INVESTIGATION-REPORTAGE

Kétou : le Nigéria, si près si loin des caisses de la mairie

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Minée par la contrebande, l’informel et l’incivisme fiscal, la ville frontalière de Kétou fait face à de gros soucis de mobilisation de ressources financières internes. Ceci, alors qu’elle constitue un terrain privilégié d’échanges commerciaux nationaux et internationaux en raison de sa proximité avec le Nigéria. Banouto vous amène à la recherche des fonds perdus d’une commune frontalière du Bénin à l’ère de la décentralisation.

ketou-frontiere-benin-nigeriaDans une rue vers la frontière bénino-nigériane de Illara

Claire, élancée, à 25 ans révolu, Floriane Tchakpan est une belle demoiselle. Elle vit du commerce du gari, la farine faite à base du manioc. Elle n’a pas la mine des grands jours, ce matin du mercredi 22 juillet 2020. Déjà plusieurs heures qu’elle est à Assèna, le marché international qui s’anime tous les cinq jours à Kétou. Et comme c’est le cas depuis 5 mois, sa clientèle préférée n’est pas au rendez-vous.  « On est là. Mais, actuellement, les choses ne marchent pas bien à cause du confinement. Ça bloque les clients nigérians qui viennent ici pour prendre nos produits », explique la jeune femme à propos de ce qui se passe avec son activité.

Du fait du coronavirus, Floriane voit ses chiffres d’affaires baissés et son produit qui peine à s’écouler. Comme elle, plusieurs autres vendeurs de produits vivriers souffrent de ne pas voir débarquer les Nigérians sous leurs hangars. Visiteur indésirable, la pandémie du COVID-19 qui frappe de plein fouet tous les pays et met en difficulté les secteurs vitaux de l’économie mondiale permet cependant d’apprécier ce que représente le Nigéria dans la vie de Kétou.  « La plupart de nos gros clients viennent du Nigéria. Avant la pandémie du coronavirus, ils venaient régulièrement et nos produits s’écoulaient bien. Actuellement, ils ne viennent plus du tout. Les garis sont-là et ne se vendent pas », poursuit Floriane dans sa rengaine contre le virus venu de Wuhan en Chine.

A quelques mètres du site de vente de la farine issue de la transformation du manioc, se trouvent les parcs de vente des céréales comme le maïs, le soja, le sorgho. Le premier à deux pas appartient au groupement Oba-l’okélé. Moussa Ganiou, un sexagénaire est vice-président de ce point de vente de céréales.  « Sans le Nigéria, nous menons une vie très difficile ici. On profite beaucoup du Nigéria parce que la commercialisation des produits vivriers tels que le maïs, le soja prospère grâce aux Nigérians », fait-il savoir. A l’instar des vendeurs de gari, ses clients privilégiés ne sont pas présents.

En dehors du coronavirus, l’absence des acheteurs nigérians, justifie-t-il, est due au fait que les premiers maïs qui sortent des champs en ce moment ne sont pas ceux qu’ils préfèrent. « Actuellement les Nigérians n’achètent pas parce que le maïs n’est pas encore bien sec pour être conservé ». A côté de ce parc modeste s’étendant sur une superficie de 300m2, se trouve le plus grand parc de vente de céréales qui fait doublement sa taille. Il appartient au groupement Abanitché. Riliwanou Mouftaou, délégué par le président du groupement très occupé pour se prêter à nos questions, témoigne également de l’indispensabilité des clients nigérians dans l’écoulement des produits agricoles à Kétou. « N’eût été les Nigérians, nous ne pourrons pas écouler nos marchandises. Ce que les Béninois achètent est insignifiant comparativement à ce que les Nigérians nous prennent. Il n’y a même pas de comparaison possible entre la consommation locale de maïs et nos exportations sur le Nigéria ».

