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Cours en ligne au Bénin : les étudiants se cassent la tête sur la plateforme E-Learning

Judicaël Kpehoun (Stag)
publié le Jun 3, 2020

Le 17 mai 2020, la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique et sa collègue de l’économie numérique ont lancé la plateforme e-Learning. L’objectif de cet outil est de permettre aux étudiants des universités publiques du Bénin de suivre les cours en ligne en cette période de pandémie de covid-19. Mais sur le terrain, les étudiants éprouvent de nombreuses difficultés dans son usage.

plateforme-e-learning-uac Aperçu de la plateforme e-learning.etudiant.bj

Merveille est étudiante en 1ère année de la Faculté des sciences économiques et de gestion (FASEG) à l’Université d’Abomey-Calavi. A 11H, le jeudi 28 mai 2020, la jeune étudiante est assise dans l’une des cabines du centre commerciale derrière l’arrêt bus du campus. D’un air rigoureux, elle jette quelques coups d’œil à son document de cours qu’elle vient de recevoir auprès de son responsable d’amphi.

Malheureusement, cette jeune étudiante ne peut pas suivre les cours en ligne sur e-learning, plateforme mise en place par les autorités béninoises en cette période de pandémie de covid-19 à cause de ses moyens. « Je n’ai pas de téléphone Android. Ce qui fait que je n’ai pas accès à E-Learning », se lamente-t-elle, montrant son téléphone qu’elle sort de sa trousse.

Qualité et coût de la connexion internet

Contrairement à elle, Marius a un téléphone Android. Debout au pied d’un arbre à côté du terrain de handball, l’étudiant en 3ème année de Linguistique laisse entendre quelques murmures qui retiennent notre attention. Depuis le lancement de E-Learning, il dit ne pas arriver à se connecter à la plateforme malgré ses multiples tentatives.

« Je suis déjà à 8 tentatives aujourd’hui. J’ai inséré mon mail et mon mot de passe dans les fenêtres mais jusque-là, je n’arrive pas à me connecter », déplore le jeune étudiant tout furieux. Marius apprend s’être déjà plaint auprès de ses responsables de classe. Il finit à peine son témoignage quand apparait son amie Marcelle, étudiante en 1ère année à l’Institut de formation et de recherche en informatique (IFRI).

Après les salutations d’usage, elle déverrouille son téléphone et entre un lien de cours et se connecte à la plateforme, à la grande surprise de Marius. Marcelle arrive à se connecter à e-learning.etudiant.bj même si elle éprouve certaines difficultés.

« La mauvaise qualité de la connexion internet ne me permet pas de suivre normalement les cours comme en présentiel. Parfois les images sont floues », regrette l’étudiante. Son constat est partagé par Madinath, étudiante en 2ème année de Physique. Mais celle-ci préfère plutôt parler de ses dépenses pour accéder à la plateforme. Chaque jour, témoigne-t-elle, il y a un seul cours de 3 à 4 heures de temps. « J’utilise au moins 1 000 francs de forfait internet pour un seul cours », se lamente Madinath.

Etudiant en 3ème année, Junias dénonce la manière dont les cours sont dispensés. Selon lui, il est difficile de suivre et de bien comprendre les matières scientifiques sur cette plateforme. « Nous sommes en physique, comment démontrer ? Expliquer ? Et Justifier ? Cela nous pose énormément de problème », se plaint l’étudiant en Physique et Chimie (PC).

Pas de cours en ligne pour tous

e-learning-uac Une etudiante devant la plateforme e-learning.etudiant.bj

Près de trois semaines après le lancement de la plateforme de cours en ligne, certaines facultés et spécialités n’ont toujours ni les documents de cours, ni enregistré leur première séance de cours en ligne, apprennent Modeste et Joseph. Ils sont régulièrement inscrits respectivement à la Faculté d’histoire et la Faculté de droits et de sciences politiques (FADESP) d’Abomey-Calavi. La situation n’est pas en tout cas la même à la Faculté de Chimie, Biologie et de géologie où les cours en ligne se déroulent normalement.

« Lors de ces séances de cours virtuels, sur presque 600 étudiants que compte la CBG 2, c’est une cinquantaine de personnes qui est en ligne. Mais tous ne suivent pas le cours jusqu’à la fin par insuffisance de forfait internet ou à cause de la mauvaise qualité de la connexion », a laissé entendre David Babatoundé, étudiant en 2ème année de la CBG à l’UAC.

Quel sort pour les étudiants sans moyens ?

Les étudiants qui n’ont pas possibilité de suivre les cours en ligne ne sont pas laisser pour compte. C’est du moins ce que nous apprennent certains responsables étudiants. Des dispositions sont prises pour leur permettre d’être au pas pour la session prévue dans ce mois de juin 2020.

« Nous téléchargeons les cours (disponible gratuitement sur le site de l’UAC, ndlr) et mettons à la disposition de nos camarades étudiants », a expliqué Nassirou Wolou Issa, responsable d’amphithéâtre au département d’anglais. Seulement, précise-t-il, tous les cours ne sont pas en ligne. « Pour ceux qui ont au moins de téléphone Android, nous avons créé des groupes sur télégramme dans lesquels nous avons des enseignants qui travaillent avec nous », a-t-il ajouté.

Le président du Bureau des étudiants de la Faculté des sciences humaines et sociales (FASHS), Cédric Gylchrist Fandé, reçoit de nombreuses plaintes quant à l’utilisation de la plateforme. « En général, le problème de cours en ligne actuellement à Abomey-Calavi n’est pas encore une réalité. Ce n’est pas encore ce qu’on aurait voulu », se désole-t-il.

 « Pas plus tard qu’hier (mercredi 28 mai 2020, ndlr) nous avons fait une réunion avec la vice doyenne de la Faculté des sciences humaines et sociales », a-t-il laissé entendre sur les démarches des responsables étudiants pour faire améliorer l’expérience utilisateur de E-Learning.

La vice doyenne, indique Cédric Gylchrist Fandé, a promis de transmettre le plaidoyer des étudiants à ses supérieurs. « Toujours est-il que nos camarades ne sont pas satisfaits et nous nous inquiétons pour le taux d’échec qu’il y aura cette année », confie-t-il préoccupé.

Pour limiter la propagation du coronavirus, le gouvernement béninois a décidé de la fermeture de certains lieux dont les universités, depuis fin mars 2020.

Compte tenu du nombre pléthorique des étudiants dans les amphithéâtres, les universités publiques sont restées fermées malgré la reprise des cours le 11 mai sur toute l’étendue du territoire nationale à l’exception des classes de CI au CM1. L’exécutif a invité les étudiants à suivre des cours en ligne sur etudiant.bj jusqu’à nouvel ordre.


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