INVESTIGATION-REPORTAGE

Kétou : à Iwoyé, le Bénin marque des points dans la surveillance des frontières

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A Iwoyé, village frontalier de Kétou partagé entre le Bénin et le Nigéria, une Unité spéciale de surveillance des frontières (USSF) assure la sécurité des biens et des personnes. Régulièrement sollicitée par les populations béninoises comme nigérianes, cette unité composée d’agents de la police républicaine fait gagner des points au Bénin dans une localité longtemps restée sous domination nigériane.

frontiere-benin-nigeria-ketouVillage Iwoyé à Kétou, près du Nigéria

Située dans l’arrondissement de Idigny à Kétou, la localité frontalière d’Iwoyé se trouvait couper du Bénin en saison pluvieuse. Depuis 2015, un ponceau permet désormais de traverser la rivière Yéwa pour se rendre en tout temps, dans ce village niché sur un plateau peuplé en majorité de Nago, de Peulhs mais aussi de Fon à côté du Nigéria. L’infrastructure a été réalisée par le gouvernement béninois suite à de multiples plaidoyers de l’Agence béninoise de gestion intégrée des espaces frontières (ABeGIEF). L’agriculture à 65,71 %, l’élevage à 1 4,28% et le commerce à 7,14% sont, selon les données de l’ABeGIEF, les principales activités économiques de la population.

« Le village d’Iwoyé administré par un roi nigérian est resté pendant plusieurs années sous la domination du grand géant de l’Est. Il est désormais partagé entre le Nigéria et son voisin, la République du Bénin ». Même si sa maison est alimentée par l’électricité à faible intensité intermittemment fournie par le Nigéria, Saliou Wakilou est désormais fier de pouvoir répondre au titre de conseiller local béninois.

Ce qui rend fier cet allochtone devenu élu local, c’est la présence de plus en plus marquée de l’Etat béninois dans la vie des populations qui, jadis, se sentaient oubliées de leur pays. En dehors d’une école primaire et d’un collège récemment implanté qui permettent désormais aux parents de ne plus envoyer, souvent malgré eux, leurs enfants dans des écoles anglophones du Nigéria, c’est surtout la présence policière du Bénin qui réjouit les populations et conforte le conseiller Wakilou. « Ils assurent notre sécurité et interviennent jusqu’en territoire nigérian. », signale-t-il fièrement à propos des agents de l’Unité spéciale de surveillance des frontières (USSF) que la police républicaine a installé avec le concours de l’ABeGIEF.  « La population d’Iwoyé du côté nigérian comme béninois compte sur l’USSF pour être en sécurité », insiste l’homme qui tient aussi un commerce de vente de pièces détachées.

Lutte contre l’insécurité

Lorsque nous débarquons au sein de l’unité spéciale un après-midi de fin juillet 2020, il n’y avait qu’un seul agent. Les autres membres de l’effectif réduit sont en mission.  Pas habilité à nous parler, l’officier se prête à nos questions sous couvert. A Iwoyé, les motifs récurrents d’intervention de l’USSF sont entre autres les braquages, les affrontements entre agriculteurs et éleveurs et les problèmes de litige domanial. « Les Peulhs viennent et ils assiègent un village et décident de finir avec tous ceux qui sont dans ce village. Nous sommes obligés de nous rendre là-bas soit pour assurer leur sécurité ou les évacuer. Cela est récurent », fait-il savoir. Au cours de ces opérations où les armes crépitent, les éléments de l’USSF ne s’en sortent pas toujours indemnes. Notre officier anonyme apprend qu’un de ses collègues a eu moins de chance lors d’une de leurs dernières interventions. « Très souvent au cours de ces opérations, des gens nous prennent en adversité. Il y a jusqu’à présent un collègue, qui est toujours en train de suivre les soins, il a été atteint d’une balle ».

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Au-delà des limites des frontières béninoises, l’USSF offre ses compétences de sécurisation aux voisins nigérians. « Par moment, nous sommes sollicités par les forces de l’ordre du côté nigérian. Il y a une forte collaboration entre les deux forces, des deux côtés de la frontière », informe-t-il.  Sa majesté Ademonla Alayé, le roi nigérian qui règne sur les peuples bénino-nigérians de Iwoyé est reconnaissant du travail qu’abattent les policiers béninois. « Je dois particulièrement remercier nos policiers qui sont tout près de nous ici », salue le roi.

Besoin de renforcer l’USSF

Source de débouchées pour les activités économiques à Kétou, la proximité avec le Nigéria expose la partie béninoise de Iwoyé au banditisme transfrontalier et à un risque d’importation de troubles à la sécurité. Moins d’une semaine avant notre arrivée, apprend le conseil local, un braqueur transfrontalier qui opère dans plusieurs localités de Kétou a été arrêté après des mois d’avis de recherche. « C’était un homme qui résidait du côté du Nigéria, mais qui allait braquer dans les localités d’Adakplamè, de Kétou et autres. Il était recherché depuis mars 2019 ». Pas encore enregistrés côté béninois, les cas d’enlèvement, selon El-hadj Wakilou, sont récurrents de l’autre côté de la frontière et il y a un risque de contagion. « Le problème de kidnapping a commencé récemment du côté du Nigéria. Si quelque chose n’est pas faite sur le plan sécuritaire, cela peut rentrer également chez nous », alerte-t-il même s’il compte sur « la vigilance » des éléments de l’USSF pour mettre son village à l’abri.  

Au niveau de l’unité, on suit le phénomène de près. « Jusqu’à présent, nous n’avons enregistré aucun cas d’enlèvement en territoire béninois. Je ne sais pas si cela est lié à notre présence ici. Très souvent, nous sortons nos patrouilles, ce qui n’est pas le cas en territoire nigérian où les gens sont enlevés », confie l’agent en poste à l’USSF.

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Malgré sa présence active auprès des populations, l’unité spéciale n’a pas pour autant les moyens suffisants à l’accomplissement de sa mission. Les besoins se posent en termes d’effectifs et de moyens roulants. L’élu local et le roi d’Iwoyé s’accordent pour appeler les autorités béninoises à songer au renforcement de l’effectif et à doter l’unité de moyens conséquents. « Nos policiers ont besoin d’équipements, notamment de moyens roulants. Les motos qui sont encore à leurs dispositions sont déjà amorties. Elles doivent être remplacées », dit l’un. « L’effectif des forces de sécurité déployées ici est très insuffisant », souligne l’autre. Montrant du doigt des motos de services hors d’usage, l’élément de l’USSF confirme le problème de moyens roulants qui risque de compliquer leurs interventions dans cette localité frontalière. « Admettez avec moi que cela ne sera pas intéressant, qu’une population en difficulté vous sollicite, et que vous soyez incapable de vous rendre sur le terrain faute de moyens de transport. Nous avons besoin de matériels roulants », demande l’officier qui place en priorité ce besoin dont la satisfaction ne fera que renforcer l’efficacité du Bénin dans la surveillance de sa frontière à Iwoyé.

 

NB: Cet article fait partie de notre dossier spécial sur les défis socio-économiques et sécuritaires des communes frontalières au Benin, réalisé avec l’appui technique et financier de la Fondation Friedrich Ebert (FES) au Bénin.

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