De retour de Ibadan au Nigéria où il a fait ses études jusqu’à l’obtention de son doctorat, Dr Ibrahim Adékambi est professeur à l’Université nationale d’Agriculture (UNA) basée à Kétou. L’enseignant chercheur explique comment la proximité avec le Nigéria profite à l’agriculture dans sa ville natale. « En matière de produits agricoles, la commune de Kétou est le premier fournisseur du Nigéria parce que le grand géant de l’Est a de grandes usines de transformation de maïs, de soja. Le pays transforme ces produits agricoles pour fabriquer des provendes pour nourrir les animaux. Après la transformation, ce n’est pas uniquement le Nigéria qui utilise ces produits. C’est en effet fabriqué pour toute l’Afrique de l’ouest notamment le Mali, la Côte d’Ivoire. Les Nigérians viennent également acheter du Lafou (un dérivé du manioc) à Kétou pour leur propre consommation ».

Dans l’alimentation, les céréales de Kétou font tourner la brasserie au Nigéria. Et c’est tout naturellement qu’on constate dans les barres de cette ville béninoise, une forte présence de bières nigérianes qui sont prisées des populations.

ketou-frontiere-benin-nigeriaSur un parc à maïs de Kétou

En plus d’être un marché d’écoulement des produits agricoles pour Kétou, le Nigéria contribue à la mécanisation de l’agriculture kétoise qui est pluviale, extensive avec des pratiques ancestrales et des outils rudimentaires. « Si ce n’est pas le Nigéria qui nous aide dans la mécanisation de l’agriculture, nous sommes toujours presque qu’à la main. Mais les gens du Nigéria viennent nous offrir des prestations avec leurs machines, des tracteurs et ça nous soulage un peu », témoigne le Président de l’Union communale des producteurs de Kétou (UCP-Kétou), Folahan Ogoudaré qui souhaite une implication des autorités locales dans la mécanisation agricole.

Non seulement l’agriculture prospère du fait de ce voisinage providentiel, il y a le commerce en général qui se développe dans cette commune frontalière. Cela, en terme d’échanges internationaux mais aussi de transit de produits entre les autres communes de l’intérieur du Bénin et le Nigéria.  « Le commerce représente la principale activité non agricole à laquelle s’adonnent les actifs de Kétou. Il est surtout favorisé par la proximité de la commune avec le Nigeria et sa position de carrefour avec les départements du Zou et des Collines », a indiqué le cabinet « Alpha & Omega Consultants » dans un rapport de diagnostic du Plan de développement communal (PDC) de Kétou réalisé avec la coopération allemande, GIZ.

Des chiffres et des estimations

Le gros impact du Nigéria sur les activités économiques à Kétou se traduit dans les chiffres sur l’évolution de la production agricole et les estimations des commerçants.

Bien qu’ils n’aient pas un service classique de comptabilité, les commerçants dans les marchés de Kétou ont une idée de ce qu’ils écoulent quand les clients nigérians viennent.  Floriane Tchakpan, la jeune vendeuse de gari rencontrée sur son site de vente au milieu de gros sacs de farine, apprend que par jour d’animation du plus grand des 18 marchés de la ville, à Assèna, ses chiffres d’affaires ont baissé de moitié au moins parce que les Nigérians ne viennent pas.  « A chaque jour de marché, lorsque les Nigérians viennent je fais entre 300 000 F CFA et 400 000 F CFA de vente. Maintenant (juillet 2020) c’est 150 000 F CFA ou 200 000 F CFA au plus » dit-elle.

 

Mieux que la jeune femme, Émile Odjougbélé est un grand producteur et commerçant du manioc et ses dérivés. Secrétaire de la coopérative "Oloroun Djoba" de Kétou qui compte 34 membres producteurs dont 01 décédé récemment, c’est sur son lieu de transformation de manioc à Obafèmi qu’il nous reçoit pour une visite riche en explications. Forte d’une trentaine de personnes, son équipe de production est en grande partie composée de femmes. Qui pour éplucher les maniocs, qui pour le broyage et autres dans des machines surplace, qui pour préparer la farine devant des fourneaux en série, c’est un véritable travail à la chaîne pour passer du tubercule au produit fini. De juin à décembre 2020, lit-on sur la fiche des prévisions de production de sa coopérative, ils comptent transformer 1086 tonnes de manioc en gari. En temps normal, confie cet ancien flic devenu producteur et transformateur de manioc, les clients nigérians pouvaient consommer la quasi-totalité de leur production.  En période d’abondance dit-il, « le Nigéria est en mesure de consommer plus de 70% de notre production ». En dehors du Nigéria, ils vendent leurs produits à des clients nigériens. Plus précisément, un demi titan de gari soit 20 tonnes de farine est convoyé sur le marché nigérian par jour de marché par les membres de son groupement, renseigne le producteur qui regrette le manque de matière première qui ne permet pas parfois de répondre à la demande.

