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Accès des femmes à la terre au Bénin : les contributions de Konrad Adenauer Stiftung

KAS EWOH 2
publié le Jun 3, 2020

« (…) Cela me parait comme un rêve car, j’ai eu le courage de revendiquer mes droits et je deviens propriétaire d’un demi hectare de terres. Ces terres m’appartiennent et ma vie a complètement changé. Au décès de mon mari, je me suis retrouvée sans rien et j’allais chercher du bois dans la brousse pour vendre et c’est avec ça que je nourrissais mes orphelins. Je bénis la Konrad Adenauer qui est venue nous sortir de la misère (…) ». La situation actuelle de cette veuve et de beaucoup d’autres femmes illustre bien l’atteinte des objectifs fixés par la Konrad Adenauer Stiftung (KAS) à travers la mise en œuvre du Projet EWOH2 dans les départements pilotes du Bénin. 

acces-femmes-terre-benin Des femmes à la terre à Bonou (Crédit photo:  PNUD-Bénin/ Elsie Assogba)

La quarantaine avancée, veuve Bonou Céline est fière de nous conduire dans son champ. Un vaste étendu - à Bamè, un village situé dans la commune de Zangnanado, sur laquelle plusieurs cultures vivrières y sont produites : Soja, riz, canne à sucre et quelques légumes.

A l’instar de la veuve Bonou Céline, il y a Mélanie Dègan et Henriette Agossou, toutes trois des femmes ayant eu le courage de revendiquer leur droit d’héritage et ont obtenu gain de cause. Aujourd’hui, propriétaires de terres, elles se réjouissent des retombées des actions de la KAS qui comme un messie a mis fin à leurs misères.  L’une d’entre elles se disait tirée d’un profond sommeil et que la Konrad Adenauer est un éveilleur de conscience.

Les graines d’espoir  mises en terre par la Konrad Adenauer Stiftung (KAS) à travers la mise en œuvre du Projet EWOH2 commencent par faire des émules dans les départements pilotes : Atlantique, Littoral et Zou. L’objectif à termes consiste à : assurer la sécurité alimentaire et nutritionnelle des femmes et enfants ; réduire la pauvreté sous toutes ses formes ; assurer l’éducation des enfants, surtout des filles en milieu rural  et accompagner les femmes pour leur autonomisation afin qu’elles puissent participer au développement économique de leur localité. Il s’agit-là de l’atteinte d’un certain nombre d’Objectifs de développement durable (ODD) prévue pour l’agenda 2030.

En matière foncière, les choses ont changé

En réalité, elles ne sont pas légions, ces femmes propriétaires de terres et détentrices de titres de propriété à la suite de leurs droits de revendication des terres d’héritage. Avec l’appui des Osc impliquées dans le combat sur le droit d’accès, de contrôle et de revendication des femmes à la terre et la sécurisation foncière en milieu rural, quelques-unes mènent déjà des démarches sur le terrain en vue de jouir de leur droit de propriété ou de sécuriser les terres mises à leur dispositions pour exploitation à titre de bail ou de location.

Partout, les populations de manière générale se rendent compte que quelque chose a changé en matière foncière : l’encadrement des transactions foncières, l’implication effective des femmes dans la gestion foncière et le respect des droits d’accès des femmes à la terre et aux ressources naturelles. Particulièrement, les acteurs fonciers (les Commissions de gestion foncière (CoGeF), les sections villageoises de gestion foncière (SVGF), les chefs des services des affaires domaniales (CSAD), les conseillers communaux, les leaders d’opinions, les chefs traditionnels, coutumiers et religieux. « Tous se sont rendus compte qu’il y a un nouveau dispositif de sécurisation du foncier et d’encadrement des procédures y relatives » témoigne Xavier Zola, Directeur de la Formation à l’Agence nationale du Domaine et du Foncier (ANDF)

