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Bénin- réforme du système partisan: pugilat idéologique de juristes et députés

Olivier Ribouis
publié le 9 mars 2018

Invités dans un contradictoire dimanche 25 février sur la télévision nationale à propos de la réforme en cours du système partisan béninois, députés et juristes se sont livrés à un pugilat idéologique.

louis vlavonou deputeLe député Louis Vlavonou, porteur du projet de loi sur la réforme du système partisan

De grandes contradictions sur la réforme du système partisan béninois. La proposition de loi portant réforme de la charte des partis politiques au Bénin, introduite au parlement par le député Louis Vlavonou ne satisfait pas les attentes. Du moins, celles du juriste Serge Prince-Agbodjan  et le député Noureni Atchadé. Face au porteur de la nouvelle loi soutenu par le juriste, avocat et chef du parti RB (Renaissance du Bénin) Me Abraham Zinzindohoué,  ils ont exprimé leurs insatisfactions.  « C’est une réforme trompe l’œil, une réforme pour contrôler les formations politiques, régenter les formations politiques. Le pouvoir en place veut régenter les formations politiques », assène le député et porte-parole du parti FCBE Atchadé.  « Le diagnostic est faux », a défoncé, peu avant lui, le juriste Agbodjan  qui réfute les motifs d’ « inflation du nombre de parti » et  d’incapacité des partis politiques à conquérir le pouvoir depuis plus de six élections présidentielles et 7 législatives au Bénin, avancés par Louis Vlavonou soutenu par Me Zinzindohoué. 

Selon le juriste Prince-Agbodjan, «on ne parlerait pas de multitude de partis politiques au Bénin » si on appliquait rigoureusement l’actuelle charte des partis. 

Avec l’application de l’article 7 de cette loi, il estime qu’au lieu 236 partis politiques officiellement dénombrés, il ne resterait qu’une cinquantaine. Selon cet article 7 dit-il, « on ne peut pas parler de parti politique si vous ne participez pas à deux élections législatives consécutives ». Le député Nouréni est de cet avis. « Ce que dit Prince c’est que nous avons un problème d’application de la loi. L’article 7 dit c’est au ministre de l’Intérieur d’appliquer la loi. Le ministère de l’Intérieur aurait pu dire qu’on n’a pas plus de 50 articles », a-t-il renchéri, informant qu’il y a 276 partis politiques au Sénégal, 176 au Mali  et 450 formations politiques en France en 2017.  Les deux alliés idéologiques de circonstance s’opposent à l’idée d’une agence sous tutelle du ministère de l’intérieur pour veiller à l’application de la nouvelle charte qui n’est pas encore adoptée au parlement. 

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Le député Noureni  dénonce un Conseil d’administration digne d’ « une structure budgétivore» sous le contrôle du pouvoir.  Agbodjan ne conçoit pas ça et propose une structure dégraissée sous la coupole de la CENA.

La défense

Face aux critiques, Louis Vlavonou et Me Abraham Zinzindohoué soutiennent mordicus la pertinence de la loi.  « Il y a 20 ans que j’ai tiré sur la sonnette pour montrer que la charte telle qu’elle est, si on ne la revoit pas, nous allons droit dans le mur », documente Me Zinzindohoué, un opuscule à l’appui. Pour lui, le 1er tour de l’élection présidentielle 2016  donnant en tête « trois hommes d’affaires, trois milliardaires  arrivés 1er, 2ème et 3ème»  est une preuve de la nécessité de la réforme. Auteur ou co-auteur de plusieurs études sur la question, il assure : « Le diagnostic est qu’il y a inflation ». Il ne partage pas les critiques en face. « Prince Agbodjan n’est pas dans la réalité », réplique l’enseignant-chercheur et chef d’une aile du parti Renaissance  du Bénin qui pointe la non-appartenance à un parti politique de son vis-à-vis.  « Il (Agbodjan Ndlr) est en train de surfer sur  l’ignorance des gens. Il utilise sa position de juriste pour tromper les gens. Ce qu’il fait n’est pas bon », enfonce Louis Vlavlonou.

Tenant à la réforme et s’appuyant sur la définition scientifique d’un parti politique,  Me Zinzindohoué  relève que la multitude dénoncée est un secret de polichinelle pour tous les Béninois.

Le scientifique et politicien dénonce  un vice lié à cette prolifération de formations politiques : « Mes études ont montré  que la  première cause de corruption au Bénin, c’est le financement électoral».

A ce sujet, la proposition de Vlavonou, à son avis, règlera un tant soit peu ce problème et d’autres. A ceux qui estiment que sa proposition limitera la création de partis, Vlavonou clarifie : « nous n’avons pas limité le nombre de partis. Dans aucun article on n’a limité le nombre de partis. Faudrait pas qu’on fasse croire aux populations que la loi est contre le multipartisme intégral ». En dépit de la contradiction, ceux-ci estiment les critiques apportées par ceux qui parlent d’« une réforme en trompe l’œil » contribueront à mieux faire.

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