ketou-frontiere-benin-nigeriaTravail du Manioc chez un des transformateurs à Kétou

Du côté des commerçants de maïs, les estimations obtenues des acteurs parlent d’elles-mêmes. « C’est à partir de fin août et septembre que les Nigérians viennent ici », commence le vice-président du groupement de commerçant, Oba-l’okélé, Moussa Ganiou. Et quand ils sont là, poursuit-il, « c’est beaucoup. 1000 à 2000 tonnes de maïs vont vers le Nigéria par mois ».  Sur le grand parc Abanitché, Riliwanou Mouftaou pense même que la quantité de maïs déversée sur le Nigéria est inestimable.  « C’est trop ! on ne peut pas compter. Ça dépasse 1000 tonnes par mois », lâche, bouche bée, le vieil homme qui, à plus de 30 ans dans le commerce de céréales, continue son activité malgré un accident de travail qui a réduit sa motricité. Autour de lui, ses camarades acquiescent spontanément.

Un circuit d’exportation en perfectionnement

Les échanges commerciaux entre Kétou, la ville frontalière d’un pays francophone comme le Bénin et le Nigéria anglophone promettent d’être encore plus affinés d’année en année. Pour cause, un acteur majeur s’est proposé de renforcer la capacité des acteurs des Pôles d’entreprises agricoles (PEA). Il s’agit du programme « Approche Communale pour le Marché Agricole au Bénin » - ACMA financé par l’Ambassade des Pays-Bas pour un budget global de près de dix millions d’euros. Il est mis en œuvre sur une durée de 50 mois (novembre 2013 - 31 décembre 2017) par un consortium composé de cinq institutions. 22 communes dont Kétou dans trois départements frontaliers du Bénin ont été couvertes. L’huile de palme, le maïs, le gari, le piment, le poisson, l’arachide et le soja sont les chaines de valeurs prises en compte dans le cadre de ce programme qui a permis aux acteurs du commerce transfrontalier de mieux échanger.  

ketou-frontiere-benin-nigeriaEmile Odjougbele, grand producteur et transformateur de manioc à Kétou

Entre autres, ACMA a eu pour objectifs « le renforcement du pouvoir des acteurs directs économiques locaux dans les échanges commerciaux », « l’accroissement des échanges commerciaux sur les marchés locaux et avec le Nigéria » et « un accroissement quantitatif et qualitatif de l’offre locale et l’écoulement des produits concernés ».

A Kétou, ACMA a contribué au réaménagement du grand parc à maïs Abanitché d’une capacité de 1000 tonnes et construit dans le marché Assèna, un magasin de stockage d’une capacité de 1000 tonnes également.

Lucie Sessinou, la mairesse de Kétou, témoigne de la contribution de ACMA dans la facilitation des échanges transfrontaliers entre ses administrés et le géant voisin de l’est. « Aujourd’hui, les populations n’ont plus à se plaindre parce qu’elles ont leur produit sous le bras. Elles peuvent déjà aller vers les boutiques d’ACMA pour se faire payer leurs produits ou déposer leurs produits en échange des fonds dont elles ont besoin et dès que les prix sont bons, elles peuvent les livrer et rentrer. Ça règle plusieurs problèmes parce qu’au niveau des marchés, la pauvreté dans des communautés – qui sont à 80% des agriculteurs ou des paysans – fait qu’elles peuvent brader leurs vivres en prenant de l’argent chez les commerçants pour cultiver leurs champs », a souligné la première autorité de la ville.