Le mérite du projet EWOH2

bokpe-gnacadja Me Huguette Bokpè Gnacadja

Depuis la mise en œuvre du projet EWOH2 en 2016, presque les mêmes catégories d’acteurs diversifiés, (acteurs potentiels de gestion foncière au niveau local) sont sensibilisées et formées dans l’optique d’une dynamique du changement pour un accès des femmes à la terre. La KAS a multiplié ses actions de renforcement des capacités dans les communes ci-après : Zè, Toffo, Tori-Bossito, Kpomassè et Ouidah pour le compte des départements de l’Atlantique et du Littoral et dans les communes et arrondissements du Zou, notamment Bohicon, Djidja, Sawlakpa, Zakpota, Kpakpamè, Covè, Zagnanado, Sagon, Bamè, Aïzè et Ouinhi. Il s’agit des Femmes leaders des Ong et Osc (Organisations non gouvernementales et Organisations des sociétés civiles), structures de promotion et de défense des droits des femmes et des filles ; des Groupements de femmes agricultrices, des Femmes leaders élues locales et communales ; des Chefs d’Arrondissement, des responsables des Centres de Promotion sociale du ministère des Affaires sociales (auxquelles les femmes se réfèrent en cas de difficultés) ; des responsables départementaux du ministère de l’Agriculture, d’Elevage et de la Pêche (MAEP) ; des structures décentralisées de l’Andf (CoGEF, SVGF) et les chefs services des Affaires domaniales au niveau des mairies. Tous ces acteurs au niveau étatique et local ont-ils été sensibilisés sur leurs rôles et responsabilités à faciliter les droits d’accès des femmes à la terre.

Par  ailleurs, des tables rondes et dîners de gala sont organisés à Cotonou, Bohicon et Ouidah avec députés (législateurs), des hommes et femmes politiques d’obédience différente pour initier le dialogue sur la problématique en vue de trouver ensemble des voies de solutions pour l’atteinte des objectifs.

Les différentes structures mises à contribution pour le renforcement de la communication autour de la problématique et les actions de plaidoyer ont travaillé dans le strict respect de l’atteinte des objectifs de la KAS et des orientations du code foncier et domanial. « Dans les communes d’intervention du projet, l’accompagnement a facilité la mise en place des CoGeF et des SVGF et l’opérationnalisation de la délivrance de l’Attestation de Détention Coutumière (ADC), (l’une des innovations du Code Foncier et Domanial pour sécuriser les terres en milieu rural). C’est déjà des résultats qui sont là et on ne peut que s’en réjouir » reconnait M. Zola.

Même si les instances locales de gestion foncière ne sont pas installées partout, toujours est-il que ces personnes-là ont déjà une connaissance du contenu des deux Codes, de la pratique de la gestion des conflits fonciers en milieu rural. « Et à mesure que le temps passe, ces personnes se comportent de moins en moins comme des ignorants de la matière. Ce qui facilite le dialogue et permet à nous qui formons, de par les questions qu’ils posent ; puisqu’ils ont l’expérience du terrain, de pouvoir amener à la surface, certaines réalité auxquelles ils sont confrontées et pour lesquelles peut-être la loi n’a pas toujours de solutions ou pour lesquelles, la loi a bien une solution et ils n’en sont pas informés » témoigne Me Huguette Bokpè Gnacadja, Avocat à la cour et communicatrice.

La contribution de la KAS à travers les renforcements des capacités commence par prendre véritablement un aspect d’échanges en 2019. La participation des acteurs témoigne de leur engagement personnel pour l’atteinte des objectifs du projet. «On leur apporte, mais eux également ils nous apportent ; ce qui fait que nous aussi, au fur et à mesure, nous étoffons, nous améliorons, nous adaptons le contenu de nos formations » confirme Me Bokpè.

 «Ce qui est plus intéressant, c’est que les acteurs déjà touchés se sont véritablement appropriés la thématique et identifient les garants de la tradition de leur localité qui semblent réfractaires au changement pour qu’ils participent aux activités de la KAS » témoigne aussi Mme Solange Alitonou Bankolé, communicatrice.

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En effet, toutes les personnes interrogées s’accordent à reconnaitre l’avancée des choses et qu les personnes qui vont assurer la gestion du foncier au niveau local, sont des personnes averties, préparées et formées.

«Je peux vous affirmer que dans quelques années, la Fondation Konrad Adenauer pourra vraiment apprécier à sa juste valeur, les retombées de ce projet dont l’efficacité réside dans la durabilité» Me Bokpè.

« Mieux, cette collaboration avec la KAS, comme avec d’autres structures, nous permet d’assurer la popularisation du Code Foncier et Domanial et ses prescriptions. Les populations ont besoin de savoir de quoi il s’agit réellement quand on parle de la réforme foncière » ajoute M. Zola.

