Françafrique: propos contradictoires d’Emmanuel Macron au Burkina Faso

La rédaction
publié le 1 décembre 2017

Macron à la suite de la honteuse « l’Afrique n’est pas suffisamment entrée de l’histoire » de Sarkozy et du discours prudent de François Hollande, a prononcé devant des centaines d'étudiants son discours de politique africaine à l'université de Ouagadougou, au Burkina Faso ce 28 novembre 2017. Tel le « Saalam Alaikum » d’Obama au Caire, le Président Macron a su mettre tout un amphi et même tout un pays dans sa poche, comme on dit communément, en voulant « la construction de l’avenir que vous osez inventer » de Sankara.

emmanuel macron burkina faso Emmanuel Macron lors de son discours au Burkina Faso

Commencer un discours au Burkina, de Sankara, en lui rendant hommage est plus qu’indiqué pour se faciliter la suite d’un exercice difficile et dans un pays hostile à la France, grand soutien de Compaoré tombeur de Sankara et bourreau des démocrates bon teint. Par la suite que peut-on retenir sur le fond d’un discours long d’une heure quarante et une minutes ?

Des thématiques de l’heure ont été au cœur de son intervention, celles qui lui sont chères aussi. Du terrorisme à l’immigration clandestine, de la bonne gouvernance à la promotion de la femme sans oublier les survivances de la colonisation. Tout au long de son discours, le jeune président a été factuel, a reconnu ce qui doit l’être, a tait ce qu’il ne faut pas aborder et a promis une déclassification qui risque de faire des vagues. Qui a intérêt aujourd’hui à la declassification du dossier de l’assassinat de Sankara ? Bien évidemment le peuple Burkinabè et après ? Compaoré n’est pas en Côte d’Ivoire sans l’onction des Français. Il n’est pas devenu citoyen Ivoirien sans leur accord (je présume). Qu’adviendra-t-il de Ouattara si le dossier est déclassifié, surtout si ce dernier reste évasif sur son avenir politique.

Cours de développement économique

Un point nodal de son discours : « Je ne vais pas vous dire quelle est la politique africaine de la France, car il n’y a plus de politique africaine de la France ». Cette déclaration a été accueillie et à raison par l’ovation des étudiants sur place et par tout une jeunesse africaine qui en a marre que la France lui indique à chaque fois ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire. Mais par la suite, Macron a fait quasiment un cours de développement économique en commençant par peindre l’Afrique dans cinquante ans et par la suite les défis qui seront les siennes comme la menace des extrémismes religieux, le climat et son obsession de la démographie en Afrique mais cette fois avec moins de condescendance et de nuances. Et en face de ces défis, ce que la France propose pour accompagner la jeunesse africaine à faire face efficacement à ce devoir, son devoir. Ce fut ainsi une série d’orientations stratégiques qu’il a décliné et par rapport auxquelles la France, sous son mandant, axera sa politique de coopération. Mais, « il n’y a plus de politique africaine de la France » a-t-il déclaré à l’entame de son discours.

Dernier point qu’il m’importe de souligner, « la restitution des œuvres africaines aux pays africains ». C’est certainement un clin d’œil à la demande de restitution voulu par le Bénin et abondamment relayée par les médias. Que sa volonté soit suivi d’effet et tout le continent applaudira ; car quel est cet Etat, pays des droits de l’Homme, qui garde et avec une pointe de fierté l’histoire et les œuvres qui la subsume de plusieurs pays.

Par Christian Abouta, Sociologue-Evaluateur

 

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