INVESTIGATION-REPORTAGE

Bénin : le maraîchage écologique pour sauvegarder une lagune sacrée à Hiyo

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Pour le bien de Vodountô, la portion sacrée de la lagune côtière, des producteurs maraichers de Hiyo, commune de Ouidah, dans le sud du Bénin, changent leurs pratiques agricoles.

vLes riverains de Vodountô accompagnés dans l'adoption de pratiques agricoles durables pour sauver le cours d'eau sacré

Antoine semble plutôt fier de son nouveau statut de maraicher écolo. Il y a quelques années encore, il ne se fiait qu’aux engrais chimiques pour ses productions agricoles. Mais depuis quelques temps, cela semble avoir changé. « Nous utilisons auparavant l’engrais chimique. On nous a expliqué que ce type d’engrais est dangereux. On a nous-mêmes constaté qu’avec l’engrais chimique, nos productions pourrissent vite. Ce qui n’est plus le cas depuis qu’on a commencé à utiliser la fiente de poulet », témoigne le quinquagénaire, membre d’une coopérative de douze maraichers baptisée Association Glégnon, qui signifie l’agriculture est bénéfique, en langue fon. 

Arnaud, de la coopérative sœur Djézougnon, illustre les effets de l’engrais sur leur production avec la culture de la tomate : « Avant, juste après les récoltes, les plants de tomates pourrissaient systématiquement. Mais désormais, avec l’usage du compost, ces plants restent et s’assèchent. La tomate produite avec l’engrais chimique pourrit facilement. C’est le même constat au niveau des autres produits maraichers ». 

Regroupés dans de petites coopératives de type familial, ces agriculteurs de Avlékété, installés entre l’océan Atlantique et la lagune de Ouidah, dans le sud du Bénin, pratiquent le maraichage. Ils produisent tomate, pastèque, piment, légume, concombre, etc. et vendent leurs produits dans les marchés d’Abomey-Calavi et de Cotonou.

Depuis quelques mois, ces agriculteurs ont changé leurs perceptions et leurs pratiques agricoles. Ils doivent ce changement de cap à l’intervention de la Banque mondiale. L’institution de Bretton Woods s’est refait une place dans la vie de ces agriculteurs à travers le projet WACA.

Protection de la biodiversité côtière

Le Projet d’investissement de la résilience de la zone côtière en Afrique de l’Ouest (WACA-Résip) bénéficie de l’appui financier de l’Association Internationale pour le Développement (AID), le Fonds Nordique de Développement (FND) et le Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM).

C’est un projet régional présent dans 6 pays : le Bénin, le Togo, la Côte d’Ivoire, le Sénégal, la Mauritanie et Sao Tomé et Principe. L’objectif global de WACA est de protéger les côtes tout en augmentant la résilience des populations face aux effets néfastes des changements climatiques.

Au Bénin, WACA envisage impacter près de 2,5 millions de personnes dont plus de 1,2 millions de femmes dans 20 communes de la zone littorale.

Les activités prévues par le projet sont en plus des travaux de protection de la façade maritime, la création ou la sauvegarde des aires communautaires de conservation de la biodiversité. 

L’aire communautaire de conservation de la Biodiversité (Accb) de Vodountô est une portion sacrée de la lagune côtière d’une superficie de 17,9 ha, localisée à Ahloboé dans le village de Hiyo, arrondissement d’Avlékété, commune de Ouidah.

Elle abrite une divinité ancestrale, Tokpodoun, et d’autres divinités Dan qui interdisent toute pratique de pêche. Créée par décret le 21 juillet 2014, l’Accb de Vodountô figure parmi les trois (03) aires communautaires de conservation de la biodiversité (Accb) mises en place par le Projet de Gestion Communautaire de la Biodiversité Marine et Côtière (Pgcbmc) financé par la Banque mondiale et mis en œuvre par l’Agence Béninoise pour l’Environnement (Abe) entre 2009 et 2014.

