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Bénin-Interview exclusive Akofodji (1/3): affaire Dangnivo, révélations de l’ex-ministre de la Justice

La rédaction
publié le 11 juillet 2018

Dans cette première partie de son interview exclusive à Banouto, Grégoire Akofodji, ministre dans l’un des gouvernements de l’ex-Chef d’Etat Boni Yayi, parle de l’affaire Dangnivo.

gregoire akofodji L'ancien ministre Grégoire Akofodji le 19 juin 2018 à Cotonou, lors de l'interview avec Banouto

 

Dans la partie méridionale du Bénin, le mois de Juin est un mois pluvieux. Pour emprunter l’explication que certains enfants donnent du phénomène de la pluie, on dirait que durant ce mois, « Dieu lave ses habits et jette les eaux après sa lessive » régulièrement. Mais, ce 19 juin 2018, il n’a pas fait la lessive, du moins, il n’a pas jeté les eaux sur Cotonou. Le temps est clément sur la capitale économique béninoise. Les rayons du soleil ne sont pas du tout agressifs. Et c’est tant mieux pour l’équipe de la rédaction de Banouto.

Nous avons rendez-vous avec Grégoire Akofodji, l’ancien ministre de la Justice du président Boni Yayi, pour une interview. L’ex-Garde des Sceaux, quelques jours auparavant, avait laissé entendre sur un plateau de télévision au sujet de l’affaire Dangnivo, du nom de ce cadre du ministère de l’Economie et des Finances qui a disparu en août 2010, que des pièces essentielles du dossier avaient disparu.

Pour en savoir davantage sur cette affaire qui pendant de longues semaines a paralysé l’administration des Finances il y a 8 ans et continue d’être un sujet d’intérêt pour nombre de Béninois, Banouto a sollicité une interview auprès du ministre Akofodji. Le rendez-vous pour l’interview avait été fixé à 10 heures à son bureau sis au premier étage d’un immeuble R+1 au cœur de la zone commerciale de Missèbo.

Vêtu d’une chemise et d’un pantalon sobres et élégants, le ministre Akofodji est assis sur un canapé en cuir. Le regard dans les yeux de l’équipe de la rédaction, Grégoire Akofodji est prêt pour l’interview, un exercice qu’il n’avait plus répété sur l’affaire Dangnivo depuis son départ du ministère de la justice pour celui de l’Agriculture. Interview.

 

Banouto: Il y a quelques semaines, vous affirmiez, sur une télévision de la place que des pièces essentielles du dossier Dangnivo ont disparu. Alors de quoi s’agit-il ?

Grégoire Akofodji: Je disais, en ce moment-là, qu’on aurait pu beaucoup attendre du gouvernement en place pour essayer d’élucider l’affaire Dangnivo. Ceux qui sont au pouvoir aujourd’hui étaient dans l’opposition à cette époque et l’information qui a circulé selon laquelle Dangnivo serait mort ou aurait été tué à la Présidence a été agitée par cette opposition de l’époque au régime du président Yayi. Souvenez-vous du mouvement « mercredi rouge », des grèves qui ont paralysé l’administration. On aurait pu s’attendre à ce qu’une fois au pouvoir, ces personnes fassent évoluer ce dossier avec célérité. Je rappelle que Me Joseph Djogbénou, devenu  ministre de la justice était l’avocat de la partie civile. Il n’était pas de notre côté. Il était acteur de la société civile et figure emblématique du mouvement « mercredi rouge » qu’il dirigeait avec les organisations syndicales. Bref ! On a fait porter au régime Yayi la responsabilité de la disparition de Pierre Urbain Dangnivo. La question que nous nous posons aujourd’hui c’est de savoir pourquoi les réponses essentielles dans ce dossier n’ont pas pu être apportées depuis le changement de régime ?

Vous semblez reprocher à Me Djogbénou avocat de la partie civile, de n’avoir rien fait pour l’avancement de ce dossier pendant qu’il était ministre de la Justice. Avait-il vraiment les marges de manœuvres, puisqu’on parle de séparation des pouvoirs ?

Lorsqu’on est ministre de la justice, on n’est pas juge, mais on est le chef du parquet. On peut l’instruire pour que les diligences soient faites, et en l’espèce, ce que moi j’attendais du ministre Djogbénou, c’était  qu’il donne les instructions pour que les diligences soient faites, qu’il facilite enfin la réalisation du test ADN. Étant avocat de la famille, puis Garde des sceaux, il aurait pu la rassurer de toute la transparence et l’impartialité requises. Il était en bonne position pour faire en sorte que ce test se fasse pour conforter le dossier. Mais ça n’a pas été le cas. Avocat de la partie civile, quel intérêt a-t-il à ce que le test ne se fasse pas ? Mais quel est le problème pour qu’on ne fasse pas le test ADN ?

On vous retourne la question.

Je ne sais pas où se trouve le problème. Toujours est-il que pour identifier de façon formelle le corps, un travail a déjà été fait. Ce travail est clair et scientifiquement indiscutable.  Mais on voulait bien que le test ADN vienne confirmer les travaux d’expert existants. C’est un examen qui n’est pas douloureux. Il suffit de passer du coton dans la bouche de quelques membres de la famille pour savoir si le corps exhumé à Womey est celui d’un membre de la famille ou non, afin que le rapport génétique soit établi. Mais pourquoi est-ce que depuis 2010, depuis que Dangnivo est porté disparu, pourquoi depuis cette époque-là, on n’a pas pu faire le test ADN ? Peut-être que, du temps où nous étions au pouvoir, on a pu penser que nous étant au pouvoir nous pourrions manipuler les résultats. Encore qu’à cette époque, nous avons donné toutes les assurances pour que la famille puisse désigner des experts de son choix à qui ils rendraient compte et que le gouvernement en paie les frais. Aujourd’hui, nous ne sommes plus au pouvoir. Ceux qui défendent la famille et qui sont au pouvoir depuis plus de deux ans, pourquoi ne font-ils rien pour l’aboutissement du dossier ?

Maintenant quittons la question du test ADN. On a trouvé un corps dans la cour du sieur Alofa Codjo. Qui a déposé ce corps là ? Ce corps-là appartient à qui ? C’est le corps de qui ? C’est un être humain et le parquet doit pouvoir s’en saisir. Deux informations ont été ouvertes à l’époque. La première concerne l’identification de ce corps, son lien avec Dangnivo.  La deuxième, où est Dangnivo ? Les deux procédures ont finalement été jointes en une procédure pour aller plus loin. Et puis, qui avait intérêt à faire disparaître Codjo Alofa de la prison civile d’Akpro-Missérété ? Il y a eu cette évasion qui avait bien marché avec des complicités évidentes. N’eût été la coopération entre les Présidents Faure Gnassingbé et Boni Yayi, on n’aurait jamais retrouvé Alofa. Le Président Yayi avait tout fait auprès de son frère Faure Gnassingbé pour que Alofa soit retrouvé. Rappelez-vous, quand Alofa est revenu, des gens ont dit que ce n’était pas le vrai Alofa, que c’était plutôt un sosie. Mais, alors que c’était bien Alofa. Toujours la manipulation…Si Alofa n’avait été retrouvé, on aurait fait un pas vers une affaire non élucidée pour toujours.

Qui, selon vous, avait intérêt à faire disparaître Alofa ?

C’est évident que c’est...

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