être évaluée à 1% », pense Macaire Adjovi. Ces dernières années, il faut dire que beaucoup de Béninois choisissent le Canada comme pays de destination pour les études supérieures.

En Asie et au Moyen-Orient, il ressort que les Béninois sont présents en infirme partie.  « Il y a quelques Béninois dans les pays du Golf, le Koweit, l’Arabie-Saoudite… dans les travaux de ménage » renseigne-t-on et « en Asie, les Béninois vont en Chine pour le commerce, mais, pas pour s’y installer ».

Des 80% de la diaspora en Afrique

Puisque c’est en Afrique qu’on retrouve le plus grand nombre des Béninois de l’étranger, on s’est penché sur les pays où ils se concentrent.  En tête, le Nigéria. « Beaucoup de Béninois travaillent là-bas dans le bâtiment. La plus forte diaspora béninoise aujourd’hui se trouve au Nigéria », apprend le patron de l’ANMD. Et ce n’est pas un hasard. Avec le géant de l’Est, le Bénin près de 1700 kilomètres de frontière.  « Nous partageons la même culture.  Le Bénin et le Nigéria ont des relations commerciales très avancées, par conséquent il y a beaucoup de nos compatriotes qui émigrent au Nigéria. Beaucoup de Béninois travaillent là-bas dans le bâtiment », a expliqué le responsable qui promet la disponibilité des résultats d’une étude pour les détails sur la diaspora béninoise. 

Après le Nigéria, les Béninois sont également nombreux en Côte d’Ivoire, au Gabon, au Togo. On les retrouve en nombre non moins négligeable au Congo-Brazzaville, en Guinée-Equatoriale, au Sénégal. A part ces pays, au Maghreb et ailleurs sur le continent, on retrouve des Béninois dont on saura certainement plus, à l’avènement du prochain profil migratoire du Bénin.


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