Selon un rapport d’évaluation de l’institut de recherches et d’applications des méthodes de développement (IRAM) publié en septembre 2017, « grâce au programme ACMA, des ventes groupées vers le Nigéria ont été réalisées pour une valeur de 7.12 millions d’euros et des crédits agricoles ont été accordés pour 1.34 millions d’euros » dans l’ensemble des localités d’intervention.

En dehors de ACMA, l’Agence béninoise pour la gestion intégrée des espaces frontaliers (ABEGIEF) s’est aussi illustrée dans l’accompagnement des Kétois pour l’accroissement de leur capacité de production et d’écoulement de produits agro-alimentaire. Dans le village frontalier de Iwoyé, l’agence a formé, équipé et doté de site de production, un groupement de femmes dans la production du gari vendu aux Nigérians.

Des individus s’enrichissent, la mairie en souffrance

ketou-frontiere-benin-nigeriaEntrée principale de la mairie de Kétou

Bien qu’elle constitue un atout avéré pour les activités économiques, la proximité avec le Nigéria est encore loin d’être une véritable source de mobilisation de ressources propres au niveau de la mairie de Kétou. Les quelques ressources que l’administration locale tire de cette manne se limitent à la perception pas très nette d’une Taxe de développement local (TDL) sur les produits vendus.  Pour ce qui est des activités économiques de l’informel et de la contrebande, elles profitent aux individus auprès de qui les agents percepteurs de la mairie ont du mal à percevoir des taxes.

Assis sous un arbre au milieu de la cour de sa maison en bordure de voie, Charles Akotangni, le secrétaire général adjoint de la mairie de Kétou voit défiler chaque jour des trafiquants de produits pétroliers dans des tonneaux et autres contrebandiers roulant à vive allure à travers des sentiers sinueux pour échapper aux postes de contrôles et de perceptions. « Les gens ne veulent pas payer ! Si vous restez ici 20 minutes maintenant, au niveau de la voie qui passe devant-là, vous allez voir des convoyeurs de tonneaux, ils passent dans la brousse puis passent par ici, Ofia, Ogounou, Tongou et tombent à Abèokuta. Ils prennent de l'essence et le convoient à toute vitesse ici. Le bidon fait 200 Kilos, on leur demande de payer 5000 F et ils refusent pour passer dans les brousses ce qui fait qu'ils tombent parfois et des gens en sont morts », fait-il savoir. « Voilà ce que je dis », montre du doigt, quelques instants après, le fonctionnaire de la mairie au passage d’un contrebandier sous les branchages d’acajous près de sa maison. « Ils fuient la douane, ils fuient tout le monde. Les gens trouvent toujours des détours, des lieux que les Anglais appellent des "beats" pour pourvoir s'échapper. Il y a toujours des échappatoires » ajoute, le SGA selon qui, l’incivisme fiscal ne permet pas à Kétou de profiter de sa proximité avec le Nigéria.

En dehors des marchandises sur lesquelles les acheteurs payent les taxes et les patentes à percevoir dans les marchés, la mairie de Kétou a aussi institué un droit de stationnement perçu chez les chauffeurs des véhicules qui arrivent ou partent quotidiennement de la ville carrefour du Plateau. Aussi, la ville abrite le plus grand marché à bétails du Bénin construit avec le financement de l’UEMOA à Iwoyé. Dans ce marché essentiellement occupé par des éleveurs peulhs de diverses nationalités, la mairie a instituée une TDL sur les têtes de bovins et de caprins. Sur place, les renseignements obtenus auprès d’un jeune agent percepteur, tickets en main, indiquent une taxe de 1000 F CFA par tête de bovin vendu et 100 F CFA par tête de caprins.

