Edit tôt : Bénin, de la Démocratie à la Taloncratie

Olivier Ribouis
publié le 16 mai 2019

A ceux qui composent des complaintes d’adieu à la Démocratie après les législatives inédites du 28 avril et l’installation des députés de la 8ème législature ce 16 mai 2019, on dira que le Bénin, petit pays ouest-africain est un héros de récits de la geste sur les initiatives de gouvernance en Afrique. Nous sommes justes dans l’innovation pour la Révélation !

patrice-talon Patrice Talon, homme fort du Bénin

Alea jacta est ! Quelque chose d’inédit se produit au Bénin ! Sans crier gare, le pays, petite ancienne colonie française d’Afrique de l’Ouest, entre dans un nouveau système de gouvernance. Une sorte de rupture de système de gouvernance qui se produit comme un big-bang politique. Exit ! tout simplement la Démocratie.

Cela paraît si onirique que d’éminents constitutionnalistes et scientifiques du pays comme d’ailleurs en sont tombés des nues. Réunis au sein d’un regroupement dénommé « Communauté scientifique internationale », ils ont d’ailleurs poussé ce qu’on peut assimiler à un cri de détresse dans une lettre au Président Patrice Talon pour sauver la Démocratie. A la lecture de la missive que Banouto a reçue et publiée comme plusieurs autres médias béninois, on se rend compte que ces matières grises n’ont pas encore compris que le Bénin a changé de cap et est dans une autre dimension.

Dans les médias, selon une chronique du Figaro, Nicolas Baverez, un essayiste semblant avoir saisi le phénomène qui se produit au Bénin a fini par pécher dans son appréciation.  Selon le confrère, « le pays basculera-t-il dans la démocrature imaginée par Vladimir Poutine en Russie ? », s’interroge  l’essayiste. Démocrature comme appellation du nouveau système en implémentation au Bénin relève d’un point de vue réducteur, car, on est bien loin des élites africaines qui copient-collent ce qui se passe dans les pays dits développés d’occident. Cela dit, de loin, une illusion d’optique est certainement passée par là.

 Il convient de nommer "Taloncratie", le nouveau système de gouvernance qui s’implémente au Bénin. Auteur naturel de la Taloncratie, Patrice Talon, le Président démocratiquement élu de la présidentielle de 2016 est le seul à véritablement comprendre les bases de ce système dont il a certainement reçu l’inspiration divine comme un prophète en reçoit de Dieu  de mille et une manières.

A se risquer à l’exégèse de la Taloncratie, on découvre qu’elle a des points similaires mais pas communs avec la Démocratie. Définie comme un pouvoir du peuple par le peuple et pour le peuple, la Démocratie a pour base l’existence de 03 pouvoirs indépendants à savoir le Législatif, le Judiciaire et l’Exécutif. A ces trois, s’ajoute subsidiairement la Presse, souvent appelé le « 4ème pouvoir » dans les nations démocratiques.  De la sorte, on dispose de ces différents pouvoirs dans la Taloncratie. Sauf que, dans la nouveauté, tout devient siamois. De ce fait, on a dans ce système un parlement constitué de députés choisis par une micro-minorité pour légiférer et imposer les règles de conduite au grand ensemble de la Nation- si on peut encore se permettre le terme "Nation" dans le cas d’espèce- pour ne pas dire "Rassemblement potentiellement explosif de populations" (RPEP).

En effet, le géniteur de la Taloncratie a déjà clairement expliqué que pour gagner une élection il faut avoir avec soi quelques grands électeurs et mettre hors d’état de nuire les potentiels gros adversaires. « Ce qui fait qu'un président de la République obtient un deuxième mandat, ce n'est pas son bilan. C'est la manière dont il tient le pays, c'est la manière dont il tient les grands électeurs, les faiseurs d'opinion ; c'est la manière dont il empêche la compétition », a précisément averti l'homme fort du Bénin à la télévision nationale le 1er août 2016, quelques mois après son investiture.

 Le système judiciaire existe également dans la Taloncratie et a un fonctionnement similaire à celui de la Démocratie. Sauf qu’ici, il se gonfle de juridictions spéciales à polémique. L’Exécutif se trouve hyperpuissant et qui s’y frotte s’y pique mémorablement. A la tête d’un pays taloncratique, on a donc un chef omniscient dont les points de vue sont indiscutables et les volontés exécutoires. Aussitôt prononcé, le verbe se fait chair.

 En ce qui concerne le pouvoir appendice mais combien précieux pour l’équilibre qu’est la Presse, il est considérablement réduit dans ses élans par des lois taillées sur mesures que pond un Législatif d’une nature sus-évoquée.

