Guy Mitokpè : «les riches ne peuvent pas être plus candidats que les pauvres» au Bénin

Olivier Ribouis
publié le 31 août 2018

Au cours des débats autour de l’examen de la proposition de loi portant Code électoral en République du Bénin, le député Guy Mitokpè s’est à nouveau, insurgé contre la disposition qui augmente vertigineusement le montant des cautions pour les candidats aux élections, fixées à 10% du montant total des frais de campagne.

guy-mitokpe le député Guy Mitokpè

L’examen du nouveau code électoral tire à sa fin à l’Assemblée nationale et les débats se font plus houleux. Dans la guerre des idées qui a lieu autour du code controversé, des voix s’élèvent contre la hausse du montant des cautions à payer  pour les candidats aux élections. Fixées à 10% du montant total des frais de campagne, ces cautions sont de l’ordre de 249 millions F Cfa à raison de 3 millions par candidat titulaire aux législatives et de 250 millions F Cfa pour la présidentielle.

Ces cautions donnent du vertige à Guy Mitokpè, député d’opposition. Il y voit une manœuvre d’exclusion et de confiscation du pouvoir par les riches. «Les riches ne peuvent pas être plus candidats que les pauvres. L’argent ne peut pas être un critère d’exclusion», s’oppose Guy l’élu du parti Restaurer l’Espoir (RE). Guy Mitokpè ne comprend pas comment la caution  pour les législatives est passée de 8,3 millions à 249 millions F Cfa par liste pour les législatives et celle de la présidentielle de 15 millions à 250 millions F Cfa.

Le cas béninois dépasse l’entendement selon l’opposant qui cite l’exemple des pays considérés comme des modèles de démocratie. « La caution aux Etats-Unis d’Amérique est de zéro dollar et zéro euro également en France », relève-t-il.

INTEGRALITE DE LA DÉCLARATION DU DEPUTE GUY MITOKPE SUR LA RELECTURE DU CODE ÉLECTORAL.

Je vous remercie Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale,

Avant toutes choses, je voudrais inscrire ma présente intervention comme un témoin devant l’histoire et un message à la postérité. Cette intervention, si elle peut changer quelqu’un ou quelques-uns au sein de la majorité mécanique, elle aura alors apporté à notre démocratie une image meilleure et une stabilité politique consolidée.

Monsieur le Président,

La proposition de relecture de notre code électoral à cette période bien précise, est un acte risqué, un acte délicat, voire compromettant pour ceux qui en ont eu l’initiative.
Le projet de code électoral qui a été validé en commission, est un projet dangereux non seulement pour notre démocratie mais également et surtout dangereux pour les initiateurs eux-mêmes. 


En effet, le caractère détaché et impersonnel qui doit être à la base de la monture de toute loi dans une démocratie, est le garant, la condition non négociable de la paix et de la stabilité dans cette même démocratie.


Le travail que le parlement s’apprête à valider aujourd’hui au cours de cette 7ème législature de notre ère de multipartisme et de démocratie, est une injure, un affront, un attentat contre la sueur et le sang des pères fondateurs de notre démocratie. Mieux, c’est un assassinat de nos valeurs et un coup de force, voire un acte de démocrature contre la lutte des pères pacifistes de notre jeune démocratie.

Monsieur le Président,

Il est écrit quelque part que « tout m’est permis mais tout ne m’est pas utile ». Aussi, quand bien même que l’on détient une majorité aussi confortable que celle que détient le Bloc de la Majorité Parlementaire (BMP), le bon sens recommande qu’on sache légiférer pour la postérité et ceci dans un esprit de patriotisme irréprochable.

Monsieur le Président,

Aux Etats-Unis, une des plus vieilles démocraties modernes, la caution aux élections présidentielles est de zéro dollar. Cette mesure inclusive respecte en effet le principe selon lequel « nul ne peut vendre et ne doit acheter les droits acquis par le sacrifice des pères fondateurs ».

En France, un pays de démocratie moderne, les droits universels sont définitivement acquis et sont exclus du champ de la spéculation financière. Le droit de vote intimement lié au droit d’être candidat ne peut être soumis à un cautionnement financier tout comme le droit d’être candidat. Ainsi donc, les riches ne peuvent être plus candidats que les pauvres. Le caractère égalitaire de tous à l’occasion de la mise en compétition des mandats de représentation politique, impose que l’argent ne serve pas de critère d’exclusion. Ainsi donc, la caution aux présidentielles en France est de zéro euro.
Presque partout, les pays de démocratie moderne ne subordonnent plus la jouissance et l’exercice des droits de l’homme, des droits électoraux universels, du droit à des élections libres, égalitaires et véritablement concurrentiels, des droits politiques aux obstacles de l’argent.

En subordonnant l’argent à tout, on transforme la République issue de la Conférence Nationale de 1990 en République des casinos. Et puis c’est grossier de passer de 8.300.000 FCFA à 200.000.000 FCFA, soit un taux d’augmentation de plus de 1600%, c’est une drôle moquerie parlant des législatives. De même, pour ce qui est de l’élection présidentielle, passer de 15.000.000 FCFA à 250.000.000 FCFA, soit un taux d’augmentation de plus de 2000%, est non seulement drôle mais également un acte témoin d’une mafieuse malice d’exclusion.


Fixer de l’argent de cautionnement pour être candidat à une élection, est une exception et on n’abuse pas d’une exception. C’est inadmissible, tout simplement. Nous ne sommes ni en oligarchie ni en ploutocratie. Nous sommes en démocratie libérale de type moderne, une démocratie égalitaire. Nous devons arrêter ce jeu dangereux qui est très préjudiciable à l’ensemble de notre Nation.

