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Bénin: les voisins de Yayi entre crainte et adaptation face à la militarisation de Cadjèhoun

Falilatou Titi
publié le 15 mai 2019

Depuis le 1er mai 2019, les populations de Cadjèhoun, le quartier de l’ex-chef d’Etat Boni Yayi, à Cotonou, ont des voisins de circonstance : des agents de la police républicaine et par moment des militaires. Entre crainte, résignation et adaptation des riverains, la vie continue dans le secteur sous surveillance policière de Cadjèhoun.  

benin militarisation de la maison de boni yayi à cadjehoun cotonou Des policiers dans les encablures du domicile de Boni Yayi

 

Voies barricadées, véhicules blindés, policiers en grand nombre dans les coins et recoins des rues. La forte présence policière au niveau de la principale rue menant au domicile de l’ex-chef d’Etat à Cadjèhoun, Cotonou, a plongé le voisinage dans un calme presque absolu. Dans la «rue Yayi» elle-même, en dehors des forces de l’ordre,  deux hommes sont assis sur des chaises face à la maison de l’ex-président, ce mardi 14 mai en fin de matinée. Plus dérangés par ce climat, l’un d’eux, proche  de l’ancien président se lâche. «Nous ne sommes pas habitués à ça. Regardez comment la VONS est vide. Les gens ont peur de sortir», se désole-t-il. Il estime que les forces de sécurité n’avaient pas besoin de stationner de part et d’autre de la rue pour en assurer la sécurité.  «Même s’ils veulent barrer la voie, ils n’ont pas besoin de garer leurs véhicules sur l’horizontal. Avec les fers, c’est déjà suffisant», tempête l’homme.

Les nouveaux clients de Flora

Les deux rues précédant celle de Yayi sont un peu plus animées. Mais les allers-retours des riverains  sont réduits. Une situation qui fait sans doute le bonheur de Flora, une jeune vendeuse de «come» (une pâte faite à base de maïs, consommée généralement avec une sauce tomate, du piment noir et du poisson, Ndlr). Alors que les autres sont prises de peur, Flora sillonne les rues du quartier pour faire son commerce. Hormis les habitants, elle peut désormais compter sur sa nouvelle clientèle, les policiers républicains. Dans une ambiance conviviale, la jeune dame sert aux policiers, pour certains assis sur des chaises, pour d’autres dans le véhicule, du come.

Non loin de Flora et ses nouveaux clients, assis devant sa machine dans son atelier de couture, discutant avec un ami, Yvan semble perturbé par cette présence policière. Mais le presque quinquagénaire n’a pas envie d’en parler. «Je ne dors pas ici, je viens juste travailler», renseigne-t-il sur son statut dans le quartier. Lorsque nous demandons leur avis sur la présence policière dans la zone depuis les événements des 1er et 2 mai 2019,  lance son ami d’un sourire narquois, «Ah madame! Vous êtes si mauvaise ? Pardonnez, laissez-nous où vous nous avez trouvés. Moi j’ai une femme et des enfants à la maison». Le temps de le rassurer,  l’homme aux cheveux grisonnants a pris son chemin, nous laissant avec Yvan et son apprenti.

 On s’y habitue, que ça finisse

Un autre artisan du voisinage, Dominique, maître soudeur, est moins craintif.  «Nous aussi on a des gardes du corps non. C’est bon», lance-t-il avec ironie. Se faisant plus sérieux, Dominique soutient que  la présence policière ne lui pose aucun problème. «Comme moi je suis un peu éclairé, je ne trouve pas d’inconvénient à ça», assure-t-il. Pour ce maitre soudeur, la présence policière dans certaines rues de Cadjèhoun, étant due à une situation particulière, prendra fin une fois ladite situation réglée. «Ce n’est pas un hasard», renchérit un jeune du quartier. «C’est vrai que nous ne sommes pas habitués à voir des policiers avec des armes dans nos rues, mais on a fini par s’y habituer», poursuit-il. Entre la crainte, la peur, la résignation et la compréhension des populations, c’est le commerce de Henriette qui a pris un coup.  Dans sa gargote, la quinquagénaire est seule devant son étalage de riz, pain sucré, pâte blanche, etc. «Nous ne vendons plus bien. Depuis le matin je n’ai vendu que 500 F CFA. Avant ce n’était pas comme ça», se plaint-elle.

Elle demande aux acteurs politiques de s’entendre pour faire revenir la quiétude au Bénin, notamment dans ce quartier de Cotonou. La commerçante reste convaincue qu’ «avec la paix, tout ira bien» pour son pays.

Après les élections législatives du 28 avril 2018, qualifiées d’exclusives par les acteurs de l’opposition et plusieurs composantes de la société civile, de violentes manifestations ont été enregistrées au quartier Cadjèhoun, entre le 1er et le 2 mai, suite à une rumeur d’arrestation de l’ancien président, Boni Yayi. Elles ont causé  plusieurs dégâts dont des pertes en vies humaines. Dans la foulée, plusieurs militaires avaient été déployés dans ce quartier pour dissuader les populations de «troubler l’ordre public et porter atteinte à la cohésion sociale.» Depuis quelques jours, les militaires ont été remplacés par une horde de policiers. 


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