Bénin : Nouveau programme d’étude ou nouveau problème pour le système éducatif ?

Falilatou Titi
publié le 20 juillet 2017

Vers les années 2000, le Bénin a opté pour un nouveau système d’enseignement appelé d’abord nouveau programme et plus tard approche par compétence. Selon les autorités en charge de l’éducation, à cette époque, ce programme avait pour but de faciliter l’apprentissage et de renforcer le niveau des apprenants à l’école. Mais après plus de quinze (15) ans de pratique de ce programme, le constat est tout autre. On assiste de plus en plus plutôt au déclin du niveau des élèves.

Des élèves béninois

« J’ai parti », « Il a ouvri », «Tu vas mort demain », etc. Telles sont les expressions qui sortent souvent des bouches des élèves, dans les rues, sur le chemin de l’école, en récréation et même en classe. Sans doute avec l’ancien programme d’étude, on entendait aussi ces expressions. Mais le constat actuel est criard. Des élèves au Cours Moyen (CM1 et CM2) sont incapables d’écrire correctement leurs noms et prénoms. Ils ne savent que lire les textes appris à l’école et là encore ! Lorsqu’il s’agit de les lire à la maison, ils n’en sont plus capables. Les textes sont récités comme des poésies, à une vitesse qui ne dit pas son nom. Au tableau ou dans le manuel de lecture, pendant que l’élève pointe le bâton sur la première phrase du texte, il est en train de réciter soit l’avant dernière phrase ou la dernière ligne de celui-ci. Si à l’orale le niveau est si bas, qu’en est-il de l’écrit ? Inutile de chercher à le savoir. Les élèves écrivent désormais au son. On dirait que les règles de grammaire, de conjugaison et d’orthographe ne sont plus au programme dans l’enseignement. Ils traînent ainsi ces tares jusqu’au collège. Les enseignants ont toutes les peines du monde à corriger les copies, après les interrogations écrites ou les devoirs surveillés. Le niveau relativement bas en Français les suit dans les autres matières. Parfois après la lecture de certaines copies, les enseignants ont l’impression que les élèves n’ont pas compris le sujet proposé. Non seulement le niveau d’expression en Français est faible, mais aussi il joue beaucoup sur le niveau de compréhension des apprenants. Moins ils comprennent les sujets plus leur chance de réussir est faible. Il suffit d’échanger avec un de ces élèves du nouveau programme pour retrouver le sourire si on l’avait perdu. Le vocabulaire des vendeurs ambulants est encore potable, comparé au leur. « J’ai été choisie par le sujet n° 2 », c’est la réponse d’une candidate au BEPC 2017 suite à la question d’un journaliste. Les phrases du genre courent les rues à longueur de journée. Du Nord au Sud, de l’Est à l’ouest, le niveau des apprenant est pratiquement le même. Les quelques élèves qui ont un bon niveau sont ceux qui ont un suivi régulier de la part des parents ou de certains enseignants et sont pour la plupart dans des écoles privées. A cette allure si rien n’est fait on assistera au déclin complet de notre système éducatif.

Programme défaillant ou manque de pédagogie ?

Nul ne saurait donner une réponse exacte à cette question puisque les responsabilités sont collégiales. D’aucuns estiment que l’approche par compétence en soi n’est pas un mauvais programme. Selon eux, c’est un problème de pédagogie qui se pose. Pendant ce temps, d’autres pensent que c’est le programme qu’il faut changer. Si des écoles ont donné 0% de réussite au CEP 2016, ce n’est pas seulement la faute des directeurs de ces écoles. C’est aussi celle du système mis en place. Ce n’est donc pas en les limogeant que le problème serait réglé. Comment comprendre qu’aucun élève ne soit admis à l’examen de fin d’année dans une école, après neuf mois de cours ? Chaque année les taux de réussite les plus élevés aux examens, proviennent des écoles privées. Tout porte à croire que pour avoir un enseignement de qualité, il faut forcément aller dans ces écoles. Et cela n’inquiète apparemment personne. L’enseignement donné dans ces écoles est-il différent de celui donné dans les écoles publiques ? Que faire pour rehausser le niveau des apprenants et redorer le blason de l’école béninoise ? L’ex quartier latin de l’Afrique maintient-il encore cette réputation ? Certains disent même qu’il est devenu « quartier latrine ». Il ne sert à rien de prolonger la durée d’une année scolaire si on n’a pas le temps de repenser sa gestion. Tous les acteurs, quels que soient leurs bords politiques, doivent être impliqués dans la réforme du système éducatif. Personne ne sera de trop tant qu’il s’agit de redonner à l’école béninoise ses lettres de noblesse. Si on veut former des cadres efficaces et efficients, il faudra tout simplement revoir tout le système, de la base au sommet. Il ne s’agit pas d’attaquer l’enseignement primaire, secondaire ou encore supérieur. Tous les secteurs sont aujourd’hui concernés et méritent d’être tous pris au sérieux. Cela y va de la vitalité de tout le système et du développement du Bénin.


  • EFFIO A Lionel
    il y a 1 an

    Vraiment le système éducatif béninois laisse à désirer. Et c'est déplorable. Merci pour l'article.

  • Ken
    il y a 5 mois

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  • NEL
    il y a 2 mois

    Are you beninese?