Ma génération doit saisir le sens des défis pour la préservation des acquis des pionniers du Renouveau démocratique et de l’état de droit. C’est une priorité, je dirai même une urgence.

En politique comme sur un champ de bataille, il est conseillé aux stratèges en chef de cesser d’avancer si en face des troupes d’une armée réputée redoutable, ils avancent sans résistance. 


Quand en face de vous tout est mou, craignez l’enlisement. De cette même manière, en démocratie moderne une majorité ne peut pas se croire tout permis sans être un danger pour la paix.

Monsieur le Président,

Le document qui a été validé par la commission des lois, doit subir de profonds amendements, si tant est que notre parlement est à l’écoute du peuple. Ce document, notre peuple n’en veut pas, du moins en l’état. C’est pourquoi, je voudrais interpeler chaque Député de la majorité parlementaire, à entrer en lui-même et à accepter que des amendements de qualité puissent être apportés à ce dangereux projet, qui n’est rien d’autre qu’un nième complot contre notre peuple.

Monsieur le Président,

Au nom de quoi, doit-on tailler un document aussi important que le code électoral sur mesure et profiter de sa relecture pour régler des comptes personnels à des adversaires politiques.
S’il est vrai que nous encourageons tous les citoyens à payer leurs impôts, il est tout aussi pertinent que nous refusons que le quitus fiscal puisse être utilisé comme une arme pour écarter des adversaires politiques avant même la compétition.

Monsieur le Président,

Nous sommes contre la disposition du présent code qui exige un résultat de 15% du suffrage national exprimé à tout parti politique qui espère avoir un Député dans une circonscription quelconque du pays. Cette disposition du présent code constitue un recul démocratique digne d’une République bananière. Une élection législative, n’est pas une élection présidentielle et la circonscription électorale ne saurait être le territoire national.

A ce niveau, il est aussi bon que nous puissions rappeler que nous ne sommes pas une République Fédérale mais une République Unitaire. C’est une combine consentie par un noyau en amont contre la lutte des pères fondateurs de notre démocratie.

Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale,

L’ancien Président Français, François HOLLANDE, disait dans son dernier ouvrage « les leçons du pouvoir », « une bonne réforme, c’est celle qui va donner des chances supplémentaires à chacun sans en enlever à d’autres. C’est enfin celles qui sont justes. Dans les contributions appelées comme les effets attendus. Dans les droits distribués comme dans les libertés conquises. C’est à cet aulne-là qu’une action réformatrice doit être jugée. Pas au nombre de textes votés. Pas à l’intensité des conflits pour les faire adopter. Pas aux compliments des bien-pensants. Mais à leur inscription dans la modernisation du pays. Ce que l’on appelle le progrès ».

Cette référence faite à l’ancien Président de la République française, doit nous permettre d’inscrire nos réformes et nos actions dans une perspective de paix. Aucune réforme bien pensée dans un système démocratique moderne, n’appelle à la déstabilisation d’une partie de la République, au détriment d’une autre. La réforme ne doit pas être la destruction des droits acquis obtenus de hautes luttes.

C’est enfin le lieu de rappeler, Monsieur le Président que la Commission des Lois, ne peut et ne doit être le cadre de conception des malices contre le peuple.

Ce peuple a souffert et continue de souffrir. Si vous êtes incapables de garantir le pain, le lait, le miel et le sel à votre peuple, à ces nombreux citoyens qui ont cru en vous, de grâce cessez par vos excès législatifs, d’empoisonner leur code électoral au risque si feignez d’ignorer de les contraindre au fiel.

Je me suis dressé contre ce projet en commission. En plénière ce jour, je me démarque de manière claire et franche de ce projet. Non pas seulement à cause des agissements peu crédibles de la commission des lois mais surtout parce que j’ai l’intime conviction qu’il s’agit d’une mauvaise manœuvre législative. Je ne donnerai aucune caution, ni morale ni politique à cet obscurantisme législatif.

Notre peuple m’a dit de vous dire que vous l’entendrez. Attendez-vous donc à sa colère.
Merci et que Dieu bénisse notre pays et ses braves populations.

Je vous remercie Monsieur le Président.


  • Fabrice Trésor Amoussou
    il y a 21 jours

    Mon cher guy, qu'entendez vous par PAUVRE ?????? La notion de pauvreté se résume à quoi selon vous ???? Vous devez arrêter de jouer sur la sensibilité des gens. Laissons même la caution, le pauvre a quel moyen pour battre campagne ??? Vous savez tout au moins que les frais de campagne sont toujours cent fois supérieur à la caution qui peut être remboursé ??? Qui vous rembourse les frais de campagne ?? Cessez de nous distraire et de montrer votre opposition systématique à tout projet, faisant croire que vous défendez le peuple.

  • Senator Flam
    il y a 21 jours

    Franchement, je n’ai rien contre le gouvernement en place, mieux je soutiens ses réformes quand elles me semblent logiques. Aussi, sonnerai-je l’alerte s’il faut éveiller ou réveiller les consciences. Les analyses de honorable Guy MITOKPE sont pertinentes et très importantes. Et je pense que notre peuple dort ou a peur de s’exprimer. Si nous taillons les lois à notre avantage, que le législateur, les députés se rappellent que nul n’est éternel a un poste. Et la réduction du nombre de candidats aux élections ne peut être que fait par une caution exhorbitante. Tout compte fait l’histoire retiendra vos noms. Si le peuple a pu rappeler au candidat L. ZINSOU les méthodes de collecte des taxes et impôts de son oncle/père alors combien en sera t-il de ceux qui utilisent l’argent comme critères de légitimité à la candidate à un poste politique.