« Si les choses devraient bien fonctionner, le recouvrement de la taxe de développement local doit occuper une bonne place dans nos budgets parce que la performance d’une commune s’observe à travers sa capacité de mobilisation des ressources propres » admet la mairesse de Kétou qui regrette la grosse part de l’informel dans les activités économiques et l’incivisme fiscal dans sa commune.

ketou-frontiere-benin-nigeria-camion-contrebandeUn camion transportant des produits de contrebande vers une frontière sauvage à Idigny (Kétou)

Les écueils à la mobilisation de ressources financières

Ville de commerce transfrontalier et de transit, Kétou est comparable à un pauvre qui dort sur une mine d’or et s’apitoie sur son sort chaque jour, selon Alfred Olowolagba, coordonnateur de la cellule de participation citoyenne. Avec son équipe, ce collaborateur de l’ONG ALCRER réputé dans la veille citoyenne, travaille à la mobilisation de la population à participer aux sessions de la mairie. « Nous allons également sur le terrain pour vérifier la qualité des infrastructures réalisées sur le fonds FADEC. Nous animons des émissions interactives pour sensibiliser et éduquer la population », décline cet activiste connu un peu partout à Kétou. Selon lui, la mairie pèche dans la mobilisation des ressources propres. « La mobilisation des ressources souffre beaucoup à Kétou. Je dirai qu’il n’y a pas encore une stratégie digne du nom pour la mobilisation des ressources ».

Les données du service Affaires financières de la mairie illustrent le déficit en mobilisation de ressources propres à Kétou. Au cours de l’exercice 2017, « au total, sur une prévision de 354.474.181 francs CFA, la mairie a mobilisé 148.617.985 francs CFA soit un taux de réalisation de 41,81% ». De l’explication du service des affaires financières, il ressort que « ce faible taux de recouvrement qui ne permet pas à la commune de faire face à ses charges de fonctionnement est dû d’une part à l’incivisme fiscal et d’autre part aux nombreuses réformes engagées par le gouvernement actuel malgré les multiples stratégies développées par les services en charge de la mobilisation des ressources propres ».

Victime de l’incivisme fiscal qu’elle dénonce, la mairie subit une distraction des taxes qui profitent aux individus. « Avec tout ce que nous voyons à la frontière d’Illara comme transactions, ce sont des individus ou des privés qui en profitent. Lorsque la mairie veut placer des tickets, elle n’arrive pas à avoir des politiques pour sensibiliser ces commerçants à contribuer au développement de la commune », signale Alfred Olowolagba, l’œil de la société civile. Tout le long du trajet menant à la frontière en partant de Kétou centre pour Illara en passant par Okpometa, Idigny, Illikimou, des barrières informelles se mélangent aux postes de polices et de douanes. Sur le terrain, les acteurs du commerce transfrontaliers dénoncent ces tracasseries routières.

Commerçant du charbon qui vient du marché noir en territoire nigérian, Augustin, un natif de Kétou raconte une scène qu’il a vécue avec un groupe de jeunes qui s’est autorisé de percevoir des taxes pour le compte de leur association non reconnue. « Ils me demandent combien de sacs de charbon j’ai chargé. Je réponds 18. Ils me disent qu’ils prennent 9 et je passe avec 9. Je leur lance que ce n’est pas possible. Ils vont prendre 9 charbons ? Ils déchargent 9 charbons ?  En vertu de quoi ? On me dit que c’est parce que je ne suis pas dans l’association et que je suis de passage ». Pour se tirer d’affaires, il lui aura fallu mettre en avant son titre de notable reconnu à la cour royale.

ketou-frontiere-benin-nigeria-charbon-sacsUn site de commercialisation de charbon venus des forêts nigérianes à Kétou

Influente à Kétou, la couronne a aussi des tickets parallèles à ceux de la mairie, de la police et de la douane en circulation.  Même si on n’est pas d’accord avec les taxes royales, à la mairie de Kétou, on estime que c’est justifié. « Tout à fait ! Ce sont des choses anormales. Qu’est-ce qui amène tout ça ? Nous savons qu’au Nigéria, les rois sont entretenus, les ministres du roi sont entretenus. Au Bénin, les populations sont prêtes à introniser les rois pour ne plus s’en occuper (ndlr). Le monsieur était fonctionnaire de l’Etat, vous le faites asseoir avec sa famille et vous ne vous en occupez plus. Il faut qu’il vive et gère sa cour royale. C’est cela qui amène les gens à réfléchir pour dire : Nous avons une portion de pouvoir et il faut que nous trouvions aussi des ressources pour faire tourner notre palais. C’est tout », justifie la mairesse Lucie Sessinou.

