Bénin: 7 clés pour comprendre le nouveau gouvernement de Talon

Djidénou Steve Kpoton
publié le 2 novembre 2017

Le deuxième gouvernement du Président Patrice Talon est connu depuis le vendredi 27 octobre 2017. A priori, aucun évènement politique ou sociopolitique majeur n’explique la formation d’une nouvelle équipe gouvernementale. Cependant, avec deux postes ministériels vacants (Défense et Transports), il était temps de pourvoir ces postes. Mieux, après 18 mois de l’exercice du pouvoir d’Etat, il semble logique que le Président de la République face quelques réglages techniques et ajustements indispensables pour la mise en œuvre de son PAG. Au Bénin, avec un paysage politique atomisé et sans polarisation, la formation du gouvernement ne traduit pas une appartenance idéologique de ses membres. Elle traduit, trop souvent, le souci de conservation et de consolidation du pouvoir politique du Chef de l’Etat. Suivant ce paradigme, quelques logiques consacrées et acceptées par la communauté politique gouvernent la formation de l’équipe gouvernementale.

patrice talon benin gouvernementLe président Patrice Talon

1- La logique de la configuration politique 

Le chamboulement du paysage politique depuis le 6 avril 2016 ne permet pas une compréhension rigoureuse de l’identité partisane des acteurs politiques présentent dans le gouvernement. Selon les indiscrétions, le Président de la République a préféré consulter les groupes parlementaires du Bloc de la Majorité Présidentielle (Bmp) et non les partis politiques intrinsèquement pris. Un groupe de 63 députés (environ 7 groupes parlementaires), devenu la prise de guerre du Président qui avait sa campagne présidentielle avec trois députés. C’est plus réaliste et plus économe pour lui. Dans ce groupe, il y a un allié de taille : le Prd qui entre dans l’équipe avec un poste. Il y a aussi les nouveaux alliés « Fcbe », qui ont rejoint la mouvance présidentielle. L’union fait la nation et le Fdu sont les grands gagnants. En somme, le Président de la république est le centre névralgique du pouvoir politique au Bénin, la formation du gouvernement consacre voir consolide les forces politiques centripètes. Enfin, le départ des ministres proposés par Ajavon n’est pas un évènement. L’intéressé avait déjà sommé ces derniers de quitter le gouvernement. Depuis l’échec du projet de révision de la constitution, le Président de la République ne cache plus son ambition de disposer d’une organisation politique pour accompagner ses actions sur le terrain.

2- La logique de l’équilibre régional 

Dans les Etats africains caractérisés par la cohabitation de plusieurs ethnies ou groupes socioculturels, le partage de pouvoir, sous sa forme positive d’implication de toutes les communautés qui forment la nation, est un enjeu. C’est une dimension importante qui participe à la stabilité politique du pays. Le Bénin n’échappe point à cette logique. Mieux, le pouvoir politique que détient le Président de la République s’exerce sur un territoire donné, bien délimité et qu’il doit stratégiquement quadrillé. C’est dans cette perspective que, la pratique politique béninoise a consacré le fameux « équilibre régional ou géographique » qu’il faut rechercher dans la répartition des postes politiques à l’échelle nationale. A la lecture du Gouvernement 2 du Président Talon, on peut dire qu’un effort a été fait. Toutefois, il faut relever l’absence du département de Littoral qui devient depuis l’avènement du nouveau départ le parent pauvre de la République. Par contre, trois départements sur les douze partagent près de la moitié (10/22) des membres de l’équipe. Il s’agit du département du Mono : deux ministères régaliens (les Affaires Etrangères et les Finances), le ministère stratégique de Cadre de Vie et le Ministère de l’Enseignement Secondaire. Le Zou s’en sort aussi gagnant avec deux postes régaliens (La Défense, la Justice) et le ministère très convoité des Infrastructures et des Transports. Idem pour le département de l’Ouémé (Energie, Fonction Publique et Commerce et Industrie). Néanmoins, un contraste politique saute à l’évidence : aucun des dix ministres ne dispose d’une emprise politique ou d’un leadership politique confirmé dans sa région.  A dix-huit mois des législatives, c’est une donnée à ne pas négliger.

3- La logique des compétences techniques 

En fonction de la configuration thématique du gouvernement, un effort est fait dans le sens des compétences techniques en rapport aux secteurs, domaines ou matière en jeu. Sur ce plan, en dehors des ministères du Développement et des Finances qui sont restés la chasse gardée des technocrates, notamment les banquiers centraux, il n’est pas nécessaire d’avoir une formation de base dans un domaine ou d’être spécialiste d’un secteur donné. D’ailleurs, les Avocats ont la réputation d’être d’excellents ministres des Affaires Etrangères alors qu’ils sont de médiocres ministres de la Justice. Toutefois, le poste de ministre devrait être réservé à des Personnalités à Haute Potentiel Intellectuel (Phpi) sur le secteur concerné. Il s’agit des personnalités publiques qui n’ont pas forcément une formation de base dans le domaine. Mais, élus ou membres de la société civile, elles s’intéressent au domaine, participent à la réflexion et contribuent de façon permanente à  la formulation des problématiques et leur résolution. En dehors du Ministre d’Etat Abdoulaye Bio Tchane qui partage avec le grand public son intérêt pour les questions liées au développement économiques du pays, on ne saurait dire autant des autres membres du gouvernement. Le diplômé en mécanique n’étant pas automatiquement le bon mécanicien, à l’œuvre on reconnaitra les vrais artisans.