Comprise telle quelle, la Taloncratie mérite d’être appréciée à sa juste valeur comme la Démocratie dont il n’est pas dit que du bien.  Bonne ou Mauvaise, difficile de trancher hit-et-nunc. Toujours est-il qu’on n’a pas un champ de libertés à perte de vue, mais plutôt, des sentiers bornés de ronces dans lesquels il faut être un funambule pour se mouvoir. On peut tout de même affirmer une certaine exaspération puisque le glissement brutal de la Démocratie à ce que nous appelons Taloncratie n’est pas une volonté du peuple béninois même si les thuriféraires du régime Talon peuvent trouver cette adhésion du peuple dans l’élection de l’homme d’affaire en 2016. Dans la situation actuelle de crispation, le Bénin s’apparente à un terrain d’expérimentation pour un homme ou un groupuscule d’illuminés ramant à contre-courant.

Autant on affiche une incompréhension à l’expérimentation des idées sorties de cuisse de Jupiter, il faut aussi, pour ne pas paraître amnésique, relever la responsabilité de Boni Yayi, le prédécesseur de Patrice Talon. On n’oubliera pas, « Démocratie nescafée », sa célèbre boutade qu’il a lancée pour se plaindre d’usage jugé abusif des libertés syndicales sous son régime. Même si pendant l’agonie de  son régime il a déconseillé le choix de Talon face à Lionel Zinsou, Boni Yayi  n’était pas sans savoir combien les Béninois étaient déçus de ses dix ans de gouvernance marqués par de nombreux scandales financiers non élucidés et la disparition abracadabresque du cadre du ministère des finances Pierre Urbain Dangnivo.

Comme l’ex-chef d’Etat, des acteurs politiques sans ambitions réelles de développement du pays et des réflexions fallacieuses faisant de la Démocratie la source de la pauvreté dans des Etats sous-développés comme le Bénin ont certainement convaincu le capitaliste Talon d’un changement de cap, lui qui rêve d’être porté en triomphe, quand il aura opéré son miracle.

A ceux qui composent des complaintes d’adieu à la Démocratie après les législatives inédites du 28 avril et l’installation des députés de la 8ème législature ce 16 mai 2019, on dira donc que le Bénin, petit pays ouest-africain est un héros de récits de la geste sur les initiatives de gouvernance en Afrique. Nous sommes juste dans l’innovation pour la Révélation !


  • feu foley
    il y a 3 mois

    Vraiment je suis attristé par ce qui se passe. Ni l'un ni l'autre ne sont des enfants de coeur. Tout ce qu'on leur demande à nos dirigeants, c'est de laisser le peuple en paix. Quand deux éléphants se battent, c'est la verdure qui paie les pots cassés. J'ai mal pour mes compatriotes, ceux qui se lèvent chaque jour pour aller chercher le pain quotidien pour leur famille. Nos dirigeants n'ont qu'une seule mission, assurer un climat de paix, l'égalité et veiller sur les intérêts du pays à l'international. On leur demande pas plus.

  • Armand
    il y a 3 mois

    Je ne suis pas pro Talon mais je tiens à dire que c'est un joli portrait de la situation au Bénin. C'est un bel éditorial.

  • sultan aziz
    il y a 3 mois

    L' o p a sur le benin...à travers...l'accaparement de tous les secteurs vitaux....le port,l'aéroport,la cajou,le karité,et le coton...et sa pérennisation dans le temps..voire meme incrite dans la const...est le motif et le dessein....de raffle tout...666 Yayi boni nous avait averti et on ne l'a pas écouté...et pourtant nous avons....abt,et pik...qui se prennent pour les plus hauts cadres..de ce pays...et celà se passe sous leurs yeux.... Son avocat à la cour const...lui garantit..l'impunité..et la possibilité..de se faire réélire...sans conccurents..... Ses députés...privés...lui garantissent....de faire de notre pays...son royaume..... Et le pire...reste à venir.....

  • sultan aziz
    il y a 3 mois

    les beninois....auront droit à un one manshow....qui ressemblera...à une moquerie...un foutage de gueule Ce sera...la suffisance...l'arrogance...le mépris...histoire de leur dire....vos opinions....vos avis....vos états d'ames....moi..666....je m'en balance..... et de leur dire....enfin...vous beninois...croyez vous...que je vais abandonner...tous mes biens..acquis...pour vos beaux yeux...????.......et bien allez vous faire cuir...un oeuf....!!! Le pouvoir...tout le pouvoir...avec les institutions....qui vont encore...sont à moi.....jusqu'à la fin des temps Et dire...que yayi...tel un messie....nous suppliait de ne pas commettre cette erreur..... Hélas...la haine..de yayi...nous tous aveuglés.....et nous en payeront le prix...

  • er
    il y a 3 mois

    Très humblement je trouve que le style de l'auteur de l'édito est trop lourd, pompeux et verbeux. Certains passages veulent pas dire grand chose et constituent un alignement de mots pas toujours utilisés à bon escient. L'auteur aurait gagné, de mon point de vue, à écrire dans un style dépouillé et sans fioriture.

  • DOJIGO
    il y a 3 mois

    SACRER PRESIDENT IL AURA FALUE ATTENDRE L'INSTALATION DES DEPUTES AVANT DE VOULLOIRE FAIRE UNE DECLARATION HO!