Dans le but de régler ce problème, la mairie s’active à trouver un mécanisme de financement du fonctionnement du palais. « Si la mairie arrive à trouver une politique pour pouvoir aider beaucoup plus les autorités traditionnelles ou si les textes du Bénin évoluent et amènent l’Etat à plus prendre en charge ces autorités traditionnelles comme cela se fait au Nigéria, je pense qu’on ne posera plus ces questions-là », pense-t-elle. Dans la démarche qui se veut pédagogique, reprend la nouvelle autorité de la ville, « nous continuons de leur expliquer que ce n’est pas la meilleure manière parce que la loi et les textes n’autorisent pas tout le monde à prélever des taxes. Le prélèvement des taxes est régi par des textes et qui quiconque ne se conforme pas à ces textes est poursuivi par la justice ».

Dans ses appuis aux acteurs des échanges transfrontaliers, ACMA a dû faire recours à des autorités locales pour empêcher la perception de faux frais sur les routes. « A Kétou, le maire interpellé par son point focal a permis d’éviter les faux frais de 25 000 FCFA par camion pour 4 camions de 40 tonnes de maïs », lit dont dans le rapport d’ACMA.

ketou-frontiere-benin-nigeriaPassage à la frontière bénino-nigériane de Illara

Chargés de renflouer les caisses de l’hôtel de ville, les agents collecteurs de taxes de la mairie sont accusés de se servir. « Ces agents collecteurs de la mairie ne sont pas sérieux. Ce sont des gens qui empochent l’argent. (…). Il n’est pas rare de constater aujourd’hui que ces collecteurs (y compris les illégaux, ndlr) sont des gens qui sont à l’aise, par contre, la mairie se plaint », dénonce une source anonyme. Un rapport d’évaluation diagnostic du PDC parle de « fuite au niveau des agents collecteurs ».

Dans les écueils à la mobilisation de ressources propres à Kétou, il est aussi reproché à la mairie un défaut de communication avec les populations qui ne connaissent pas grand-chose des projets de la gestion de l’administration locale.  « Une enquête d’opinion réalisée auprès de 117 citoyens et citoyennes de Kétou dans le cadre de l’évaluation du PDC initiée par la commune avec l’appui de la Direction Départementale de la Prospective et du Développement a permis de constater que seulement 52,1% des enquêtés seraient informés de l’existence du PDC et 9,4% des personnes enquêtées connaissent la vision de développement définie ».  Un responsable de la mairie interrogé à ce propos reconnaît ce défaut et souhaite davantage d’engagement. « Il faut d'abord travailler en amont. Sensibiliser les gens à la base, et cette activité ne doit pas être : "on a déjà sensibilisé les gens aujourd'hui, demain on ne le fera pas." Non ! Ça doit être une activité pérenne. ».

lucie-sessinou-mairesse-ketouLucie Sessinou, Mairesse de Kétou

Face aux difficultés qui minent la mobilisation de ressources financières à Kétou, la nouvelle patronne de l’administration décentralisée de cette ville frontalière du Bénin en appelle à l’aide des partenaires techniques et de toutes les bonnes volontés. « Nous tendons la main à tous ceux qui peuvent nous apporter un petit plus dans le renforcement des capacités des compétences que nous avons afin de nous permettre de mettre en place des stratégies innovantes pour le développement de la commune de Kétou », a lancé Lucie Sessinou dans un entretien de dernières minutes à son bureau un samedi soir où elle s’est privée d’un repos de jour de week-end.

De l’autre côté de la frontière, la fluctuation du naira et les complexités administratives imposées par les agents nigérians compliquent davantage les choses. « La proximité du Nigéria constitue une réelle opportunité de débouchés commerciaux avec de grands volumes mais les risques sont importants », soulignent les évaluateurs de ACMA qui ont invoqué le coût élevé et la complexité des procédures administratives et le protectionnisme nigérian.

NB: Cet article fait partie de notre dossier spécial sur les défis socio-économiques et sécuritaires des communes frontalières au Benin, réalisé avec l’appui technique et financier de la Fondation Friedrich Ebert (FES) au Bénin.

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