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Francophonie-limogeage de Kako Nubukpo: 5 leçons d’Ernest Adjovi à Michaëlle Jean

Léonce Gamai
publié le 14 décembre 2017

En visite de travail de 4 jours au Bénin depuis ce mercredi 13 décembre 2017, la Secrétaire générale de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) Michaëlle Jean était ce jeudi 14 décembre 2017 à l’Assemblée Nationale où elle s’est adressée aux députés. Et pourtant, le sens et le symbole de ce lieu sont tout le contraire de l’acte qu’elle a posé en limogeant le Togolais Kako Nubukpo de son poste de directeur de la francophonie numérique et économique, pour ses positions anti-FCfa. C’est du moins ce que rappelle Ernest Adjovi, businessman culturel, président des Kora Awards, dans une tribune parvenue à Banouto quelques instants après le discours de Michaelle Jean au Parlement. L’Objecteur de conscience estime que  « l’éviction brutale » de Kako Nubukpo  « est une décision déshonorante pour la cause noire.» Et après une telle décision, poursuit-il «si Madame Michaelle Jean s’invite sur la terre d’Afrique précisément au Bénin, on peut lui opposer un bras d’honneur pour dire qu’elle n’est pas la bienvenue pour plusieurs raisons». Sa tribune est intitulé «Madame Michaëlle  Jean, Vous n’êtes pas la bienvenue sur la terre des Amazones.»

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Le mardi 5 décembre, le Togolais Kako NUBUKPO, Directeur de la Francophonie Economique et Numérique a été brutalement éjecté de son poste par la Secrétaire Générale de l’OIF, Michaëlle JEAN. En effet, il lui est reproché d’avoir signé une tribune contre le franc CFA publiée le 29 novembre sur le site d’information Le Monde Afrique, en réponse aux propos tenus par Emmanuel MACRON lors de son déplacement à Ouagadougou, le 28 novembre.

Et pourtant, depuis la publication de son livre «Sortir l’Afrique de la servitude volontaire: à qui profite le franc CFA ?» (Ed. La Dispute, 2016), M. Kako NUBUKPO est devenu une figure de proue pour l’indépendance monétaire des pays de la zone franc. Déjà en poste à l’OIF, son activisme intellectuel sur le sujet participe à un éveil de la conscience de la jeunesse africaine. Il incarne la liberté de pensée et le respect mutuel des peuples et des cultures, des valeurs et principes défendus par l’OIF.

Son éviction brutale par Mme Michaelle JEAN est une décision déshonorante pour la cause noire. Loin de m’immiscer dans les affaires internes à  l’OIF, je trouve, comme beaucoup d’autres Africains,  gênante cette tentative de musellement d’un intellectuel de l’espace francophone.  Cette décision porte un coup grave à la dignité de l’homme noir qui, durant des siècles, s’est vu embrigader, torturer, étouffer, brimer. Pour faire court, déshumaniser. Si après une telle décision, Madame Michaelle JEAN s’invite sur la terre d’Afrique précisément au Bénin, on peut lui opposer un bras d’honneur pour dire qu’elle n’est pas la bienvenue pour plusieurs raisons.

Madame Michaelle JEAN, l’hémicycle d’où vous vous êtes adressée au peuple béninois est pour nous un symbole de liberté et de dignité. Symbole de liberté parce que chez nous au Bénin, la parole est libre. Nous nous sommes battus pour que le délit d’opinion soit banni de nos mœurs. Pour ce symbole, bien évidemment, vous êtes indigne à prendre la parole en ce lieu sacré pour la démocratie béninoise.

Madame Michaelle JEAN, le parlement béninois à pour symbole la jarre trouée du Roi GUEZO. Cette jarre, symbole de l’unité du peuple béninois est célébrée au-delà des frontières béninoises. Car, dans son symbolisme, cette jarre est aussi considérée par l’élite noire comme une exhortation à l’unité pour construire une Afrique digne et rayonnante. Une Afrique économiquement indépendante. Or, en limogeant un africain pour ses opinions anti domination impérialiste, vous ne venez pas boucher la jarre trouée en tant que noire native d’Haïti, terre du vodoun. Mais, vous ôtez, avec cynisme, de précieux doigts aux troues de la jarre. Pour cet acte, vous ne serez pas acceptée au nom des mannes de nos ancêtres sur la terre fétiche d’Allada.

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Madame Michaelle JEAN, en décembre 1955 dans la ville de Montgomery, Rosa PARKS avait refusé d'obéir au conducteur de bus qui lui avait intimé l’ordre de laisser sa place à un Blanc et d'aller s'asseoir au fond du bus. 62 ans après, juste pour faire plaisir au maitre blanc, vous avez remis en cause cet acte de bravoure de Rosa. Fort heureusement pour la cause noire que vous n’étiez pas à la place de Rosa PARKS.

Madame Michaelle JEAN, Nelson MANDELA a passé 27 ans en prison pour que dans la longue marche des nations humaines, la couleur de peau ne soit pas un abime pour l’homme noir. Kako NUBUKPO, par ses opinions, quelles que soient les règles de votre institution, marche dans les pas de Madiba. Car, au cas où vous l’ignorez, l’apartheid était aussi une règle.

Au fond, cette décision prise à la demande d’un chef d’Etat africain, autocrate et despote, qui ne se soucie aucunement du bien être de son peuple à plus forte raison des intérêts de notre cher continent dont vos petits enfants viendront revendiquer un jour leur appartenance, témoigne à suffisance que vous n’avez pas l’étoffe pour porter la Francophonie de Senghor et de Césaire.

Chez nous au Bénin, la femme noire est une amazone. Elle continue de rester assise, comme Rosa PARKS, pour que l’HOMME noir reste debout. Voilà pourquoi vous n’êtes pas digne de marcher sur la terre des amazones, MON BÉNIN à MOI!

Ernest Coovi ADJOVI,

Président des Kora-Awards,

Objecteur de Conscience.

 

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