4- La logique de l’approche genre 

La place des femmes et le quota réservé aux jeunes constituent aussi une grille de lecture très prisée. On note une légère hausse en ce qui concerne la place des femmes. De trois, on est passé à quatre soit 18% contre 14% dans le premier gouvernement. En ce qui concerne la jeunesse, elle se consolide avec un ministère régalien (Les Finances), un hyper ministère (Tourisme, Culture et Sports), le stratégique secteur d’avenir du Numérique, l’entreprenariat et l’autonomisation des jeunes (Pme et emploi des jeunes) et un cadeau presque empoisonné (Eaux et Mines). C’est encourageant ! Même si, au regard des dynamiques démographiques de notre pays, on pouvait espérer mieux pour les femmes et les jeunes.

5- Légitimité et crédibilité pas convaincantes

Au-delà de ces logiques, le grand challenge pour le Président de la République est de disposer d’une équipe capable de l’aider à trouver des solutions adéquates pour améliorer qualitativement les conditions de vie des Béninois. Dans un climat de morosité économique et de grogne sociale généralisée, il faut voir au-delà  des compromis politiques. Vu les enjeux, la seule question qui mérite d’être posée est la suivante : en quoi et comment les personnalités entrant peuvent-elles apporter une plus-value aux actions du gouvernement ?  Nul doute que la composition de l’équipe gouvernementale est un pouvoir discrétionnaire du Président de la République. Fort de ce pouvoir, il choisit les cadres à même de l’accompagner dans l’exécution de son programme politique. Cependant, il revient aux citoyens d’apprécier si les personnalités choisies par le Président ont la légitimité et la crédibilité pour le job. Sur ce plan, les nouvelles entrées dans le deuxième gouvernement du Président Talon ne convainquent pas. Pour cause, elles ont tous été impliquées dans la gestion des affaires publiques ces deux dernières années à des niveaux respectivement importants. Et, ce n’est point les résultats probants qu’elles ont obtenus à ses postes antérieurs qui ont motivé leur nomination. De toute façon, en dehors des ministères régaliens, les agences créées et logées à la Présidence pour la plus part sont plus opérationnelles que certains ministères.

6- Une vraie fausse note positive

Ensuite, ce qui est perçu comme la note positive de cette nouvelle équipe n’en est pas une.  Il faut le reconnaitre, l’opinion a accueilli favorablement les nouvelles compétences du Ministre Oswald Homeky. Bien évidement qu’il faut le féliciter pour cette montée en puissance. Cependant, sur cette nomination hautement saluée, il faut oser un débat capital pour notre pays. Par le passé, nous avons essayé, sans succès majeur, la « Culture et la communication », la « Culture et le Sport » avant de revenir à la « Culture et le Tourisme ». Pourquoi revenir encore à la « Culture, Sport et tourisme » ? Selon l’écrivain Florent Couao-Zotti, ce ‘’zigzag’’ inutile n’a qu’un seul nom : « l’éternel recommencement….qui nous éloigne de l’essentiel ». Ce qu’il faut rappeler, c’est que le « Sport » et la « Culture », au-delà de l’évènementiel, sont devenus des enjeux économiques et géopolitiques. Si les deux secteurs sont bien développés et orientés, ils permettent aux Etats de s’affirmer sur la scène internationale et d’engranger de dividende économique considérable. Pour ce fait, les deux secteurs méritent mieux qu’une place de l’avant dernière de la classe qui leur est réservée dans l’équipe gouvernementale.

7- Mauvais timing

Enfin, le timing de la formation du gouvernement pourrait poser un double problème. D’une part, le budget de l’Etat est déjà transmis au parlement. Or, on note une réorganisation de la structure des ministères. Les cadres doivent doublement se déployer pour faire des ajustements nécessaires. Ce qui pourrait avoir un coût pour le contribuable. D’autre part, comment les nouveaux ministres pourront défendre avec la pertinence qu’il faut les budgets dont ils ignorent tout de la philosophie et de l’élaboration ? Encore de l’improvisation et de l’approximation qui caractérisent et gangrènent notre pays. Autrement, ce qui retient l’attention à la lecture du gouvernement 2 du Président Talon, tout comme le premier gouvernement, c’est qu’il y a encore un « Nouveau Départ, mais toujours pas de « rupture ».

Djidénou Steve KPOTON, Juriste-Analyste Politique

 

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