POLITIQUE 1 Commentaire

Bénin-retrait du droit de grève : un député pro-Talon collé par le politologue Lalèyè

Olivier Ribouis
publié le 12 janvier 2018

Invité à la Rencontre Café médias Plus ce vendredi 12 janvier face  au politologue Francis Lalèyè pour débattre  de l’actualité sur la loi controversée du retrait du droit de grève aux magistrats et aux agents de la santé, l’honorable Gildas Agonkan, député proche du pouvoir a eu maille à partir sur des questions percutantes de son vis-à-vis.

deputes-parlement-benin Des députés au parlement béninois

L’actualité sur le retrait du droit de grève aux travailleurs des secteurs de la justice et de la santé en République du Bénin a fait objet de débat houleux ce vendredi 12 janvier à la rencontre du Café Médias Plus. Pour ce 170ème numéro marquant la rentrée 2018,  c’est le député Gildas Agonkan proche du pouvoir et un de ceux qui ont  voté la loi controversée, qui a répondu présent face au politologue Francis Lalèyè.  L’homme sûr de lui-même dit  ne pas avoir  de remord en dépit de toutes les agitations avec les grèves déclenchées  par l’UNAMAB et une grande coalition de centrales et confédérations syndicales dans le pays. « Si c’est à refaire, je le  referai » a-t-il déclaré. Pour cause,  le député soutient  que le Béninois  est du type à  vouloir les réformes pourvues qu’elles ne touchent pas à ses intérêts.  Une argumentation  qui ne convainc pas son vis-à-vis, le  politologue Francis Lalèyè.  Le spécialiste rappelle que la loi est votée dans un contexte  de promesses non tenues du gouvernement aux  travailleurs. Il  relève aussi que cette  suppression du droit de grève « pose problème dans  la  forme » de même que  dans le fond.  Il constate que  ceux qui défendent cette suppression ne voient que les inconvénients dans l’expression du droit de grève.  « Il faut faire très attention. Quand j’entends parler des gens sur le droit de grève j’ai l’impression qu’on ne voit que des inconvénients sans voir les avantages. Depuis 90, la grève est devenue le dernier rempart contre la toute-puissance de l’exécutif.  Qu’on s’appelle Kérékou, qu’on s’appelle Soglo, qu’on s’appelle Yayi et  qu’on s’appelle Talon, je crois qu’il ne faut pas oublier ça », alerte l’analyste politique.  Aussi souligne-t-il,  « en ayant  l’illusion de croire que le dirigeant du  moment n’abuserait pas de la suppression du  droit de grève à des travailleurs, il ne faut pas perdre de vue l’après. Il faut faire très attention. Nous sommes champion des solutions circonstancielles et des solutions à court terme ».   De son point  de vue, avant d’aller à cet extrême, « il faut toujours mettre en  balance, les avantages et les inconvénients ». Et quand il le fait à son niveau, la conclusion est sans appel :  « Je ne pense pas que les inconvénients que nous ayons vaillent la  suppression. Je pense que la suppression n’est pas le bon choix. La question c’est d’encadrer le droit de grève, d’en limiter les abus à défaut de les éviter ».

Le député  mis en difficulté

D’une situation, l’on pourrait déboucher sur une autre.  Le politologue use d’interrogations sans détour pour mettre le député défenseur de la suppression du droit de grève en difficulté. « L’immunité parlementaire a-t-elle des abus ? Oui ! Faut-il la supprimer ? », demande-t-il. Une  autre question, c’est celle de savoir quel lien faire avec l’amélioration spectaculaire  des salaires des magistrats dans la même loi qui leur arrache le droit de grève. « Quel lien entre la  suppression de grève et l’amélioration des salaires des magistrats ?  Si la Cour annule la décision, faut-il annuler l’augmentation des salaires des magistrats ? ». Des questions restées sans réponses  convaincantes du député qui lui-même admet que le Bénin traverse une situation sociale pas très enviable. « Personne ne peut occulter le climat social qui a court.  Ça va être  un déni de la réalité que de dire que tout se passe  bien.  Même le chef de l’Etat a dit dans son discours, avec force et  détermination qu’il  y a problème » a-t-il admis.  Dans une telle situation, pour  le politologue,  « il faut faire attention ».


  • Djobloski
    il y a 9 mois

    C'est tout ce que vous aviez retenu de ces echanges ça ? Bien dommage