Des canaux de communication, très stratégiques

konrad-adenauer-benin-acces-femmes-terre Le coordonnateur de la KAS et la Coordonnatrice de WILDAF-Bénin après une sensibilisation à Zè

Pour réussir le pari, la KAS a mis à contribution plusieurs canaux de communication et de sensibilisation : des Téléfilms, des audio, théâtres-fora, sketchs, dialogues et la fourniture de la documentation. Tout ceci, participe de la stratégie de popularisation pour toucher le grand public grâce à clairvoyance de la KAS. « Les ciné-films accrochent vraiment les populations surtout les femmes et les élus locaux. Ça attire leur attention plus que les sensibilisations traditionnelles. A travers le ciné-film récemment réalisé, les femmes se rendent compte de la nécessité d’envoyer les filles à l’école ; puisque c’est grâce à l’éducation de la fille que sa maman et sa tante ont pu obtenir une part de leur héritage » apprécie Mme Innocentia Guèdègbé, présidente de l’Ong APFEM.

« Ces émissions que nous diffusons ont un impact sur le comportement des gens. Les gens suivent et apprécient beaucoup. Du coup, les comportements ont changé. Nous avons reçu des témoignages : les plaintes au niveau des élus locaux et commissariats ont considérablement diminué. Les gens ne sont plus charcutés pour les litiges fonciers qui les entraînent même au tribunal. Faites un tour au commissariat pour s’en convaincre. Nous nous réjouissons de ce que la sensibilisation a vraiment porté » témoigne M. Cyrille V. Kossouho de la radio communautaire Tonassé de Covè.

La capitalisation  des acquis rentre dans les habitudes

Plusieurs leaders d’opinion ont rassuré sur le fait que la capitalisation des acquis se fait déjà sur le terrain avec leurs différentes structures.

« Nous relayons ces acquis à Toviklin dans le Couffo et à Abomey. Aujourd’hui certaines femmes ont commencé à avoir l’accès à la terre. Ce qui n’existait pas avant. Cela veut dire que les actions de la KAS ont commencé par porter des fruits » renchérit Mme Léontine Konou Idohou, présidente du Réseau RIFONGA-Bénin.

Les supports distribués par la KAS sont aussi utiles pour la capitalisation des acquis confie Mme Guèdègbé. «Je me réfère à la documentation de la KAS pour donner des réponses justes et concrètes sur certaines préoccupations ou pour élaborer réaliser une communication. C’est un support de travail ».  

Réunis à Allada et à Bohicon, les hommes et femmes des médias (télévision, radios communautaires, presses écrites et en ligne) sont aussi mis à contribution.  Ils ont été renforcés sur leur rôle qui consiste à accompagner la KAS dans la vulgarisation des textes relatifs à l’accès des femmes à la terre  et à insister sur le principe d’égalité des deux codes (le code foncier et domanial et le code des personnes et de la famille) et les attitudes à adopter sur le terrain. Aussi, leur rôle consiste-t-il à relayer les activités de la KAS à travers des  productions, la diffuser des téléfilms et les audio en langues. Aujourd’hui, ils sont un nombre moins négligeable de spécialistes des questions foncières et des droits d’accès des femmes à la terre en milieu rural.

Au regard des avis des uns et des autres, la poursuite des activités de vulgarisation s’avère nécessaire : faire comprendre aux femmes qu’elles doivent hériter en toute égalité, c’est-à-dire à part égale ; ce qui n’est pas encore le cas partout. Aussi, faut-il parler un langage qui se rapproche des personnes les plus conservatrices pour les faire adhérer à la cause commune. 

« La KAS doit élargir le projet EWOH à d’autres départements du pays. «Si nous continuons sur cette lancée, je crois que d’ici quelques années, les problèmes d’accès de femmes à la terre seront conjugués au passé. C’est un travail formidable !» conseille Mme Idohou.

De même, l’atteinte des objectifs prévus par le projet et la loi réside dans la continuité des actions pour le bonheur des femmes et des hommes. Le bien-être par rapport à l’atteinte des ODD en 2030 va s’améliorer grâce au projet EWOH et le Bénin pourrait être cité parmi les pays qui ont fait beaucoup de progrès. 

Article réalisé par : Aline ASSANKPON

 


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