« Le processus de création de l’Accb a conduit à la mise en place d’une association de gestion et à l’élaboration de son plan d’aménagement et de gestion en 2014. Ce plan qui a une durée de mise en œuvre de 5 ans est arrivé à échéance en 2019. Le projet WACA s’est donc engagé à procéder à l’actualisation du plan de gestion et au financement de certaines activités qui seront retenues », renseigne la fiche du projet. 

La stratégie de la Banque mondiale consiste à financer des activités alternatives génératrices de revenus pour les populations riveraines, afin de mettre fin à l’exploitation des ressources des aires communautaires, notamment les poissons et la mangrove.

« Nous avons reçu ce soutien des différents projets afin que nous puissions protéger l’eau, les arbres, les animaux, les ressources autour de l’eau. Nous ne devons plus cultiver 5 mètres tout autour de l’eau », reconnait Félix du groupement ‘’Dieu Merci’’.  «Les responsables et formateurs des différents projets nous ont fait comprendre que l’usage de l’engrais chimique est dangereux pour l’environnement. Ils nous ont expliqué que lorsqu’il pleut, les produits chimiques sont conduits dans Vodountô à travers les eaux de ruissellement et sont nuisibles à tout ce qui est dans l’eau », explicite Innocent.

A Hiyo, le projet WACA a déjà appuyé 5 coopératives de maraichers installées aux abords de la lagune côtière. Reçue en juillet 2020, la première tranche du financement leur a permis d’acquérir du matériel agricole (motopompe, tuyaux, carburant), des graines de légume et du compost.

Ecolo oblige, passation de marchés

En réalité, l’usage de méthodes agricoles durables est une exigence de la Banque mondiale. « De façon globale, dans l’ensemble du pays, les personnes qui font dans le maraichage utilisent beaucoup de produits chimiques de lutte contre les ravageurs. Le projet WACA fait seulement la promotion du maraichage écologique. Le projet ne finance que les plans d’affaires qui font l’agriculture écologique ; l’utilisation de bio pesticides comme l’huile de Nîmes », fait savoir le commandant Melkior Kouchadé, spécialiste en sauvegarde environnementale de WACA-Resip Bénin.

Les maraichers bénéficiaires d’appui financier du projet ont reçu une formation sur l’usage des pesticides écologiques. Les impacts de l’usage du compost, témoignent les producteurs de Hiyo, se font déjà sentir sur leurs productivités et les revenus engrangés depuis juillet 2020.

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« La production est plus élevée. Nous avons augmenté notre productivité. Avant, en 5 jours de récolte, on pouvait avoir 5 bassines de tomate. Désormais on peut récolter jusqu’à 15 bassines », témoigne Arnaud. En termes de gain financier, estime-t-il dégageant un sourire qui masque à peine sa joie, les membres de sa coopérative Djézougnon, ont vu leurs revenus croitre autant que la production, alors que la superficie cultivée est la même. « Nous constatons de l’amélioration dans nos travaux et dans nos conditions de vie », résume Innocent.

En plus des réflexes écolos, les maraichers de Hiyo ont également reçu une formation en passation de marchés. « Avant, quand on voulait acquérir quelque chose, on se rendait au marché et on l’achetait sans prospection et sans faire vraiment attention aux garanties. Ils nous ont appris la planification, la mise en concurrence de plusieurs fournisseurs, l’exigence de garantie et l’examen du rapport qualité-prix avant tout achat », rapporte Innocent.

Cette formation en planification et passation de marchés trouve son fondement dans le modèle de financement du projet. Les fonds destinés aux coopératives ont été directement mis à leur disposition pour l’acquisition par eux-mêmes des intrants et équipements.

«Ce n’est plus comme auparavant où on nous envoyait le matériel. Cette fois, c’est nous-mêmes qui avons acheté tout ce dont nous avons besoin. On n’accusera pas plus tard WACA de nous avoir acheté du matériel de mauvaise qualité. Que ce soit de bonne ou de mauvaise qualité, ce sera de notre faute ou à notre actif », s’enorgueillit Félix.

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